Dieynaba Diop : « J’invite ces pays qui appellent au boycott des produits français à boycotter les produits chinois »

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INTERVIEW / VIDEO - Mardi 27 octobre, onze jours après l’attentat de Conflans-Sainte-Honorine coutant la ville à Samuel Paty, « 20h, l’invité » recevait Dieynaba Diop. L’adjointe à la mairie des Mureaux et porte-parole du Parti Socialiste est également enseignante en lycée professionnel. L’occasion de revenir avec elle sur cet évènement qui a touché la France entière et encore plus la communauté enseignante.

 

Un hommage national à Samuel Paty, professeur d’Histoire assassiné, est prévu lundi 2 novembre dans les écoles. Mais, Dieynaba Diop affirme que « à l’heure où je vous parle, je suis enseignante et je n’ai aucun cadre alors que ça se passe lundi prochain ». Un flou inquiétant pour la femme politique qui souhaite un cadre clair mais aussi de la liberté. « Il est important d’avoir le même cadre mais il faut qu’on laisse aussi aux enseignants la possibilité des outils, des supports avec lesquels ils vont expliquer ces attentats atroces. Expliquer comment la liberté d’expression fait partie de notre ADN ». À la suite des attentats de Charlie Hebdo en 2015, l’adjointe des Mureaux explique que certains élèves navaient pas respecté la minute de silence d’hommage. Si cela vient à se reproduire, il faudra, selon elle, « mettre des mots sur leur opposition et expliquer la signification et la portée de cet hommage ».

« Faire une espèce de liste noire qui rappelle les heures sombres du Maccarthysme, moi je ne suis vraiment pas pour »

La pédagogie comme maitre mot pour Dieynaba Diop mais aussi la primauté du Droit en ce qui concerne les sanctions misent en place par l’Etat concernant plusieurs associations soupçonnées de favoriser le développement d’actions terroristes islamistes comme « Barakacity ». Pour la porte-parole du Parti socialiste, « il était important de dire à nos concitoyens qu’on allait réagir et qu’on n’allait pas laisser faire sans rien dire. Maintenant, faire une espèce de liste noire qui rappelle les heures sombres du Maccarthysme, moi, je ne suis vraiment pas pour ». Pour la responsable politique, le risque serait de faire une chasse aux sorcières qui légitimerait le discours de ceux qui revendiquent une victimisation. Si les décisions s’appliquent sur le droit, personne ne viendra selon elle contester de telles décisions. Au contraire, si ces décisions étaient ensuite cassées par la justice, ce serait une image désastreuse pour la France. Dieynaba Diop reste donc prudente sur le sujet et réclame des éléments tangibles pour fermer une association ou un collectif. Par ailleurs, elle souhaite mieux contrôler ce qui est dit sur les réseaux sociaux mais souligne que ce contrôle se heurte à la liberté d’expression. Sans donner de réponse concrète sur ce sujet épineux, Dieynaba Diop souhaite néanmoins un renforcement de la plateforme PHAROS qui vise à signaler en ligne des contenus et comportements illicites.

« Se faire donner des leçons de la part de M. Erdogan (…) je pense que c’est très mal venu »

L’affaire et ses ramifications ont eu des conséquences au-delà des frontières hexagonales, notamment en Turquie où le président Recep Tayyip Erdogan a remis en cause la santé mentale d’Emmanuel Macron après qu’il ait réaffirmé la liberté de caricaturer le prophète Mahomet. Dieynaba Diop assure être « atterrée par les attaques du Président turc, qui lui n’est vraiment pas à la hauteur ». Elle souligne le caractère ironique des leçons de morale du président turc. « Se faire donner des leçons de la part de M. Erdogan quand on connait sa façon de traiter ses opposants, quand on connaît le nombre d’exactions qui ont été commises dans son pays, je pense que c’est très mal venu ». Pourtant, la représentante de gauche ne souhaite pas d’escalade entre les deux puissances et soutient un apaisement rapide.

« J’invite ces pays qui appellent au boycott des produits français à boycotter les produits chinois (…) »

Les attaques diplomatiques ont été assorties de tentatives de sanctions économiques de la part de la Turquie qui a appelée au boycott des produits fiançais. Un non-sens pour la femme politique socialiste : « Le boycott n’a aucune raison d’être, on a attaqué personne, les musulmans ne sont pas persécutés en France, les musulmans sont des citoyens français comme les autres. Ce que l’on combat c’est l’Islam radical ». Pour elle, la communauté musulmane dans son immense majorité, n’a pas de problème avec les caricatures, « mais il y a des gens qui instrumentalisent ces caricatures pour en faire un outil politique ». Afin de souligner les contradictions des puissances à majorité musulmane impliquées dans cette polémique, Dieynaba Diop déclare « j’invite ces pays qui appellent au boycott des produits français à boycotter les produits chinois, parce que la persécution des Ouighours en raison de leur religion est tangible et avérée ! ». La porte-parole conclue en appelant à laisser faire les pays qui boycottent, martelant que la France n’a aucune leçon à recevoir de ces pays et estimant l’impact économique de ce boycott plutôt faible.

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Photo : Fréquence ESJ

 

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