• Slide FESJ 2015

Les Ultimes : la déception de la Route du Rhum

route_du_rhum_-_les_ultimes.jpg

ROUTE DU RHUM - Six Ultimes étaient alignés Dimanche 4 Novembre au départ de la route du Rhum à Saint Malo. Une semaine plus tard les grands favoris de cette traversée de l’Atlantique ne sont plus que quatre encore en course, dont deux qui ont dû subir des réparations majeures. Coqueluches du public et des sponsors, ces bateaux volants sont encore à perfectionner.

 

Banque Populaire, Idec, Sodebo, Macif, Edmond de Rothschild, les partenaires les plus importants de la route du rhum ont investit parfois jusqu’à 12 millions d’euros pour le sponsoring d’un Ultime. Sans compter les 3,5 millions nécessaires à la construction d’un tel monstre des mers.

Il faut dire que l’aspect marketing du navire est alléchant. Avec une hauteur de 32 mètres, une largeur de 23 mètres et un poids de 14 tonnes, les Ultimes ont atteint la limite de taille et de mesure pour les bateaux adhérents à la Route du Rhum. Du jamais vu dans cette compétition. Aussi ces bateaux sont de véritable flèches sur l’eau. Équipés de trois coques reposant sur des planches très souples, ces trimarans s’élèvent littéralement au-dessus de l’eau. Seuls les foils (de petites raies comparables à des ailerons placés sous le bateau) restent immergés. En vitesse de pointe les Ultimes peuvent atteindre 48 nœuds, soit à peu près 88 km/h, uniquement avec la propulsion du vent. Enfin leur construction est 100% française et cet argument n’est pas pris à la légère par les sponsors. Tous on mit le paquet pour travailler avec la pointe des architectes marins comme Verdier ou bien VPLP.

 

Un des Ultimes, celui du doyen de cette classe de bateau Francis Joyon, 62 ans, qui concours pour Idec Sport. Images : Hugo Franceschi / FREQUENCE ESJ

De multiples accros pour cette Route du Rhum.

Pourtant l’un des Ultimes les plus cher, celui du skipper Armel le Cléac’h sponsorisé par Banque Populaire, a enchainé les défis et les échecs. Le jour du départ, à peine cinq heures après avoir quitté les côtes bretonnes, le skipper du Finistère est contraint de faire demi-tour pour effectuer une escale technique dans le port de Brest. Malgré un retour à la mer assez rapide, le mauvais temps à finalement eu raison du bateau. Mardi 6 Novembre une forte dépression a frappé la flotte de la route du Rhum. A cause de vague de plus de cinq mètre de haut l’un des flotteurs du navire à éclaté et Armel le Cléac’h a chaviré. Il a été secourus neuf heures plus tard, au large, par un chalutier portugais.

 

Armel le Cléac’h en exercice sur l’Ultime de la Banque Populaire, le 4 Novembre, avant le départ de la Route du Rhum. Images : Hugo Franceschi / FREQUENCE ESJ

Un autre skipper en Ultime, Sébastien Josse, a connu des déboires similaires. Lui aussi a été contraint d’abandonner la course Lundi 5 novembre après que son flotteur tribord est été crevé par une houle de plus de quatre mètres. Pourtant le skipper du navire d’Edmond de Rothschild avait pris la tête de la course et réalisait une performance incroyable sur les premiers milles. Il est tout de même parvenu à rejoindre le port de Corogne au nord de l’Espagne. Un parcours similaire a celui qu’il avait vécu il y a quatre ans lors de la précédente édition de la Route du Rhum.

Le trimaran de l’équipe Remade Use-it Again piloté par Romain Pilliard a lui aussi été condamné par la tempête. Alors qu’il avait pris un bon départ, le 7 Novembre à 7 heure du matin le skipper a annoncé à son équipe technique et à la direction de la route qu’il se déroutait vers le port de La Corogne, situé à plus de 170 milles de sa position. Cette fois ce ne sont pas les flotteurs qui sont défaillants mais les chariots permettant de hisser la grand-voile. Sans cette instrument il est quasiment impossible de manœuvrer au large. Romain Pilliard a pu reprendre la mer mais sait désormais que la victoire lui a échappé.

Enfin Thomas Covilles, le skipper de l’Ultime Sodebo, a rejoint ses deux confrères à Corogne. En escale technique dans le port espagnol le skipper a repris la mer ce matin, à l’heure où deux de ses rivaux s’approchent de la ligne d’arrivée, située à 3 000 milles des cotes de Guadeloupe.

 

Le navire Sodebo de Thomas Covilles va s’installer sur la ligne de départ le 4 Novembre. Images : Hugo Franceschi / FREQUENCE ESJ

« Le développement des Ultimes passe forcément par une phase de régression »

Pour Michel Desjoyeaux, vainqueur de la Route du Rhum en 2002, ces problèmes techniques sont absolument normaux. Interviewé par Ouest-France, l’ancien skipper affirme que « la compétition favorise la recherche de performances » et que « la vitesse des Ultimes a augmenté de 20% en à peine deux ans ». Selon lui « les progrès techniques ne peuvent rien face à un élément aussi incontrôlable » et imprévisible que l’Océan.

D’après Michel Desjoyeaux, les constructeurs d’Ultimes sont aujourd’hui confrontés à un dilemme. Le gabarit de ces navires est optimal pour favoriser la vitesse, seulement pour cela il faut qu’il soit léger et donc plus sensible au chocs extérieurs…La difficulté réside dans le fait qu’en voile « il n’y a pas de crash test, pas de voitures d’essai ». C’est donc par l’erreur que nos marins doivent apprendre à s’améliorer : « le développement de la classe Ultime passe forcément par une phase de régression. »

 

François Gabart, skipper sur l’Ultime de la Macif caracole en tête de la course depuis six jours, il est le favori de la course. Images : Hugo Franceschi / FREQUENCE ESJ

Cependant si quatre marins, en charge de ces « bateaux volants », sont en difficulté, pour deux d’entre eux cette course aura été un succès. Le premier, François Gabart, déjà détenteur du record de 42 jours pour réaliser le tour du monde, pourrait bien réaliser un nouveau record avec la route du Rhum. D’après les estimations l’Ultime de la Macif devrait arriver à Pointe à Pitre aujourd’hui en milieu d’après-midi (pour la métropole qui a cinq heures de décalage avec la Guadeloupe). Pendant presque six jours il a filé à plus de 30 nœuds en moyenne. Mais il est suivi à moins de 120 milles par le doyen de la classe Ultimes, Francis Joyon, âgé de 62 ans, qui pilote le navire de Idec Sport. Le suspense reste garanti jusqu’à la ligne d’arrivée !

Photo : DR

 

 

Derniers articles

Sur le même sujet

Dernières vidéos