• Slide FESJ 2015

Paris brûle-t-il ?

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TRIBUNE - L’un confessait hier n’avoir jamais mis les pieds à Paris. « Je ne suis pas venu casser du flic, au départ. Mais quand ils m’ont chargé à six, j’ai pété un câble, maintenant je vais les faire payer, ces fils de p***. » L’autre, essuyant ses yeux embrumés de lacrymogènes en vain, lâchait furieusement : « Ils sont où les bourges ? Qu’ils descendent ! Qu’ils descendent ! » Sous l’Arc de Triomphe, un homme, désemparé, accusait les forces de l’ordre de lynchage mal ciblé. « Les casseurs prennent les autres manifestants en otage ; essayez de ne pas vous mélanger à eux », répondait un CRS. De conseils en « tiens bon », peu nombreux furent les échanges cordiaux entre policiers, gendarmes et « gilets jaunes », mais chacun s’avérait édifiant de désarroi commun.

 

Ils n’en étaient plus aux revendications. C’était de la rage pure, de la rage individuelle. « On veut se faire entendre », hurlaient-ils sans la moindre envie d’être écoutés. L’exactitude des termes change tout. Certains groupes se distinguaient clairement du mouvement, même si, quelque part, ils y appartenaient aussi. Qui oserait affirmer que la banlieue ne jouxte pas avec la France populaire ? Comment définir l’action des extrêmes autrement que par une ambition purement populiste, détachée depuis bien longtemps du militantisme ? La politique a échoué. Emmanuel Macron, figure du banquier réformiste, s’essuyant les mains au contact du peuple, achève la crédibilité de la Vème République dont on a tort de ne pas relire les fondements. Il cède, pourtant. Il ne parvient pas à répondre au Français qui a, lui, dépassé les codes de la communication. On ne joue plus, Monsieur le Président.

Les CRS sont fatigués. Les commerçants sont endettés. La presse est acculée. On ne mesure pas la portée de ces échauffourées lorsqu’on les regarde de loin. C’est pour ça que les reporters sont essentiels. Si certains manipulent encore l’information selon leurs propres états d’âme, d’autres parviennent à la « revendiquer », comme si informer devenait un combat éthique entre journalistes. La présence des photographes est sans cesse contestée par la plupart des forces de police, considérant de leur part une désinformation telle qu’ils en subissent la rage des casseurs eux-mêmes. « La police est détestée par 90% des médias », pense l’un des leurs. Comment changer cela ?

Un grand journal publiait ce matin une série de photos, sur Facebook. L’une d’elle illustrait la situation peu médiatisée, justement, de « l’avant tag » sur l’Arc de Triomphe : « tension : les CRS font face aux manifestants », à peu de choses près. En réalité, les manifestants protégeaient à la fois les CRS et le tombeau. « On est là pour vous », criaient-ils. Quand un projectile atteignait un policier, les manifestants levaient les bras et se tournaient vers les casseurs, tandis que nul ne ripostait. Quand les casseurs ont pris l’Arc, des « gilets jaunes » ont formé une chaîne humaine pour, là encore, préserver la Flamme. Ils ont essuyé les gaz lacrymogènes, la confusion des CRS qui ne savaient plus où donner de la matraque, des pavés, des projectiles improbables… mais ils ont tenu. Ensuite, tout le monde a été délogé. Et les taggeurs ont sévi.

La République finira en cortège funèbre si l’État n’use ni de ses droits, ni de se lois, ni de son histoire. De Gaulle, réveille-toi, ils sont devenus fous…

Chaque semaine Fréquence ESJ ouvre ses colonnes à des auteurs invités. Leur point de vue n'engage pas la rédaction.

Photo : Maud Protat-Koffler

 

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