Pierre Laurent (PCF) : « Le Conseil de défense sanitaire est une très mauvaise idée depuis le début »

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INTERVIEW / PODCAST - Pierre Laurent, vice-président du Sénat et ancien secrétaire national du Parti communiste français est revenu dans « 2O22, l’Invité » sur la cinquième vague de Covid-19, mais aussi sur la politique « raciste et xénophobe » que propose Éric Zemmour.

Invité de Fréquence ESJ mardi 23 novembre, Pierre Laurent s’est dit « inquiet » par la situation sanitaire. Il s’attendait à un rebond de l’épidémie, « ce n’est pas une surprise ». « La cinquième vague était à prévoir ». Pour lui, la France écoute « plus Emmanuel Macron et les ministres que les médecins », ce qui révolte le sénateur. Il considère qu’il faut traiter la pandémie « au niveau mondial et non national », ce qui n’est « absolument pas fait aujourd’hui ». « Il faut continuer de prendre des précautions et de se donner les moyens sanitaires et scientifiques dans la lutte contre la maladie ». Pierre Laurent le dit « depuis le début », le conseil de défense sanitaire « est une très mauvaise idée ». « C’est à l’abri des regards et les débats ne sont pas publics » ajoute-il. Il préfèrerait mettre en place « un conseil scientifique et pluraliste qui prend en compte les décisions de tout le monde ». Le sénateur considère qu’Emmanuel Macron « gouverne seul face à la pandémie » et qu’il cherche « en permanence à imposer une nouvelle décision ». Selon lui, « ce n’est absolument pas le bon moyen de fonctionner ».

Pierre Laurent veut « unir les gens et leur faire comprendre la situation ». « Il faut prendre des mesures publiques et sanitaires, ce qui n’est toujours pas fait dans les hôpitaux ». Pour lui, « tout ce qui contribue à mieux protéger la population doit être utilisé ». L’ancien secrétaire national du PCF considère qu’une « immense majorité des français souhaite être vaccinée ». « Si les scientifiques disent qu’une troisième dose est nécessaire, il faut les écouter » insiste Pierre Laurent. Alors que les médecins parlent d’une vague psychiatrique en plus de toutes celles de contamination à la Covid-19, le sénateur trouve que « le gouvernement n’y prête pas attention ». Selon lui, « les moyens donnés à la santé mentale sont trop faibles ». Il renchérit, « les appels à l’aide sont lancés depuis des années dans ce secteur, mais ils ne sont pas écoutés ».

« Il faut un plan d’urgence pour l’Outre-mer »

La Martinique et la Guadeloupe sont le théâtre de plusieurs grèves et violences depuis le lundi 23 janvier. Et pour cause, la mise en place du pass sanitaire et du couvre feu. Pour Pierre Laurent, « la question du pass sanitaire en Outre-mer cristallise une crise beaucoup plus profonde ». Il considère que « le gouvernement méprise ces territoires ». La vie y est « chère », « il n’y a pas d’eau potable pour 30% des Guadeloupéens », il y a également « de graves problèmes de logement »« Des appels à l’aide sont lancés depuis des mois, mais on ne s’occupe pas de la situation de ces territoires ». Le sénateur exige « un plan d’urgence pour l’Outre-mer ». Il estime que les habitants y « vivent un peu comme dans des colonies françaises ». « Ils ne sont pas à égalité avec la France métropolitaine ». La pandémie de Covid-19 a fait « ressurgir tous les problèmes sociaux des DROM-COM » (anciennement DOM-TOM). « Tous les élus ultramarins disent qu’il n’ont pas été écoutés » s’insurge Pierre Laurent. Il faut « répondre à leurs revendications » et s’occuper de « toutes les questions qu’ils mettent sur la table ». Selon l’ancien secrétaire national du PCF, « on peut continuer à ne pas écouter ces gens-là, mais alors il ne faut pas prétendre qu’on va résoudre leurs problèmes ». Il en est persuadé, si « ces soucis sont résolus » alors « les habitants d’Outre-mer se feront vacciner ».

« La France n’est pas assez combative face aux idées de droite et d’extrême droite »

Pierre Laurent ne « voit pas bien les différences de discours politiques à droite » dans cette campagne présidentielle. Il considère qu’il y a « une panoplie de candidats à droite qui proposent les mêmes politiques extrêmement dangereuses pour le pays ». Le vice-président du Sénat espère sincèrement que « la gauche fasse émerger d’autres solutions ». Elle n’est aujourd’hui « pas suffisamment à l’offensive ». Pierre Laurent estime  qu’il y a « des troubles et du découragement à gauche chez les élus comme chez les militants ». Il faut selon lui « réussir à bousculer la situation ». « Le paradoxe, c’est qu’on est à un moment où il faut absolument changer de trajectoire dans tous les sujets » ajoute-il. Le sénateur est convaincu qu’avec Emmanuel Macron et les autres « versions de la droite et de l’extrême-droite », la France va continuer d’avoir « les mêmes politiques ». Il les considère parfois « racistes et xénophobes » en citant « Éric Zemmour ». « Ce sont des variations de politiques ultra-libérales ». Pour l’ancien numéro 1 du PCF, « on n’est pas assez combatif contre les idées de droite et d’extrême-droite ». « Il faut montrer aux français que le danger est beaucoup plus grand qu’on ne l’imagine ».

Pour lui, « les Français se détournent des élections, car ils sont inquiets de la situation actuelle ». « Notre tache, c’est de redonner confiance en la gauche » explique l’ancien secrétaire national du Parti communiste français. Pierre Laurent trouve « extrêmement grave » que certains français « pensent que la politique d’exclusion les protégerait ». Il faut selon lui « être unis » et « montrer qu’une politique solidaire est possible ». Il est d’ailleurs persuadé que « beaucoup de gens » pensent comme lui à ce sujet. Le vice-président du Sénat veut que les élus de gauche « aillent au contact des électeurs » afin de « reconstruire une conscience ».

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Photo : Fréquence ESJ / Raphaël Bardenat

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