Société

Piéger le CO2 sous terre. Une technologie qui va sauver la planète ?

Inauguré au Danemark il y a quelques jours, le site d’Esbjerg est supposé tourner une nouvelle page dans l’histoire de la lutte contre les changements climatiques

Le fonctionnement de la nouvelle technologie s’insère dans le sillon de la recherche de solutions au problème de l’excès de CO2, qui serait à son maximum depuis trois millions d’années (415 parts par million selon la NOAA, National Oceanic and Atmospheric Administration) en le déplaçant ailleurs. Cette fois l’idée n’est plus de la tirer vers l’espace ou la stocker sur Mars, mais plutôt sous terre.

Une précision est peut-être nécessaire tout d’abord : arrêter ou redimensionner la production de CO2 est le seul moyen valide, éthiquement et politiquement, à adopter pour diminuer le montant de CO2 dans l’atmosphère. Tout le reste n’est que des solutions techniques pour garder les modes de production existants sans trop s’interroger sur la soutenabilité de ces derniers.

Une fois qu’on s’est rendu compte de ça, on peut bien se concentrer sur les deuxièmes choix que Pays et grandes industries prennent et qui peuvent partiellement améliorer la situation.

Le projet Greensand est le premier du monde à être lancé officiellement, mais il s’inscrit dans une ligne de recherches mondiales sur le stockage de CO2 dont plusieurs pays à travers le monde se sont récemment dotés.

Selon le Global CCS Institute, il y a désormais plus de deux-cents projet de CSC (captage et stockage de carbone) à l’étude ou proche de démarrer.

Toutefois, le premier site à devenir réellement opératif est celui d’Esbjerg. Essayons de comprendre comment il marchera.

Captage, stockage, injection : les phases du processus

L’intérêt dans ce type de technologie n’a pas laissé indifférent ni les industries françaises ni l’État français, qui a publié un avis technique dessus. Et il y a plusieurs technologies possibles pour le captage du dioxyde de carbone (CO2), mais celle sélectionné pour l’instant et la plus pratique à buts d’utilisation industrielle. Nommée comme « post-combustion par absorption aux solvants », c’est une procédure qui permet de recueillir le carbone directement dans la fumée de l’émission.

Dans un deuxième temps, le carbone est transporté, par train, avion ou bateau, jusqu’au site de stockage – et il nous reste à définir si le montant de CO2 produit pendant les opérations de transport sera ou pas négliegeable par rapport au CO2 stocké – puis liquéfié et finalement injecté dans des caves souterraines, ou bien sous-marines, grâce au puit spécifiquement dédié de la plate-forme de Nini West.

Le CO2 y sera stocké de façon permanente à 1800 mètres de profondeur.

Il a été estimé par les promoteurs du projet qu’entre 2025 et 2026 le site d’Esbjerg pourrait permettre de stocker environ 1,5 millions de tonnes de dioxyde de carbone, l’objectif étant de stocker 8 tons par an en 2030.

Ça correspondrait à 13% de la production annuelle danoise – ce qui interroge l’efficacité du dispositif.

La Mer du Nord pionnière

Un site danois, donc, mais du dioxyde de carbone belge, provenant précisément d’une des usine d’Ineos, géant allemand du secteur chimique installé aussi en Belgique, aux alentours d’Anvers.

Le choix du lieu est aussi stratégique parce que le système va se centrer sur la Mer du Nord. Les pays scandinaves, pionniers de cette technologie, possèdent déjà des structures adaptées ou adaptables : les puits de pétrole et les structures d’extraction de pétrole des anciens gazoducs sont encore présents, mais les gisements sont désormais épuisés et certains de ces pays ont opéré des changements dans leur politique énergétique.

La Norvège a été pendant de nombreuses années le deuxième Pays européen producteur de pétrole après la Russie mais a pris d’autres voies concernant son approvisionnement énergétique.

Justement, la Norvège est en train de poursuivre un projet analogue – Northern Lights – supposé également de stocker le CO2 produit par différentes industries chimiques présentes actuellement sur le sol européen.

Ça va marcher ?

Tout nous signale que non, ça ne va pas marcher, ou pas tout à fait : au premier souci écologique signalé en haut en s’ajoutent d’autres, de nature économique et de réelle efficacité.

La technologie du CSC est plutôt coûteuse, et la prétention de capter tout le dioxyde de carbone présente dans l’atmosphère est, ni plus ni moins, une utopie qui devrait engager à peu près l’entière production d’énergie électrique globale si jamais on l’appliquait. Ce sont les avis d’experts comment Julian Allwood, professeur d’ingénierie de l’environnement à Cambridge et Jean-Marc Jancovici, ingénieur et consultant en matière d’énergie.

C’est le GIEC, le Groupe d’Experts Intergouvernemental sur le Climat, qui clarifie dans son dernier rapport la nécessité de réduire les émissions ou, au moins, d’en faire une priorité avant de limiter les dommage a posteriori.

Le CSC n’est pas totalement rejeté par le GIEC mais les experts ont précisé qu’il faudrait limiter l’emploi de cette technologie aux émissions residuelles.

D’ailleurs, ça ne serait que l’énième échec de la politique face à l’impératif puissant de la production coûte que coûte, et ça n’est que la dernière démonstration qu’une technologie toute seule ne peut rien s’ils manque la volonté politique et la conscience environnementale à accompagner les choix en matière de politique énergétique.

Un autre paragraphe de l’histoire du capital, au chapitre « greenwashing », va s’inscrire dans la liste des essais de résolution des problèmes crées par l’industrialisation sans renoncer à la maximisation des profits.

Adriano Ciraci

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