Karine Lacombe : experte critiquée

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PORTRAIT - En duplex de son bureau de l’hôpital Saint-Antoine à Paris ou sur les plateaux de télévision, Karine Lacombe apporte son expertise sur la pandémie qui frappe la France depuis le début de la crise sanitaire. En quelques mois, l’infectiologue est devenue un visage familier du paysage audiovisuel, une voix que l’on écoute pour en savoir davantage sur l’évolution du Covid-19.

Savoyarde et adepte des randonnées dans les grands espaces, rien ne la prédestinait à faire le tour des chaines de télévision pour faire part de son expertise. À vrai dire, étudier les maladies infectieuses n’était même pas son objectif. Née d’un père ouvrier et d’une mère issue de l’immigration, Karine Lacombe se dit elle-même « pur produit de l’ascenseur social ». Après avoir étudié la médecine à Grenoble et obtenu deux doctorats, elle se spécialise dans la santé publique. C’est au hasard de rencontres dans les couloirs des hôpitaux qu’elle choisira finalement l’infectiologie.

Sa voix grave et posée, le ton calme et sa démarche pédagogique créent le contraste avec d’autres consultants plus pessimistes comme le professeur Eric Caumes. « Depuis le début de la crise, j’essaie de faire passer un message intermédiaire. Je vois des gens beaucoup trop optimistes et d’autres beaucoup trop alarmistes » expliquait-elle dans les colonnes du Monde. Ce sont ses paroles nuancées et réfléchies qui lui permettront par la suite d’intervenir à plusieurs reprises dans le journal de TF1, la chaine allant même jusqu’à lui proposer un contrat de consultante qu’elle a décliné. La télévision, ce n’est pas pour elle. Elle ne compte pas s’y éterniser. Une fois la crise passée, elle se consacrera donc uniquement à la médecine. Pour l’instant, elle décrypte l’actualité autour du Covid-19 et s’attache à défendre la méthodologie scientifique.

« Didier Raoult vs Karine Lacombe »

C’est d’ailleurs ce qui la pousse à critiquer les travaux du docteur Didier Raoult sur l’hydroxychloroquine. « Je suis absolument écoeurée par ce qu’il se passe à Marseille. […] Sur la base d’un essai qui est absolument contestable sur le plan scientifique […], on expose les gens à un faux espoir de guérison » a-t-elle déclaré sur le plateau de France 2.

Ses nombreuses déclarations sur le travail du professeur marseillais lui ont attiré les foudres d’internet et des réseaux sociaux, espaces de libre parole sans modérateur ni retenu. Les plus fervents défenseurs de Didier Raoult, plus présent sur la toile que dans les médias traditionnels, l’ont insultée et menacée sur Twitter, l’obligeant à supprimer son compte.

 C’est à la suite de la diffusion d’une vidéo vue plus de 520 000 fois sur YouTube que certains internautes s’en sont pris à elle. Dans cette vidéo intitulée « Marcel sur Didier Raoult vs Karine Lacombe », l’auteur assure que la Savoyarde est en situation de conflit d’intérêts. En discriminant l’hydroxychloroquine et son médicament, le Plaquenil, Karine Lacombe est accusée de faire le jeu de deux laboratoires concurrents dans l’élaboration d’un traitement contre le Covid-19, dans le cadre de l’essai européen Discovery : AbbVie et Gilead Sciences. Dans sa déclaration d’intérêt datée de 2016, l’infectiologue déclare avoir touché 15 000 euros de la part du laboratoire américain et 3 000 euros de la part d’AbbVie, le tout sur cinq ans. Mais la collaboration n’a pas cessé en 2016. Le site Transparence Santé relève plusieurs avantages et rémunérations jusqu’en octobre 2019, date à laquelle la cheffe du service des maladies infectieuses de l’hôpital Saint-Antoine s’est vu rembourser des titres de transport et des nuits en hébergements. Interrogée sur ses liens avec ces deux entreprises, Karine Lacombe reconnait travailler en collaboration avec des laboratoires : « Ce sont des activités que je mène en plus de mon travail et de mes cours, mais je n’ai pas de CDD chez eux, je n’ai pas d’actions chez eux, je suis indemnisée pour les heures fournies »

Bien que vivement critiquée et déconseillée, la collaboration avec les laboratoires est acceptée par le Conseil National de l’Ordre des médecins tant que la rémunération est proportionnée, déclarée et que les travaux favorisent l’avancée de la recherche. Par ailleurs, Karine Lacombe précise n’avoir aucun lien avec l’essai Discovery auquel participent les deux laboratoires américains.

Coviplasm

Aucun lien avec Discovery, certes, mais ce qu’oublie de préciser Karine Lacombe, c’est qu’elle est l’investigatrice principale de l’essai Coviplasm, lancé le 7 avril et promu par l’AP-HP. Par l’injection de plasma sanguin, ce protocole alternatif souhaite utiliser les anticorps de patients guéris pour soigner les personnes atteintes du Covid-19. Les premiers résultats sont attendus d’ici à la première quinzaine de mai. TF1 a d’ailleurs déjà assuré l’exclusivité de l’annonce des résultats sur le plateau du 20 heures. S’ils sont satisfaisants, Coviplasm pourrait faire de l’ombre à Discovery et aux traitements actuellement en test. 

 

Photo : Geoffroy Van der Hasselt / Pool / AFP

 

 

 

 

 

 

 

 

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