Patrick Maisonneuve : « dans l'affaire Bygmalion, Nicolas Sarkozy n'est pas mis en cause judiciairement dans le dossier »

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INTERVIEW/VIDEO - Patrick Maisonneuve était l'invité de Storytelling, mercredi soir sur Fréquence ESJ. Ténor du barreau de Paris, il revient sur son choix de métier ainsi que sur la place de la justice dans la société actuelle.

Le métier de la justice face à la politique

« J'ai toujours voulu être avocat » explique Patrick Maisonneuve. « J'aime porter la parole de celui qui est accusé, stigmatisé et isolé » décrit-il. Ne pas aller travailler à reculons est une preuve de son attachement à la justice. Patrick Maisonneuve s'est ainsi illustré dans de grandes affaires judiciaires tout au long de sa carrière. « Je ne suis pas le seul à m'occuper des dossiers » tonne-t-il tout en avouant que les avocats spécialisés ne sont « pas très nombreux ». En effet, c'est dans les années 90 que ces avocats pénalistes ont commencé à être recrutés pour défendre les politiques et grands de l'économie. Pour Patrick Maisonneuve, qui a notamment défendu la scientologie, « la seule limite est la stratégie de défense ». Il ajoute pourtant directement : « j'ai pu travailler pour des gens de gauche et de droite. Moi, je fais de la défense pénale, je ne fais pas de militantisme », lorsque le sujet politique est amorcé.

À propos de l'affaire Bygmalion – dont Patrick Maisonneuve est l’avocat – : « on l'a dit et écrit mais Nicolas Sarkozy n'est pas mis en cause judiciairement dans le dossier ». Le ténor souligne la particularité de sa plaidoirie « assez atypique » : lors d'une conférence de presse, il a incriminé les politiques qu'il défendait en dévoilant directement des fausses factures, pour prendre de vitesse l'UMP.

Des médias très présents sur la scène judiciaire

« Pendant très longtemps, nous n'avons pas touché aux puissants de ce monde » déclare-t-il. C'est à travers le journalisme d'investigation que les affaires ont commencé à prendre une plus grande ampleur. Les rapports entre la justice et les médias ont ainsi fortement évolué depuis des années : « nous sommes dans un nouveau temps de communication ».

Dans son métier, il souligne qu'il est important d'apprendre à parler avec les journalistes. La raison selon lui ? : « nous ne pouvons pas ignorer qu'un dossier soit traité par les médias plus rapidement ». Les médias sont même devenus une source de « défense », notamment grâce aux conférences de presse, selon Patrick Maisonneuve. L’avocat pénal conclut en déclarant que nous « ne pouvons évidemment pas éviter le terrain médiatique aujourd'hui ».

Les attentats de Paris : une atmosphère propice à la justice

Après les attaques qui ont ébranlé Paris, Patrick Maisonneuve revient sur cet état d'urgence, décrété jusqu'à fin février. « Nous sommes dans un état de guerre. C'est un principe de réalité donc il faut des réponses adaptées » souligne-t-il. Ainsi, pour lui « la meilleure réponse au terrorisme c'est justement une réponse dans le cadre de l'État de droit ». Le seul écart pourrait avoir lieu « lorsque nous faisons reculer les libertés individuelles », nous rentrerions ainsi dans « le jeu des terroristes ».

2 500 perquisitions ont eu lieu depuis les attentats de novembre, mais seulement deux ouvertures d'enquêtes préliminaires ont été faites. « Nous allons découvrir qu'il y a eu des dérapages » répond Patrick Maisonneuve. L’avocat regrette notamment qu'il n'y ait pas de « contrôle plus effectif de l'ordre judiciaire sur les libertés individuelles » face aux assignations à résidence, aux gardes à vue, ou encore aux perquisitions qui se multiplient. Suite aux manifestations qui ont dégénéré, place de la République, Patrick Maisonneuve explique que « nous ne pouvons pas être manichéen, il n'y a pas de méchant policier et de gentil manifestant. Il y a des débordements des deux côtés ».

Interview de Patrick Maisonneuve


Storytelling - 16-12-2015 Patrick Maisonneuve... par FrequenceESJ

Photo Fréquence ESJ/Valentine CROSSE

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