Du « pic » épidémique au « plateau » de l’épidémie : décryptage

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DECRYPTAGE - Au début de cette pandémie de COVID-19, les autorités de santé parlaient de « pic » épidémique. Depuis quelques jours, c’est désormais la notion de « plateau » qui est sur toutes les lèvres. Le plateau serait-il une forme de stabilisation de l’épidémie ? On vous explique tout.

 

Précisons d’abord que parler de pic épidémique ou de plateau, c’est se référer à une courbe. Celle-ci est réalisée en fonction d’un certain chiffre, que ce soit le nombre de morts, de malades avérés ou encore d’hospitalisation. Le « pic épidémique » correspond donc au moment où, après avoir atteint le maximum de personnes hospitalisées et en réanimation, il y aurait une décroissance. Mais ces données peuvent être soumises à des imprécisions ou des retards dans leur traitement. La courbe peut alors légèrement baisser ou remonter. Elle ne suit alors plus le modèle théorique en forme de belle vague où le pic se situerait à la redescente de celle-ci. Lorsqu’on parle de plateau, on fait maintenant référence à des indicateurs stables, avec un nombre de malades qui évoluerait de manière égale à la veille ou diminuerait légèrement : une sorte de stabilisation de la situation.

Une notion floue

Le directeur de recherche au CNRS et spécialistes des épidémies, Samuel Alizon, voit un autre problème dans la lecture de la courbe : « Pour que la courbe soit parfaitement stable, il faudrait que chaque personne malade en contamine exactement une autre. Ça ne me paraît pas réaliste ». La notion de plateau reste donc floue et est surtout soumise à ce que Samuel Alizon appelle « le bruit statistique ». À tout moment, la courbe, qui se serait plus ou moins stabilisée, pourrait remonter, mettant fin à l’effet plateau. Pour certifier cet effet, il est indispensable que plusieurs jours passent, validant ainsi une forme de stagnation des chiffres, et cela, sans que des imprécisions dues à des retards de traitement ne les altèrent.

Du plateau au pic ?

La limite entre plateau et pic épidémique est fine. Prenons un exemple. Lors d’une légère redescente du nombre de morts qui ne peut pas être qualifiée de pic épidémique car trop lente, il y a un effet plateau. Dans le meilleur des cas cela mènera à un pic épidémique en pente douce. Nos voisins espagnols et italiens ont déjà connu par exemple des phases de plateau sans pour autant avoir une réelle amélioration de leur situation.

Dans les faits

En France, la notion de plateau remplace celle de pic épidémique dans les points quotidien du directeur général de la santé, Jérôme Salomon. Le jeudi 9 avril, pour la première fois depuis le début l’épidémie, il y a eu une baisse dans les admissions en réanimation. Et le samedi 11 encore de bonnes nouvelles : 121 patients de moins que la veille. Dans cette amélioration précaire mais tout de même suffisante pour être mise en lumière, Jérôme Salomon a annoncé samedi 11 avril : « Un très haut plateau épidémique semble se dessiner. Nous devons absolument continuer à rester vigilants ». À la suite du discours d’Emmanuel Macron lundi 13 avril, Olivier Véran, le ministre de la Santé, a lui aussi employé le terme de plateau. « Nous avons atteint une forme de plateau dans l’épidémie, c’est-à-dire que le nombre de patients et d’admissions à l’hôpital ne chutent pas de façon vertigineuse, mais qu’il a cessé sa croissance. Et que surtout, le nombre de sorties des malades de réanimation est depuis maintenant 3 jours supérieur au nombre de malades qui rentrent dans les réanimations ». Pour autant, il faut rester attentif car l’apparition d’une nouvelle vague est toujours possible. Selon Arnaud Banos, chercheur au CNRS et spécialiste des modélisations à l’AFP, ce sont dans les moments de relâchement de la pression après un plateau, qu’il y un rebond de l’épidémie.

 

Photo : Gerd Altmann/Pixabay

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