L’incertitude face à la recherche médicale

(Reading time: 2 - 4 minutes)
Recherche_Fondation_de_lavenir.jpg

RECHERCHE - Depuis le début du confinement en France, toutes les activités « non essentielles » ont été arrêtées. Certaines activités hospitalières sont donc, elles aussi, mises totalement en pause. C’est le cas des protocoles de recherche. Les chercheurs n’ont plus la possibilité de se réunir et les médecins-chercheurs sont parfois réquisitionnés pour les soins.

 

Une incertitude constante

Le docteur Flamand-Roze est directrice d’un protocole de recherche au Centre Hospitalier du Sud Francilien (CHSF). Depuis trois ans, son travail est tourné vers la recherche d’un outil permettant de détecter les séquelles d'AVC plus rapidement.

Le matin du mardi 17 mars, premier jour du confinement en France, elle a reçu la directive d’arrêter totalement son protocole de recherche « jusqu’à nouvel ordre ». Depuis, plus aucune nouvelle ne lui a été donnée. « Je ne sais pas quand je reprendrai, si je pourrai reprendre le protocole là où je l’ai laissé ou si je devrai tout recommencer depuis le début. Je me sens impuissante et interrogative » explique le docteur Flamand-Roze. Son étude pourrait en souffrir plus que d’autres : « la grande force de mon étude était le fait d’inclure des patients consécutifs, c’est à dire que chaque patient qui présente cette pathologie est inclus dans l’étude s’il répond aux critères d’inclusion et d’exclusion. Mais, avec un arrêt comme ça, cette consecutivité n’est plus possible. Je me pose donc des questions d’ordre scientifique : est ce qu'on fait comme si il n’y avait pas eu d’interruption ? Est ce qu’on recommence depuis le début ? ». Autant de questions qui restent pour le moment en suspens.

Le docteur Flamand-Roze n’étant pas docteur en médecine, elle n’a pas été réquisitionnée pour donner des soins à l’hôpital. Ce n’est pas le cas du professeur Flamand-Roze, son mari. Il est neurologue à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière (Paris) et chercheur de l’Institut du Cerveau et de la Moelle épinière (ICM)- INSERM. Tous ses protocoles de recherche sont eux aussi suspendus. Aujourd’hui, il se consacre uniquement aux suivis de thèse et aux patients « non Covid-19 ».

« Un sentiment d’injustice »

Pour le docteur Flamand-Roze, la situation est très frustrante. « En plus de ces interrogations, il y a la frustration : imaginer le projet, l’écrire, le soumettre au comité d’éthique ... tout cela a pris un an et demi. On était tellement contents de pouvoir commencer à inclure des patients et d’avoir des débuts de réponses ! Là, être obligée de tout arrêter est extrêmement frustrant, c’est comme un jouet qu’on m’aurait offert qu’on range dans un placard dans lequel je n’ai pas le droit d’aller. Il y a aussi un sentiment d’injustice, même si ce n’est de la faute de personne ».

Même si le sentiment de frustration est très fort chez les chercheurs, l’urgence Covid-19 est bien évidemment prioritaire. « Ce ne serait pas raisonnable d’aller dans le service et de m’approcher des malades pour leur faire passer le protocole. C’est une recherche clinique sur des humains donc je dois être auprès de chaque patient. En plus, on doit être deux chercheurs à chaque fois, donc on multiplie les risques de contaminer ou d’être contaminé nous-même » explique le docteur Flamand-Roze. « Je comprends que tout ce qui n’est pas d’ordre vital soit annulé dans les hôpitaux au profit des soins aux Covid. Y aller équivaudrait, en plus, à ne pas respecter le confinement ».

Pour le moment, aucune date n’a été donnée quant à la reprise des protocoles de recherche médicale. Bien que l’urgence Covid-19 soit une priorité pour les hôpitaux et les centres de recherche français et mondiaux, la mise sur pause de ces protocoles pourrait avoir de lourdes conséquences sur la recherche.

 

Photo : Fondation de l’avenir

 

Derniers articles