France Soir : la mort dans la douleur

France Soir, un des titres emblématiques de la presse française et fondé en France Soir1944 par les résistants Robert Salmon et Philippe Viannay, était absent des kiosques mercredi 14 décembre, une partie des salariés ont décidé d'exercer leur "droit de retrait". L'arrêt de la version papier était prévu pour le 15 décembre. France Soir est mort.

Depuis le 30 août 2011, France Soir, propriété de l'homme d'affaire russe Alexander Pugachev, était placé sous procédure de sauvegarde pour une durée de quatre mois par le Tribunal de Commerce de Paris. Le quotidien devait trouver une solution pour redresser ses ventes, qui plafonnaient chaque jour à près de 30.000 exemplaires. Des ventes qui n'ont pas satisfait l'homme d'affaires russe qui a investi près de 70 millions d'euros dans le quotidien.

Une mort lente et douloureuse

Les salariés et les syndicats de France Soir ont, depuis plusieurs semaines, multiplié les actions et les manifestations. Face à la menace de disparition du titre, ils voulaient organiser pour le 15 décembre une grève générale dans toute la presse hexagonale.

Vendredi 2 décembre, c'est 100.000 exemplaires de France Soir qui ont été répandus, place de la Madeleine à Paris, devant la boutique de l'épicier de luxe Hédiard, qui appartient à la famille Pugachev.

Vendredi 9 décembre, des salariés du quotidien ont accroché brièvement une banderole, où il était écrit "l'information en danger", sur l'Arc de Triomphe à Paris.

Mardi 13 décembre, une centaine de militants de la CGT ont investi les locaux du journal afin d'empêcher la tenue d'un comité d'entreprise. Cette réunion devait entériner la décision du propriétaire d'arrêter la version imprimée du titre jeudi 15 décembre.

"Nous entendons empêcher la tenue du CE et exigeons que M. Pugachev (le propriétaire du quotidien, NDLR) décide de surseoir à sa décision", avait expliqué un porte-parole de la CGT.

Mardi 13 décembre au soir, un communiqué publié par un collectif "regroupant de nombreux salariés de France Soir, journalistes et administratifs" a condamné "vigoureusement l'occupation violente, avec dégradation de matériel, des locaux de leur journal, ce mardi, par un commando de personnes extérieures se réclamant d'une centrale syndicale".

Un avenir numérique incertain pour le quotidien

Alexander Pugachev avait annoncé, en octobre 2011, que la version papier serait abandonnée pour privilégier une version internet et numérique.

89 postes sur les 127 actuels devaient être supprimés et les journalistes licenciés. Le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, avait jugé qu'il était "impossible" de demander à l'homme d'affaires russe de renoncer à cette proposition puisque France Soir était dans "une situation économique catastrophique".

"Alexander Pugachev avait annoncé l'arrêt du papier en gardant un tiers du personnel pour faire un France Soir 100% web. Il a une proposition de reprise, mais en déboursant deux ans de pertes au profit du repreneur. Dans les deux cas, il serait obligé de sortir 20 millions d'euros pour rien puisque son projet sur le web n'est pas viable", analyse un financier proche du dossier.

La voie la plus simple "serait de jeter l'éponge et de déposer le bilan, ce qui ne lui coûterait quasiment rien", selon un autre proche du dossier.

Si le journal doit être liquidé, il pourrait alors être repris à la barre du tribunal de commerce. La seule condition pour que France Soir puisse continuer d'exister serait qu'une offre soit jugée crédible et recevable par le liquidateur judiciaire.

17h02 - Edit : la direction de France Soir annonce qu'il n'y aura pas de dernier numéro.

18h12 - Edit : Mail d'Alexander Pugachev adressé aux journalistes de France Soir

Mail Pugatchev

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