• Slide FESJ 2015

Gilets Jaunes : Paris outragé

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TRIBUNE - Sylvain Boulouque, éminent sociologue, accuse l’extrême droite d’avoir été à l’origine des débordements sur les Champs-Elysées. « Il y avait des drapeaux avec des fleurs de lys et d’autres avec le cœur et la croix (…), les militants identitaires avaient vraiment envie d’en découdre. » Aux élucubrations formelles, déposons plutôt le constat suivant.

 

Avenue de Friedland, on se lamentait autour d’un brasier de scooters et d’échafauds, en pensant : « De toute façon, il va bien finir par comprendre, cet enc*** de Macron. » Du côté de Georges V, on préparait une fricassée de chaises récoltées au Fouquet’s : « Prenez la place du riche, Monseigneur ! » Ah non… « Pose ton c** de pauvre ici, à défaut d’avoir des c******* en or ! » Sans aucun mépris, c’était la France profonde. Celle qui, prenons-en conscience, nous fait vivre en à en crever. Quant aux Champs-Elysées, les « nique ta mère » et autres glorieuses adresses à l’égard de la police, tendaient à affirmer, c’est vrai, que la racaille avait décidément changé de visage et de vocabulaire.

Ce qu’on ne déduit pas assez, c’est qu’entre la vulgarité des uns et la violence des autres, il fallait opposer les raisons émotives aux déraisons de principe. Les constructeurs de barricades, les dépaveurs dépravés, les gueules cassées de la rébellion jaune, étaient bien issus de la France bâillonnée. Bâillonnée parce qu’en marge des débats intellectuels, parce que purement manuelle. Ces « gens-là » n’ont pas fait l’ENA, ils l’ont construite. Il y avait aussi ces Français génétiquement engagés, les « rouges », bien moins violents que leurs pairs, souvent assis et formulant les accusations habituelles envers les lignes de gendarme : « Vous avez reçu de belles primes pour nous taper dessus ! » 

« On vient du Nord, on est parti à 6h, ça fait 5h qu’on est là. » Ces deux copains gardent les mains dans les poches. Ils ont raison. Blasés, déçus, mais forcés d’être là, ils mesurent le malaise : « Tout se mélange, les gens, les idées… Au départ, c’était le but de cette manif. Maintenant, ça devient n’importe quoi, ça sort des banlieues. »

La banlieue. La cité interdite. Cette « autre » qui, quatre mois auparavant, avait démantelé les Champs et connu ses mêmes heures de gloire. Ces « monarchistes », donc, s’il fallait croire Sylvain Boulouque. On imagine assurément que sous ces foulards suants de rage et d’insultes multi-ethniques, se cachent effectivement des ambassadeurs du roi. Lorsque l’un dit : « Les frères de banlieue vont venir vous n***** bande de fils de p*** », entendez naturellement : « Vous êtes royalement conviés à vous faire estropier par la garde de sa majesté qui se presse déjà au-delà des frontières périphériques. » Caricature pour caricature... Avouons-le, celle-ci est exquise.

Mais c’est alors qu’en pleine bataille, entre deux jets de pavés et d’incessantes effluves de lacrymogènes, une plaque apparaît comme un écho de conscience, celle d’un homme, un flic, dont on avait tant regretté le destin, mort pour la France, mort pour rien... Xavier Jugelé, assassiné le 20 avril 2017 par un terroriste. Et c'est aujourd’hui cette même France qui, pensant se rebeller mesurément, porte les coups de rage qu'elle contestait hier, se justifiant par la colère ou par la seule volonté d'en découdre avec les forces de l’ordre, premiers remparts de la République. 

Non, tous les Gilets Jaunes n'étaient pas violents. Il fallait descendre dans les rues adjacentes pour rencontrer ces autres venus de loin, souvent partis de rien. Les Champs de bataille n'étaient qu'un spectacle, un gâchis, un lâcher de bêtes avec de faux étendards, de fausses barricades, de fausses ambitions. Ils ont pris le Fouquet's, formé des bûchers, brûlé des scooters, imitant aux poings levés la Liberté guidant le Peuple, caricature d'une France insoumise qui ne s'entend plus respirer... Ces gilets jaunes ne portaient pas de majuscule. Parfois même, ils ne portaient pas de gilet jaune.
Hier encore, hier toujours, Renaud aurait ainsi pu travestir ses paroles : "J'ai embrasé un flic".

Chaque semaine Fréquence ESJ ouvre ses colonnes à des auteurs invités. Leur point de vue n'engage pas la rédaction.

Photo : DR

 

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