PORTRAIT : David Douillet Le Kata de la réussite

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altTout est une question de culture. En 1969, l’année de naissance de David Douillet, on ne se douterait pas d’avoir un tel personnage aussi imposant et aimé à la fois. On ne lui a pas donné la carte de la réussite. Bien au contraire, aujourd’hui, c’est à lui que certains sportifs font référence. David Douillet, ou la combinaison entre la force et la ténacité.

Personne n’aura l’histoire de David Douillet. Le gros bébé de Seine maritime (Rouen), tâché d’une enfance sans lien de parenté, « sans personne quand il rentre de l’école » dit-il en parlant de lui comme d’une autre personne. Un revanchard, oui. D’une certaine manière, il a débuté par cultiver son personnage avec un faux départ. Qui pourrait le lui envier ? Il en est revenu grandi : psychiquement et surtout physiquement. Sa rencontre avec le milieu sportif va lui donner l’opportunité d’intégrer le système, d’appréhender la vie à sa manière, de montrer « que je n’étais pas un bâtard que l’on a mis dans un coin ». Tout est dit. Mais il ne le fait pas comme tout le monde. Il décide de s’inscrire dans la culture japonaise du judo : celle du « Bushido », code des guerriers japonais définissant les règles de conduite comme l’étaient les codes de la Chevalerie. Des valeurs ne lui semblant pas étrangères pour un jeune de 11 ans, au physique déjà exceptionnel (1m80, 80 kg). Pour l’entourer, c’est un coach au nom bien choisi qui va lui donner les armes pour réussir : Jacques Lemaître.

Le gamin réussit, passe rapidement à la section sport étude du lycée Île de France à Rennes. Ses performances tapent dans l’œil de l’INSEP et Jean Luc Rougé, premier judoka français champion du monde. Entre l’investigateur et le phénomène, les relations sont établies et les performances suivent pour Douillet : 1988, premier titre de champion de France junior puis médaillé de bronze en sénior deux années de suite ainsi qu’aux Championnats  d’Europe 1989 à  Athènes. À peine 20 ans, il atteint le haut niveau avec une première finale prestigieuse, perdu face au triple champion du monde japonais Naoya Ogawa. La culture du résultat se fait ressentir, le garçon a besoin de compétition et devient champion de France à 21 ans. La persévérance et les résultats suivent, en attendant Barcelone, premier test olympique pour ce garçon atypique. En éliminant le vice champion olympique, David Douillet retrouve Ogawa. Ce dernier le renvoie illico au tapis, lui barrant la route de l’or. Dans ses derniers retranchements, Douillet s’offre sa première breloque (bronze). Le déclic ? Oui, David Douillet a montré au monde qu’il existait. Prochaine étape, être indestructible.

 UN DIEU VIVANT

La formule est simple : garder la volonté et hausser son niveau. Pas évident à suivre quand on combat la génération des Khakhaleichvili, Kubacki ou encore l’ennemi juré Ogawa. Les deux premiers seront battus pour offrir au français son premier titre de Champion du Monde. Il devient le premier à être sacré dans la catégorie poids lourds.

Sa route est tracée, et plus personne ne pourra l’arrêter. Pas même Ogawa aux Jeux Olympiques d’Atlanta (1996), qu’il bat pour se hisser en finale.

Il obtient l’Or olympique au tour suivant face à Perez Lobo, sur ippon. Le mythe est né, la France voit en Douillet un grand bonhomme au cœur d’artichaut, près à tout pour faire plaisir et à tout pour exister. Un accident de moto a failli lui briser l’élan de la réussite, mais il en fallait plus pour endommager la carcasse de l’homme de 1m96 et 125kg. Le retour aux affaires sonne comme une aubaine : après avoir frôlé les étoiles, il confirme à ses adversaires qu’il n’est pas mort et mieux, qu’il a tout pour être un Dieu (invaincu en 1997 et 1998). Son dernier rendez-vous, il le donne à Sydney en 2000, pour terminer la boucle de ses performances, avec un titre olympique. Il devient le judoka le plus titré de l’histoire, lui le français, dans un sport où les Japonais étaient les maitres. Mais l’homme veut encore donner de sa personne.

 Pour cela, il accentue sa popularité avec l’opération « pièce jaune », où il fut parrain de 1997 à 2009. Chevalier de l’ordre de la Légion d’honneur, Officier de l’Ordre national du mérite, David Douillet se donne une dimension proche du cœur de millions de français. Acteur de la vie sportive, il soigne son image en lançant une gamme de kimonos « DD », puis devient l’intermédiaire entre les passionnés de judo en étant président de la Fédération française de Judo. Un rôle politique qu’il assumera pendant trois années, où il réussit à faire sortir le nouveau phénomène français : Teddy Riner. Du sport à la politique, il s’inscrit dans le projet de l’UMP, avec un rôle de secrétaire nationale à la vie sportive. Il se porte candidat pour devenir député. Sa trajectoire politique est telle qu’il fut nommé ministre des Sports le 26 septembre dernier, avec pour objectif d’intégrer le sport dans la vie quotidienne des Français. En gardant sa ligne directive d’exister pour mieux régner, David Douillet a su cultiver l’anormalité. Il est aujourd’hui le plus bel exemple de réussite. Un Top modèle sportif.

 

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