Laetitia Avia sur sa loi contre la haine en ligne « Je suis allée peut-être un petit peu trop loin dans la sanction »

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INTERVIEW / VIDEO - Dans « 20h, l’invité », mardi 2 mars, Laetitia Avia est revenue sur la censure par le Conseil constitutionnel de sa loi visant à lutter contre la haine en ligne. La députée LREM de Paris a reconnu être allée « un peu trop loin dans la sanction ». Également discuté, le refus, rapporté par Libération, d’électeurs de gauche de voter pour Emmanuel Macron dans le cas d’un second tour à l’élection présidentielle face à Marine Le Pen. En réponse à ces déçus de la politique du gouvernement, Laetitia Avia regrette l’échec d’En Marche « à porter avec suffisamment de force et de constance tout ce que nous portons comme évolutions sociétales et sociales ».

 

« Je pense que c’est surtout une victoire pour les grandes plateformes qui souhaitaient absolument pouvoir continuer d’exercer comme elles exercent aujourd’hui et n’avoir aucun contrôle ». Voilà comment Laetita Avia résume la situation actuelle sur la modération des contenus haineux sur Internet, sujet que la loi portant son nom était censée traiter. Mais son texte a été largement retoqué par le Conseil constitutionnel, jugé incompatible avec la liberté d’expression. Selon la députée, ce sont d’ailleurs les plateformes qui ont « réussi à réorienter le débat sur la liberté d’expression. On ne parlait plus du pouvoir qu’elles ont déjà, du contrôle qu’elles ont et de la censure. ». L’avocate de formation se défend du relatif échec de sa proposition de loi en soulignant que c’était la première fois qu’elle s’adonnait à cet exercice et que s’attaquer à un sujet où les textes n’ont pas évolués depuis presque 20 ans n’était pas aisé. « J’ai essayé de porter un maximum de mesures, ce qu’on appelle des garde-fous concernant la liberté d’expression et le Conseil Constitutionnel dit que ces garde-fous ne sont pas suffisamment solides, ce qui invite à retravailler le dispositif ».

Continuer à travailler ce texte et le faire appliquer dans la loi, aussi pour répondre aux demandes qu’on lui fait : « Je reçois quotidiennement des messages de gens qui me disent « Elle est où cette loi ? Quand est-ce qu’on va pouvoir avancer sur la haine en ligne ? Qu’est-ce que vous faites pour nous ? » ». Considérer chaque erreur d’un réseau social, à savoir laisser un contenu haineux, terroriste ou pédopornographique disponible en ligne sans modérer dans l’heure, comme un délit, voilà ce que voulait faire la parlementaire. Et ce délit se serait assorti d’une amende pouvant aller jusqu’à 1 250 000€. Une tolérance zéro et un montant exorbitant qu’elle reconnait. « C’était un petit peu trop, ça je veux bien le reconnaitre, je suis allée peut-être un petit peu trop loin dans la sanction. Cest la sanction que le Conseil Constitutionnel a censuré en disant : 'elle est trop forte et elle va entraîner des dérives' ». Aujourd’hui, la députée souligne qu’une partie de son dispositif a été adoptée dans le cadre d’un règlement européen mais concède que pour continuer à légiférer dans la matière, il faut plus de souplesse et non pas un couperet comme c’était le cas dans la première version de la loi Avia. L’élue accuse enfin les réseaux sociaux d’une modération à deux vitesses en fonction de ce qu’elles considèrent utile à censurer. « Des contenus purement racistes, antisémites, moi je les vois encore rester, une paire de seins ça disparait très vite (…) Les plateformes retirent ce qu’elles veulent, comme elles veulent, quand elles veulent. ». Laetitia Avia prône donc un retour de ce pouvoir aux mains de l’Etat, soulignant que « c’est une question de souveraineté aussi ». 

« Si il y a une chose que je déplore et que je regrette sur ces 4 ans, c’est qu’on arrive pas à porter avec suffisamment de force et de constance tout ce que nous portons comme évolutions sociétales et sociales »

La République en Marche, le parti de Laetitia Avia, semble avoir déçu de nombreux électeurs de gauche depuis l’élection d’Emmanuel Macron en 2017. C’est en tout cas le constat qu’a fait Libération à travers un reportage auprès d’électeurs de gauche ne souhaitant pas faire barrage au Rassemblement National dans le cas d’un nouveau duel avec Marine Le Pen au second tour de la présidentielle de 2022. La députée interroge avant tout la ligne éditoriale du journal : « Il y a un choix qui a été fait par Libération, je trouve ça intéressant de faire ce choix éditorial et d’aller interroger des personnes après un appel à témoignage vraiment ciblé sur ce sujet, donc uniquement des personnes qui disent qu’elles ne veulent plus voter pour LREM et faire barrage, mais ça ne veut pas dire que ce sont tous les électeurs de gauche. ». Pourtant l’élue concède que de nombreuses personnes lui disent ne pas se retrouver forcément dans la politique menée par le gouvernement. « Ils me disent « Vous n’arrivez jamais à détailler l’ensemble de votre politique sociale, vous ne portez pas avec suffisamment d’impulsion. » » Mais une communication trop peu efficace pourrait ne pas être la seule raison d’un désamour de l’électorat de gauche pour le parti présidentiel. Certaines images ont fait réagir ces quatre dernières années, l’une des dernières en date est l’intervention musclée de policiers place de la République à Paris pour déloger des migrants ayant posé leurs tentes au coeur de Paris. Laetitia Avia acquiesce, « Bien sûr que les images sont déchirantes, mais que fait-on ? Est-ce qu’on laisse un sit-in s’installer ? ». La parlementaire garde de la distance avec la situation et dit attendre les conclusions de l’enquête qui vise les policiers pour savoir si il y a eu ou non un usage disproportionné de la force. Mais si certains électeurs de gauche ne veulent plus d’Emmanuel Macron, la députée et soutien de la première heure du Président explique que « À côté de ça en revanche, on ne parle pas de toutes les opérations qui sont menées pour ouvrir des places d’hébergement, pour loger les gens durablement. Tout ça, ça fait partie de la politique qu’on mène.». Et pour cause, « Si il y a une chose que je déplore et que je regrette sur ces 4 ans, c’est qu’on arrive pas à porter avec suffisamment de force et de constance tout ce que nous portons comme évolutions sociétales et sociales. ». Une situation ironique pour un parti qui a réussi une ascension vertigineuse grâce à ses talents de communiquant. Enfin, autre sujet clivant de ces dernières semaines, le virage à droite que semble engager le gouvernement, notamment lorsque Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, a débattu du « séparatisme islamiste » avec Marine Le Pen. Pourtant Laetitia Avia ne considère par que cela ait pu faire monter l’extrême droite, mais regrette «  un débat politicien entre politiques et qui malheureusement je pense, s’est éloigné des considérations du quotidien de chacun. (…) On avait deux responsables politiques qui parlaient l’un à l’autre et qui ne parlaient plus aux français ».

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Photo : Manon Blangis / Fréquence ESJ

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