Colonel Reyel : « le retour dans l’anonymat a été compliqué »

Colonel_Reyel_FESJ_Storytelling_06102021.jpg

PORTRAIT / PODCAST - Star des années 2010 chez les adolescents, le chanteur Colonel Reyel était l’invité de « Storytelling » mercredi 3 novembre en compagnie de la jeune artiste Kimley Mayron. Ils sont en partie revenus sur leur nouvelle chanson « Levitating » et leur rencontre. 

D’origine guadeloupéenne, Colonel Reyel a toujours été très « influencé par la culture antillaise », en particulier lorsqu’il était enfant. « Mon père nous faisait écouter les disques du groupe 'Kassav' ». La musique prend une place importante dans sa famille, notamment car son papa est « guitariste amateur ». Mais sa passion pour cet art arrive tardivement, au collège. Il commence à écrire des morceaux car il est « très timide avec les filles », cette période marque le début d’un grand amour pour les chansons romantiques.

« J’aurais pu baisser les bras mais la passion était plus forte »

Colonel Reyel n’a pas connu le succès dès ses débuts. « À l’époque, en 2004 c’était difficile de percer ». Jusqu’à 2011, « j’aurais pu baisser les bras mais la passion était plus forte ». « J’ai continué et je pense avoir fait le bon choix » ajoute-t-il. En 2010, le musicien DJ Doug le contacte et lui propose de mixer un son sur sa compilation estivale 100 % Ragga zouk. Le titre « Celui » est né. « Ça a pris une ampleur qui nous a complètement dépassé ». À l’époque, Kimley Mayron n’est encore qu’au collège, mais la sortie de ce hit marque son adolescence, « la première fois que j’ai entendu 'Celui ' c’était chez moi à la télé avec le clip ».

« Je sentais qu’'Aurélie' allait provoquer une réaction, mais pas aussi forte, je voulais faire autre chose qu’une chanson d’amour ».

Le 11 avril 2011, Colonel Reyel sort finalement son album « Au rapport », « c’est un rêve éveillé » explique-t-il. « Je ne m’attendais pas à ce qu’il marche autant ». L’artiste enregistre d'abord ses sons « dans une chambre », il fait ensuite « le tour de France et du monde » pour sa tournée. Heureusement pour lui, il est « très bien entouré », il « prend ça comme une chance » et vit le moment « à fond ». L’album est finalement certifié double disque de platine (plus de 200 000 ventes), « c’était inespéré ». Malgré cette soudaine grosse hausse de popularité, le chanteur n’a « pas commencé la musique pour être connu ».  Parmi les titres présents sur « Au rapport », le son « Aurélie » fait polémique, le journal Libération l’accuse d’être anti-avortement. « Je me suis attaqué à un sujet sensible, mais aujourd’hui je ne regrette pas puisque les gens en concert connaissent le single par coeur » insiste-t-il. « Je sentais qu’'Aurélie' allait provoquer une réaction, mais pas aussi forte, je voulais faire autre chose qu’une chanson d’amour ». « Je continue à en écrire des années plus tard ».

« C'est difficile d’avoir des morceaux qui percent »

Le succès de Colonel Reyel est de courte durée puisque son deuxième album « Soldat de l’amour » s’écoule à moins de 10 000 ventes au total. « On me voyait plus comme le chanteur romantique de l’été ». Il est dans un style musical « assez particulier », quelque chose « d’éphémère ». Il replonge donc rapidement dans l’anonymat, « c’était compliqué au début ». L’artiste préfère néanmoins se dire qu’il a eu « beaucoup de chance » car aujourd’hui, « c’est difficile d’avoir des morceaux qui percent ». Les radios ont petit à petit arrêté de diffuser les chansons de Colonel, ce qui explique en partie son déclin. 

« Le fait que je puisse descendre bas avec ma voix est une force »

Kimley Mayron est, elle, aussi est très vite happée par la musique. Tout le monde chante chez elle, « c’était une évidence pour moi, je ne me voyais pas faire autre chose de ma vie ». Pour se différencier des autres artistes, son atout, c’est sa voix qui s’étend sur 4,5 octaves : « le fait que je puisse descendre bas est une force ». Elle touche du doigt son rêve de devenir un jour chanteuse lorsqu’elle rencontre, en studio à Paris, Anthony B, un artiste jamaïcain de reggae. « Il est venu écouter ma musique et il a flashé, il m’a demandé de le rappeler ». La jeune parisienne refuse une première fois de le rejoindre aux États-Unis car à ce moment-là, elle est trop jeune et plongée dans ses études. Elle part cependant l’année suivante. « Cette expérience m’a tout apporté : l’anglais que je maitrise très bien aujourd’hui, la scène, l’écriture et la composition. Ça a décuplé tout ce que je savais faire ». Elle se produit grâce à Anthony B en Amérique du Nord devant 150 000 personnes, une expérience « flippante mais incroyable ». Mais la chanteuse ne veut pas en rester là, son objectif : « les stades », en particulier ceux aux États-Unis car ils sont « plus grands qu’en France » s’amuse-t-elle. 

« J’étais persuadée que le titre allait directement fonctionner »

En septembre 2021, Kimley Mayron et Colonel Reyel collaborent pour sortir le single « Levitating ». Un son à la fois en anglais et en français. « Plus on métisse les chansons, mieux elles sont » explique-t-elle. « L’anglais, c’est la langue qui me correspond pour chanter » insiste Kimley Mayron. Pour « Levitating », elle voulait « faire un beau titre d’amour » et « transmettre ce sentiment de lévitation quand on est amoureux ». « J’étais persuadé que le titre allait directement fonctionner ». Colonel Reyel, quant à lui, essaie d'apprendre l’anglais et à l’espagnol, « j’espère qu’elle va m’aider à apprendre ces langues » dit-il en riant. Ce n’est pas la première fois que le guadeloupéen collabore avec une de ses anciennes fans, même si « c’est assez rare et exceptionnel ». « Je trouve ça flatteur qu’après plusieurs années, on ne m’ait pas oublié »

écoutez l'émission en podcast


Photo : Fréquence ESJ / Raphaël Bardenat

Derniers articles