Alexandre Laridon, directeur d’un cabinet de conseil : « Avec la covid-19, la communication n’a jamais été aussi importante »

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INTERVIEW - Le journalisme et la communication se croisent et s’entremêlent. Alexandre Laridon, responsable de l’agence de communication Konsey Media à l’île Maurice, évalue les deux domaines. Il se livre sur le journalisme dans une ère où la communication est un absolu.

Fréquence ESJ : La différence entre un communicant et un journaliste, est que le premier travaille dans l’intérêt d’une société et le second du public. Comment l’un se nourrit-il de l’autre ?

Alexandre Laridon : La seule différence qu’il y a  selon moi, c’est que le communicant fournit l’information et le journaliste la traite ! Il y a une relation de « je t’aime moi non plus ». Cela a malheureusement toujours été le cas. L’un travaille au service d’un client ou d’une marque et l’autre travaille dans l’intérêt public mais, au bout du compte, les deux sont condamnés à travailler ensemble.

Ils doivent travailler ensemble sans langue de bois car, qu’on le veuille ou pas, le point commun qu’il y a entre les deux, c’est l’information. Le communicant n’est que le relai. C’est une win-win situation. Quant au journaliste, son rôle n’est pas que d’informer mais aussi d’éduquer le public en tout point.

Peut-on parler du journalisme éthique dans une ère où la communication s’entremêle aux médias ?

Comme je l’ai dit, l’information est le point commun des deux métiers. Quand un communicant souhaite diffuser une information, c’est aussi le devoir du journaliste de dire si cela pourra se faire ou non. C’est là où se trouve l’éthique du journaliste. Ce dernier a tout à fait le droit de s’imposer. Je persiste à dire qu’il faut respecter le journaliste. Il a ce devoir de conscience morale envers le public. Il n’est pas là pour faire de la publicité pour un client du communicant.

Dans les deux professions, il existe deux différentes façons d’exercer. Du côté du communicant, il a un objectif, c’est-à-dire de donner plus de visibilité à son client. De l’autre côté, le journaliste a une ligne éditoriale à respecter. Un bon communicant devrait comprendre cela. Certains vont même jusqu’à faire du chantage si par exemple le client dépense beaucoup d’argent dans son journal. Il va malheureusement s’imposer.

Il existe des codes d’éthique pour les communicants. En Angleterre, il y a The Chartered Institute of Public Relations. En France, il existe des associations avec des chartes et des codes d’éthique. En revanche, à l’île Maurice, nous n’avons pas tout cela.

Parlons éthique, parlons médias. Quelle place tient la communication en ces temps de crise sanitaire ?

À mon avis, avec la covid-19, la communication n’a jamais été aussi importante que ce soit dans la sphère politique, économique et bien évidemment sanitaire. Je prends l’exemple de Maurice. Le National Communication Committee transmet de manière quotidienne les dernières actus sur le coronavirus malgré le fait que les membres du comité ne donnent pas certains éléments d’information. Les journalistes ne sont pas sur place pour poser des questions. Selon moi, cela ne se fait pas ! Où est l’intérêt si aucun journaliste n’est présent ? Ils peuvent uniquement envoyer leurs questions à travers une plateforme. Et à l’international, les journalistes ont le droit de poser leurs questions en direct ! Heureusement que nous avons les radios et les groupes de presse indépendante.

En outre, pour ce qui est du monde des affaires, l’épidémie a fait que les entreprises sont à mon avis dans une situation où la communication est davantage essentielle. Ce n’est pas seulement pour avoir plus de visibilité mais les salariés pratiquent aujourd’hui le télétravail. C’est là que la communication est importante.

Fréquence ESJ : Il y a également une vague de désinformation concernant la pandémie de la covid-19. En votre qualité de communicant, qu’est-ce qui expliquerait selon vous ce phénomène ?

Alexandre Laridon : L’avènement des réseaux sociaux a amplifié la vague de désinformation. Il y a une multiplication de canaux de diffusion. Les plateformes en ligne ont augmenté. N’importe qui peut poster n’importe quoi sur les réseaux sociaux.

Cette vague de désinformation ne s’applique pas seulement à la pandémie mais aussi dans des situations uniques et spécifiques. Les rumeurs circulent davantage quand on est dans une situation sensible. En somme, cela complique le travail d’un journaliste et d’un communicant. Ils doivent pouvoir expliquer le vrai du faux.

Diriez-vous que la communication est biaisée en raison de la grande popularité des réseaux sociaux ?

Je ne dirais pas que les réseaux sociaux gênent la communication. Elle doit évoluer tout comme les médias. Aujourd’hui, à Maurice, le journal papier, en termes de tirage, a considérablement diminué. Avec le coronavirus, cela se détériore. C’est la raison pour laquelle beaucoup de groupes de presse mauriciens utilisent leurs plateformes en ligne.

En ce qui concerne les communicants, les réseaux sociaux sont devenus l’une des plateformes de communication. Cela les permet d’être encore plus proches de leur target audience… Or, ils ont des avantages et des désavantages qu’on connaît tous. Il faut que tout cela se fasse dans le respect.

 

Propos recueillis par Rachelle Veerasamy

Photo : Clifford Francisque

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