Julien Santini : « plus qu'une invitation, Artus m'a obligé à participer au Montreux Comédie festival avec lui »

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PORTRAIT / PODCAST - D’abord sur les planches avec une troupe puis, plus tard, tout seul pour son one-man show, Julien Santini impressionne par son audace. Invité de « Storytelling » mercredi 17 novembre, il s'est confié sur son passage à vide  et a rendu un hommage touchant à son collègue Artus.

Julien Santini est originaire de Corse, ce qu’il considère comme « une chance ». En effet,  « grandir là-bas change beaucoup de choses » par rapport à ce qu’il aime appeler « le continent » autrement dit la métropole. Né à Bastia, l’humoriste se dit « heureux » d’y avoir grandi pendant 16 ans et d’avoir acquis « des valeurs profondes ». Pour lui, « la fierté Corse existe bel et bien », « c’est un endroit où il y a de l’irrationnel ». C’est d’ailleurs pour cette raison que Julien Santini a joué pour la première fois son personnage de « Bibou le pervers » devant « 19 personnes » en Corse. Mais l’humoriste a très rapidement été attiré par le « continent ». « On venait toutes les vacances en France et à la fin de ma classe de première, on est parti à Lyon pour le travail de ma mère ». Ses débuts dans les Rhône-Alpes ne sont pas passés comme il le rêvait. « J’étais comme un dingue, je pensais que toutes les filles allaient me désirer à mort, ça n’a pas été le cas » s’amuse-t-il. Il a également été victime de harcèlement à cause de son origine corse. « J’ai subi plein de mauvaises blagues ». Un jour, ses camarades lui ont dit : « attention ! Il y a une bombe sous ta chaise ». Ça l’a « beaucoup touché » puisque qu’il était au stade Furiani en 1992 lors du tragique effondrement d'une tribune qui a fait 2357 blessés et 19 morts. Il a été « choqué par cet accueil », il lui aura fallu « six ans » pour s’acclimater à Lyon.

« J'adorerais jouer dans une troupe à nouveau »

La vie de comédien a d’abord été compliquée pour Julien Santini, en partie lorsqu’il a fallu l’annoncer à ses parents. « Ils ont agit avec de la peur, mais aujourd’hui ils sont très heureux pour moi, ce qui est d’autant plus touchant ». Sa carrière sur les planches commence par son apprentissage du métier à l’école Myriade qui lui a apporté « énormément de choses ». Dans sa promotion, « il y a avait uniquement trois mecs pour dix-neuf filles ». «  Elles avaient souvent besoin que je leur donne la réplique donc j’ai eu à faire avec beaucoup de textes et d’auteurs ». Une expérience très « intéressante et enrichissante » pour l’humoriste. Sa troupe jouait « quinze fois en trois semaines pour gagner environ quinze euros par représentation. C’était pas grand chose, mais l’expérience était incroyable à vivre ». Comme tout le monde, sa première fois sur scène ne s'est pas passée exactement comme il le rêvait : « c’était super stressant ! ». Il ne fait aujourd’hui plus partie d’une troupe, notamment parce que le one-man show donne « plus de libertés ». Le comédien précise néanmoins qu’il n’a « jamais eu de problèmes » avec les troupes pour lesquelles il a joués. Il adorerait se produire de nouveau avec d’autres personnes : « je n'attends que ça ».

« Quand on NE me demandait pas de faire mon travail, ça m’allait, je ne faisais rien »

Plusieurs années se sont ensuite écoulées, en 2010 « une carrière d’humoriste pour moi était enterrée », il en avait fait le « deuil ». La raison de cet abandon est très simple, Julien Santini n’était « pas prêt à jouer devant sept personnes ». « Quand on est sur scène, on a toujours un fond de salle, de la famille et des amis ». L’humoriste avait « compris à cette époque » que s’il voulait faire des représentations sur une plus longue durée, « il faudrait un vrai public ». Il n’a tout simplement « pas osé ». Julien Santini a donc décidé de passer le concours de fonctionnaire, qu’il a réussi. Il voulait alors que ses chefs soient « fiers » de lui « en tant qu’employé ». Le comédien en rigole : « je n’étais pas compétent » et c’est peut-être ça qui l’a « sauvé » d’après lui. « Quand on ne me demandait pas de faire mon travail, ça m’allait, je ne faisais rien ».

« Je ne sais pas si je serais revenu sur scène sans le concours Tremplin jeune talent des arts burlesques de Saint-Étienne » 

Sa vie prend un tournant en 2013 : « une collègue m’envoie un mail, l’annonce du concours Tremplin jeune talent des arts burlesques de Saint-Étienne ». Julien Santini s’est tout de suite dit « il est pour moi », il avait « la certitude » de le remporter. Il estime d’ailleurs que sans ce concours « je ne sais pas si je serais revenu sur scène ». Évidemment, c’est une habitude pour le comédien, tout ne se passe pas comme prévu. Il s’inscrit « après la fermeture des candidatures », le comédien réussit quand même à participer. Après le premier tour, il est « persuadé d’être en finale », il ne reçoit cependant aucun mail du concours pour lui annoncer une potentielle qualification. Le comédien sort donc avec un ami et passe devant un théâtre à Lyon qui « organisait un casting une semaine après le premier tour du concours Tremplin ». Julien Santini saisit l’occasion et s’inscrit. Quelques jours plus tard, il sent que quelque chose cloche et décide d’appeler à Saint-Étienne pour savoir pourquoi on ne lui a « rien envoyé ». « On me dit finalement que je suis en finale et qu’on ne m’a pas informé puisque mon adresse mail n’était pas enregistrée », un contretemps causé par son inscription trop tardive. L’humoriste est alors très heureux, il a « deux grosses opportunités à ce moment-là ».

« J'ai fait la première partie du spectacle d'Artus et ça s'est plutôt bien passé »

Après sa victoire au concours Tremplin, Julien Santini rencontre l’humoriste Artus à Montpellier. Il a « très envie de faire la première partie de son spectacle » alors qu’il n’a « aucune expérience ». Il va donc parler à Artus pour lui soumettre sa requête et sa réponse l’étonne : « il me dit oui, à ce soir ». Quelques heures plus tard, ils se retrouvent tous les deux sur scène derrière le rideau, « je fais sa première partie et ça se passe plutôt bien ». Après ça, les deux hommes se perdent de vue. Ce n’est que quelques années plus tard que Julien Santini a la chance de lui reparler. Il reçoit « une demande d’ami d’Artus sur Instagram et son numéro de téléphone ». « Je l’appelle, il me propose de venir jouer avec lui au festival d’Avignon », un rêve se réalise pour le corse d’origine. Alors qu’Artus lui laisse choisir la date à laquelle il souhaite se produire, Julien Santini préfère laisser sa chance au hasard. Il joue le 19 juillet et, comme un coup du destin, « c’est le seul jour où le spectacle dans la grande salle du festival est annulé, on a donc pu s’y produire. On passe d’un public potentiel de 180 personnes à 360 personnes ». La soirée se passe si bien qu’à la fin, « Artus m’invite à faire le festival de comédie de Montreux avec lui », plus qu’une invitation, « il me l’impose ».

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Photo : Fréquence ESJ / Raphaël Bardenat

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