David Cormand : « Si on n’est même pas prêt, en tant que citoyen, à baisser de 20km/h la vitesse sur l’autoroute, et bien laissons cramer la terre »

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INTERVIEW / VIDEO – L’eurodéputé David Cormand a défini Europe Ecologie Les Verts comme "un petit parti qui porte de grandes idées", mardi 23 juin, dans « 20h, l’invité ». Des idées qui ont pu se retrouver dans la Convention citoyenne pour le climat où, selon l’écologiste, il reste tout de même des « angles morts ».

 

Dimanche 28 juin, une véritable vague verte s’est imposée dans les grandes villes françaises. Après le second tour des élections municipales, Europe Ecologie Les Verts (EELV) n’est désormais plus un parti de second plan. Lyon, Strasbourg, Bordeaux, Besançon, Poitiers ou encore Annecy : toutes ces villes ont changé leurs couleurs pour le vert. David Cormand, député européen et ancien secrétaire national d’EELV, affirmait, quelques jours avant le second tour des municipales, que c’était « la première fois après un succès aux européennes » que le parti confirmait « sur les élections territoriales ». « Je ne crois pas que l’on soit un petit parti de seconde zone. Mais, on est un petit parti qui porte de grandes idées » assure-t-il. Ces changements politiques et la place nouvelle du parti de gauche sont révélateurs d’un changement de mentalité. Pour l’eurodéputé, les citoyens sont enfin prêts à engager la lutte contre le réchauffement climatique : « Nos idées n’ont jamais été aussi présentes. Les choses que nous portions un peu tout seul dans le désert depuis des décennies, ce sont des idées qui sont aujourd’hui partagées ». En plus de cette évolution, Europe Ecologie Les Verts représenterait, selon David Cormand, une force différente loin des « Start Up de la politique » comme celle de « la France Insoumise » ou de « LREM avec Emmanuel Macron ». « Je ne crois pas que ça soit ça l’avenir de la politique » explique-t-il.

« Je suis très content du travail de la convention mais je suis très inquiet sur ce que va en faire le gouvernement »

Alors qu’Europe Ecologie Les Verts se fondait avant dans les coalitions des plus gros partis de gauche, la tendance s’est inversée aux élections municipales. Les écologistes sont désormais perçus comme une véritable menace. En témoignent les fronts politiques qui se sont levés en barrage à EELV, comme à Lille. Pour David Cormand, cette « fébrilité et cette peur » des partis politiques sont révélatrices de l’ampleur que prend le mouvement. L’heure n’est donc pas à l’union avec les autres partis de gauche. Du moins, « la question de la coalition qui se construit autour, pour moi, c’est une question qui est secondaire » affirme-t-il. La priorité est à « construire une offre politique, un imaginaire politique qui soit nouveau ».

L’écologie et le réchauffement climatique sont aujourd’hui au cœur de tous les débats. Dans cette lignée, la Convention citoyenne pour le climat, créée en 2019 par Emmanuel Macron, a dû répondre à ces enjeux actuels. Constituée de 150 citoyens tirés au sort et bénévoles, la convention a rendu public son rapport de 149 propositions, dimanche 21 juin. « C’est une réussite » affirme David Cormand, « c’est une forme inédite de démocratie ». « Je trouve que les citoyens qui y ont participé, on fait un travail remarquable, extrêmement sérieux et prometteur » assure le député Europe Ecologie Les Verts. Il n’est pourtant pas rassuré sur l’avenir de ces mesures. « Je suis très content du travail de la convention mais je suis très inquiet sur ce que va en faire le gouvernement. Parce que la tentation qui va être la sienne, c’est de contourner les propositions qui, pour certaines d’entre elles, sont assez radicales au sens étymologique du terme. Elles vont à la racine du problème ».

« il y a des angles morts dans ce sur quoi ils ont travaillé »

Emmanuel Macron a reçu, lundi 29 juin, les membres de la Convention citoyenne pour le climat, après avoir étudié les propositions. Toutes sauf trois seront transmises au parlement, au gouvernement ou soumises aux Français. Il a également assuré que la plupart des propositions feront l’objet d’un « projet de loi spécifique » en septembre. Parmi les propositions, on retrouve par exemple, la rénovation des bâtiments ou le développement de moyens de transports propres. Mais la convention possède quelques failles pour David Cormand. Les citoyens ne sont pas des « magiciens » pour résoudre « ce qui n’a pas été fait pendant des décennies par les pouvoirs successifs », explique-t-il, « donc, effectivement, il y a des angles morts dans ce sur quoi ils ont travaillé ». La question du nucléaire est la grande absente de cette convention et celle de la fiscalité n’aura pas été traité dans son entièreté. Pour David Cormand, « ce sont des questions qui par excellence, sont politiques ». Emmanuel Macron a, cependant, promis la mise en place d’autres conventions citoyennes sur « d'autres sujets ».

Le chef de l’Etat a également utilisé un joker sur la proposition d’abaisser à 110km/h la vitesse maximale sur les autoroutes. Une mesure qui a fait polémique ces dernières semaines car jugée trop privative et punitive, même si elle visait à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Déjà avant le discours du président de la République, David Cormand ne comprenait pas que cette mesure suscite autant de débats. « Vous avez 150 citoyennes et citoyens qui ne sont pas écolos au départ […] En écoutant des experts, des universitaires et en réfléchissant, ils en arrivent à la conclusion que, en fait, passer de 130 à 110km/h, ce n’est pas un sacrifice absolument hallucinant ». « Si on est même pas prêt en tant que citoyen à baisser de 20km/h la vitesse sur l’autoroute, et bien laissons cramer la terre » avait-il ajouté, mardi 23 juin. Pour David Cormand, la conclusion est simple : « C’est la somme de ces concessions qui permettra peut-être de s’en sortir ».

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Photo :  DR

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