Ai Weiwei au Jeu de Paume : l'art de la dissidence

Ai Weiwei

La galerie du Jeu de Paume expose, depuis le 21 février, les photos d’un des artistes chinois les plus controversés de la planète, dans "Entrelacs". Ai Weiwei, c’est une Chine insolite, saisissante, interloquante. Retour sur le travail d’un dissident de 55 ans qui vit toujours à l’ombre d’une geôle. 

Je prends des photos comme je respire. Ça fait partie de moi”, a-t-il confié dans son livre, paru le 21 février dernier dans les librairies. Ai Weiwei, à la carrure et barbe d’ogre devenues facilement reconnaissables, est un défenseur engagé de la liberté d’expression. Il veut choquer. Ouvrir nos yeux sur son pays. Et il y arrive sans encombre…

A peine passée la première porte du Jeu de Paume, la photographie d’une jeune fille, en noir et blanc, attire le regard. Elle exhibe sa petite culotte, en face du portrait de Mao, sur la place Tian'anmen, haut lieu de contestation du pouvoir. Ce cliché, pris en 1994 et qui expose la compagne de l’artiste, Lu Qing, donne d’emblée le ton. Insoumis et rebelle.

Un doigt d'honneur au pouvoir établi

Lu qing

Commence alors un voyage au travers des différentes causes contre lesquelles Ai Weiwei s’est révolté. La question des conditions sociales en Chine est abordée de front, mais aussi dans d’autres pays.

Study of perspective est sans conteste LA série à ne pas manquer. L’artiste adopte une attitude irrespectueuse à l’égard des valeurs établies… grâce à un simple doigt, brandi devant des monuments historiques du monde entier. Ces « doigts d’honneur », levés devant la Tour Eiffel, la place Tian'anmen, la Maison Blanche, le Colisée, ou tout simplement de beaux paysages, en disent long sur l’attitude qu’adopte Ai Weiwei vis-à-vis de l’autorité.

Quand la Chine est mise à sac

Une autre série, nommée Provisional Landscapes, témoigne des démolitions drastiques entreprises à Pékin au nom du progrès. Un mur entier de photos réalisées entre 2002 et 2008 montre comment l’Etat décide, en un claquement de doigt, de détruire les hutong, ces maisons traditionnelles chinoises, pour en faire des pâtés de débris et gravats. Des siècles de patrimoine sont ainsi détruits pour ouvrir la voix au « progrès ».

Les photographies délicieuses sont légion à cette exposition. Peut-être parce qu’illégales, au nom de la Chine. Ai Weiwei va jusqu’à se mettre lui-même en scène, rompant avec le passé, en cassant de vieux meubles trouvés. Cette photo, « Laisser tomber une urne de la dynastie des Han », de 1995, est l’une des plus célèbres.

Depuis la fermeture de son blog, Ai Weiwei utilise son portable pour tweeter ses photos. Emprisonné le 3 avril 2009, il est libéré sous caution le 22 juin. Ai Weiwei est à ce jour interdit de sortie du territoire.

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