Tatiana de Rosnay, de Zola à la rue du Bac

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INTERVIEW - 30 ans après la rédaction du manuscrit, Tatiana de Rosnay publie enfin Célestine du Bac. Marquée par Émile Zola, elle raconte cette écriture salvatrice, celle qui unit une femme SDF et un jeune riche…

L’écrivaine aux plus de seize millions d’ouvrages vendus dans le monde invite les lecteurs à une histoire d’amitié dans son nouveau roman, Célestine du Bac. Une histoire portée par Martin Dujeu et Célestine, deux personnes au destin différent. « Célestine a longtemps été confinée. Le manuscrit a été refusé une première fois. Il a attendu presque 30 ans. Finalement, ce n’est pas si mal. Il arrive au bon moment », concède Tatiana de Rosnay. « Je trouvais le livre assez touchant. Il y avait quelque chose de très sincère…» Le hasard fait bien les choses, dit-on, le livre est dans l’ère du temps. Il résonne en chacun de nous. Au fil des pages, on se laisse facilement entraîner par ce lien émouvant qui réunit le jeune homme de 18 ans et la femme SDF de 75 ans. « C’est comme l’amour qu’une mère porte à son fils », dit l’auteure de Moka (2009) et Le cœur d’une autre (1998).

C’est l’histoire d’un passionné d’Émile Zola. Il vit dans sa bulle et rêve d’être écrivain. Le destin fait qu’on lui arrache sa mère très jeune. De cette perte, il vit avec un poids sur le cœur. Il a du mal à faire le  deuil de sa mère. Quant à Célestine, elle l’avait déjà repéré mais vit dans son monde. Elle fait partie de ceux que personne ne regarde. Ce sont deux solitaires qui vont se retrouver par le lien de l’écriture. Elle leur permet de se connaître et de partager leur passion et leur histoire. Une alchimie se crée entre les deux.

« J’apparais à un moment dans le journal de Célestine »

De fiction à la réalité, l’ancienne journaliste se dévoile. « J’apparais à un moment dans le journal de Célestine », livre-t-elle. Tatiana de Rosnay se met en scène dans la peau d’une jeune maman qui se promène avec son petit garçon aux yeux très bleus. L’héroïne appelle ce dernier et la maman lui offre une paire de bottes. « Cette jeune maman, c’était moi. Il y avait une clocharde en bas de ma rue, il y a 30 ans quand je me promenais avec mon fils. » Comme Émile Zola a montré la misère humaine au travers de ses écrits, à son tour, elle expose la vie d’une femme SDF. Elle fait la lumière sur ce monde obscur.

De cet écrivain engagé, l’artiste s’en inspire. « Parce qu’il est à mes yeux le plus extraordinaire de tous les romanciers. Parce que j’aurais aimé le rencontrer. Parce qu’il m’inspire. Parce qu’on l’a injustement relégué à des lectures scolaires », écrit la romancière dans son dernier ouvrage. Tout comme elle, Martin Dujeu s’énamoure d’Émile Zola. « Je l’ai découvert à l’âge de 13-14 ans, en troisième. J’ai dû lire l'Assommoir pour mes cours. J’ai été absolument éblouie par ce livre qui retrace le parcours tragique de Gervaise ». C’est un véritable choc littéraire.

Ainsi, durant sa jeunesse, la férue de Virginia Woolf et de Daphné du Maurier découvre peu à peu l’univers d’Émile Zola. « Il y a deux ans, j’ai relu ce que je n’avais pas lu depuis de longues années. Je n’avais pas réalisé d’ailleurs qu’il était aussi présent dans Célestine du Bac », confie Tatiana de Rosnay. Elle a d’ailleurs tout récemment visité la dernière demeure de Zola au 21 bis rue de Bruxelles, à Paris. « Cela m’a beaucoup marquée de me retrouver dans l’endroit où il a vécu, où il a écrit J’accuse et là où il est mort. Quand je me suis retrouvée dans sa chambre, j’ai été très émue. C’était un moment très puissant ».

De Zola à Célestine du Bac, Tatiana de Rosnay continue à charmer ses lecteurs. Elle écrit plusieurs podcasts littéraires en ce moment. « Cela me fait beaucoup de bien. C’est une autre forme d’écriture. Je dois les enregistrer oralement et les lire. C’est galvanisant. C’est un projet qui me tient à cœur…»

 

Photo : Charlotte Jolly de Rosnay

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