EXCLUSIF - Fiancés assassinés de Fontainebleau : quatre témoignages édifiants ravivent l’affaire

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REPORTAGE - Le 10 janvier 1989, les cadavres de Anne-Sophie Vandamme, Gilles Naudet et leur chien Dundee sont découverts dans la forêt de Fontainebleau (Seine-et-Marne). Depuis trente ans, Christian Porte enquête sur ces crimes non résolus. Il envisage de créer une pétition pour demander l’imprescriptibilité des crimes de sang. Le journaliste indépendant a recueilli quatre témoignages méconnus des gendarmes. L’affaire des « Fiancés assassinés de Fontainebleau » lèvera t-elle son mystère ?

 

« En France, 150 crimes de sang, par an, ne sont jamais élucidés », affirme Christian Porte. Journaliste indépendant, il enquête depuis 30 ans sur l’affaire des Fiancés assassinés de Fontainebleau. « J’étais là dès le premier jour », se souvient-il en lissant du doigt sa longue moustache blanche. A la Toussaint 1988, Christian Porte couvre, pour Le Républicain de l’Essonne et du Val-de-Marne, la disparition mystérieuse de Anne-Sophie Vandamme, Gilles Naudet et leur chien Dundee dans la forêt de Fontainebleau (Seine-et-Marne). Le journaliste a alors 25 ans. Depuis, il a écrit deux livres d’enquête consacrés à cette affaire non résolue et prescrite depuis 2011.

Son dernier fait d’armes s’attache à revoir le délai de prescription en cas de crimes de sang (assassinat, meurtre, homicide). L’auteur réfléchit à une pétition avec des professionnels de la justice. Pour exemple, il s’appuie sur la législation en matière pénale de pays européens qui frappe d’imprescriptibilité les crimes de sang. C’est le cas en Angleterre et aux Pays-Bas où des poursuites peuvent être indéfiniment engagées contre un présumé criminel. En Allemagne et en Suisse, le délai de prescription pour les crimes est de 30 ans, en France, 20 ans. « On est déjà passé de 10 à 20 ans. Pourquoi pas plus ? Il suffirait d’un texte de loi », s’enthousiasme Christian Porte.

Le second volet de la pétition portera sur la création d’un débat sur un dossier non résolu. « Un juge et un membre du parquet se réunissent, avant l’application de la prescription, et décident s’il pourrait être relancé », explique l’auteur. Ce projet présage une charge de travail supplémentaire pour les acteurs de la justice. Qu’importe ! : « La justice dort sur ses deux oreilles, demandez aux familles des victimes si c’est le cas pour elles ! »

Quatre témoignages jamais recueillis par les gendarmes

Depuis la médiatisation de l’affaire, Christian Porte a reçu des témoignages. Certains corroborent des pistes déjà envisagées par l’auteur dans Les vérités interdites d’un fiasco judiciaire (éditions Edilivre).

Quatre sont, notamment, méconnus des gendarmes.

Le chasseur à la 22 Long Rifle.
Le premier témoignage attire l’attention sur un chasseur, habitué de la forêt de Fontainebleau, qui partage son quotidien entre une activité professionnelle et le stand de tir. Dans la semaine qui suit la disparition du jeune couple, il détruit ses agendas professionnels, modifie ses horaires de travail, cesse d’aller au stand. Lui, qui ne lisait jamais les journaux, se passionne soudainement pour la presse. Mieux même, son chien ressemble à Dundee, il s’en sépare. Le chasseur posséderait plusieurs armes dont un 22 Long Rifle. Il a, d’ailleurs, été interrogé par les gendarmes car c’est le type de carabine qui a servi à abattre le couple. Toujours selon ce témoignage, l’individu aurait déterré d’autres armes pour s’en débarrasser. Fait incroyable : sa femme se suicide, la semaine, après la découverte des corps des victimes (10 janvier 1989). Puis, il vend sa maison et disparait.

L’ancien gendarme
Le deuxième témoignage résulte d’une rencontre inattendue à l’entrée d’un supermarché. Christian Porte croise un ancien gendarme, en poste dans l’Essonne au moment des faits. Il lui confie : « Vous devriez vous intéresser à un collaborateur, proche d’un magistrat, qui a travaillé sur cette affaire. » Problème, cet ancien collaborateur, qui connaissait tous les chasseurs, est aujourd’hui décédé. Le magistrat, lui, nie s’être occupé de l’affaire à l’époque.

L’appel anonyme
Le troisième témoignage émane d’un appel anonyme. « Vous devriez vous intéresser au suicide d’un restaurateur installé dans le secteur », chuchote la voix au bout du fil. Selon Christian Porte, les affaires marchaient bien pour le restaurateur qui était le fils d’un notable du coin.

Le groupuscule d’entrainement
Le dernier témoignage renvoie à une piste déjà explorée dans l’ouvrage de Christian Porte. A l’époque des faits, un individu a été auditionné par les gendarmes lors de l’enquête : « On s’entraine bien là-bas mais je n’ai rien à voir avec l’affaire. » Une piste réactivée avec ce courrier reçu voici quelques jours, à la date anniversaire de la disparition de Anne-Sophie Vandamme, Gilles Naudet et leur chien Dundee (31 octobre 1988). Il donne le signalement d’un groupe d’hommes habitué aux entraînements en forêt de Fontainebleau. Ce qui intrigue l’auteur est la suggestion de l’expéditeur du courrier : « Vous devriez enquêter sur l’assassinat de Fontainebleau ».

Y aurait-il eu un autre assassinat ? Christian Porte a envoyé cette information à la procureure de la République en prenant soin de préserver l’anonymat du témoin. A ce jour, aucune réponse ne lui a été apportée. Des confidences accablantes ont toujours émaillé le travail d’enquête de Christian Porte. Comme ce jour où, invité à l’ambassade d’Egypte par le président Hosni Moubarak, celui-ci lui murmure : « Vous me causez beaucoup de soucis avec mon fils. » A l’époque, le journaliste d’investigation révèle la ressemblance physique entre Alaa Moubarak et Gilles Naudet. Quinze jours plus tard, la famille vendait la maison qu’elle possédait dans le coin. L’affaire non élucidée des « Fiancés assassinés de Fontainebleau » lèvera t-elle un jour son mystère ? Une chose est certaine : « Dans les alentours de Milly-la-Forêt (Essonne), les gens en parlent encore dans les bistrots. »

Les vérités interdites d’un fiasco judiciaire (éditions Edilivre)

 

 

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