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Au Festival international de la BD, tout le monde « n’est pas Charlie »

festival angouleme 2015 photo tristan arnaud

Jeudi 29 janvier s’est ouvert le Festival international de la bande dessinée à Angoulême. Marquée par les attentats de Charlie Hebdo,  cette 42ème édition a voulu rendre hommage aux victimes du 7 janvier. Mais dans les ruelles « du balcon du sud-ouest », tous « ne sont pas Charlie ».  Reportage

Il est 9 heures 30 quand les premiers visiteurs se pressent déjà devant les portes des guichets de vente. Ce n’est pas le déluge s’abattant sur la capitale de la BD qui les découragera. Ni le plan Vigipirate. Régulièrement les haut-parleurs crachent des consignes de sécurité. Devant chaque exposition, des vigiles veillent à fouiller tous les sacs et passent même les visiteurs aux détecteurs de métaux. Sans les dessins présents partout, on se serait presque cru dans un aéroport. Après les attentats de Charlie Hebdo, le dispositif de sécurité a été renforcé, d’autant plus que cette édition a voulu rendre hommage aux auteurs du journal satirique.

Si tous saluent cette initiative, certains critiquent la récupération politique survenue après les attentats. C’est le cas d’Eric Wantiez. L’homme à la grande barbe blanche et au regard perçant a pourtant collaboré avec Charlie Hebdo au début des années 90. Aujourd’hui il déplore ce qu’est devenu le mouvement « Je suis Charlie » : « le 11 janvier il y avait 3,5 millions de personnes sincères et puis-peut être 400 000 qui voulaient récupérer l’évènement ».  Lui-même a hésité à participer à la grande marche organisée dans le centre-ville d’Angoulême. Au dernier moment il a finalement renoncé : «je ne voulais pas être associé à un mouvement de récupération, même si aujourd’hui (il hésite quelques secondes) je me dis que j’aurais peut-être dû y aller ».

Le scénariste de bandes dessinées est remonté, notamment contre les hommes politiques. Pour lui, leur marche dans Paris était un coup de communication, car aucun acte n’a suivi. « Je suis en colère. Je suis en colère contre François Hollande qui se dit Charlie et ensuite se rend en Arabie Saoudite pour la mort du roi. Abdallah était le plus grand dictateur. Il aurait pu envoyer son Premier ministre » s’égosille-t-il. Surtout qu’il connaît bien les liens d’amitié entre François Hollande et certains auteurs du journal satirique. 

Ce constat est aussi partagé par Angel Poulain, responsable du Comptoir des images, une boutique qui regroupe les auteurs de toute la région d’Angoulême : « bien sûr que nous sommes tous touchés mais on le voit bien, il y a une récupération, politique ou autres ». Avant d’ajouter : « On récupère ce drame-là pour en faire autre chose ». Angel Poulain a pour sa part rendu hommage en affichant une grande banderole dans la vitrine du magasin avec les dessins des auteurs du coin. Mais depuis elle l’a retiré pour ne pas se faire de publicité avec ces évènements tragiques.

S’engager pour Charlie

Devant la mairie, dans une petite cabane en bois, Jean-Luc vend le dernier numéro de Charlie Hebdo. De tous âges des gens s’approchent et regardent la nouvelle une de l’hebdomadaire. La plupart glissent un mot de soutien à Jean-Luc ou discutent de l’avenir du journal. Au chaud derrière son comptoir, l’homme tient un autre discours : « Aujourd’hui j’ai vu des personnes qui étaient sous l’émotion. Pour moi, on a plus parlé d’unité nationale que de politique et c’est ça le plus important. » Seuls deux adolescents d’une quinzaine d’années sont venus provoquer Jean-Luc avec un « Nous, on n’est pas Charlie ». Même si cela l’agace, il sait qu’il faut rester calme : « il ne faut pas réagir à la provocation gratuite ». Le kiosquier d’un jour préfère se souvenir de la vingtaine de nouveaux abonnements réalisés. 

festival angouleme 2015 2 photo tristan arnaud

La pluie redouble et la nuit commence à tomber. A 19 heures était normalement organisé un concert de dessins en l’hommage des auteurs de Charlie Hebdo. Finalement l’évènement a dû être annulé, les dessinateurs ne voulant pas tirer la couverture à eux grâce à ces évènements. Si Jean-Luc regrette, Angel Poulain et Eric Wantiez comprennent la position des auteurs. Eric Wantiez déclare d’ailleurs sur ce sujet: « Cette espèce de célébration permanente, ça ne va peut-être pas durer 200 ans. Maintenant il faut se mettre au boulot ». Car s’il salue les unes de Charlie Hebdo affichées un peu partout et la grande banderole déployée sur le mur de la mairie, il faut prendre les crayons et se battre. « Si l’on veut lutter contre l’obscurantisme, contre l’ignorance, l’intégrisme ;  ce n’est pas en disant je suis Charlie, c’est en s’engageant » dégaine t’il.  Voilà ce qu’est devenu aujourd’hui le vrai « Je suis Charlie » : la mobilisation.

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