Qui est Didier Raoult, l’infectiologue controversé ?

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PORTRAIT - En pleine crise de Covid-19, la course contre la montre pour trouver un traitement bat son plein. L’infectiologue, Didier Raoult, propose la solution d’un anti-paludisme, la chloroquine. Portrait de ce professeur rebelle qui suscite tant de polémiques.

 

Infectiologue renommé et directeur de l'Institut Méditerranée Infection de Marseille (IHU), Didier Raoult a réussi, en quelques jours, à faire d’une vieille molécule un objet de convoitise mondial et d’un simple espoir thérapeutique contre le Covid-19 un remède miracle, comme le disent certains de ses soutiens. A 68 ans, Didier Raoult vient d’entrer au panthéon des héros, incarnant l’esprit rebelle de la ville de Marseille. Devant le siège de l’IHU, des centaines de personnes patientent chaque jour pour recevoir le diagnostic et le remède de la chloroquine.

Un parcours atypique

Né en 1952 à Dakar, au Sénégal, d’un père médecin militaire et d’une mère infirmière, Didier Raoult ne rentre pas dans les normes très traditionnelles et bourgeoises de sa famille. Adolescent, son parcours est chaotique. Il se révèle être un élève dissipé et antisystème scolaire. Il quitte l’école en seconde, passe un bac littéraire en candidat libre et l’obtient de justesse. Il part ensuite deux ans sur les mers à bord de navires de commerce. Une fois rentré à Marseille, Didier Raoult entreprend des études de médecine, forcé par son père.

Des longs cheveux blonds, une bague en forme de tête de mort et des idées bien tranchées : Didier Raoult ne ressemble en rien aux autres médecins. L’ancien journaliste au journal régional La Provence, Hervé Vaudoit, raconte l’avoir un jour interrogé sur son changement de style vestimentaire. « J’ai ce look parce que ça les fait chier ». Une réponse provocante et haute en couleurs, à l’image du professeur.

Grâce à sa découverte sur la chloroquine, Didier Raoult est persuadé d’être devenu le « champion du monde » de la médecine. Si ses pairs ne partagent pas tous ses convictions, il est loin d’être le « docteur Maboule » moqué par certains. Microbiologiste de renommée internationale, il a des travaux majeurs à son actif. A commencer par ceux sur les virus géants, découverts en 2003 en collaboration avec le généticien Jean-Michel Claverie. Une percée qui serait susceptible de redessiner les contours du monde vivant. Dans les années 1980, ses travaux sur les petites bactéries intracellulaires lui ont également valu une grande reconnaissance.

Une épidémie qu’il n’a pas jugé importante

Le 21 janvier, lorsque le coronavirus devient de plus en plus dangereux en Chine, Didier Raoult refuse de croire à la gravité de la situation. Il déclare sur la chaîne YouTube de son institut que l’inquiétude à propos du Covid-19 est « délirante ».  « Il y a trois Chinois qui meurent et l’Organisation mondiale de la santé s’en mêle alors on en parle à la télévision et à la radio. Tout cela est fou, il n’y a plus aucune lucidité » raillait-il, fin janvier. Deux mois plus tard, c’est lui qui trouve un traitement à base de chloroquine, cet anti-paludisme capable de « tous nous sauver » selon ses dires.

Cette confiance en lui a peut-être parfois pu amener Didier Raoult à commettre des erreurs. En 2012, la revue Science a révélé qu’en 2006 une suspicion de fraude, impliquant un article de l’équipe de Didier Raoult, avait conduit l’American Society for Microbiology à l’interdire de publication pendant un an. Une information qui était demeurée confidentielle et dont la révélation a ulcéré le chercheur marseillais.

 

Photo : Gérard Julien / AFP

 

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