François-Michel Lambert : « Aujourd'hui, La République en Marche n’est focalisée que sur la pollution visible ! »

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INTERVIEW / VIDEO - François-Michel Lambert, député Liberté Ecologie Fraternité de la 10e circonscription des Bouches-du-Rhône, a expliqué son parcours et sa lutte pour l’écologie, depuis 30 ans.

 

Son engagement politique débute à 26 ans par « passion » mais François-Michel Lambert se mobilise dans la vie associative dès le lycée. En 1986, il manifeste contre la loi Devaquet qui prévoyait de réformer l’Université française. Son parcours personnel l’a emmené à « mesurer combien notre planète, qui semble immense, est finalement petite. Et notre modèle économique, celui des années 70-80, pourrait-il supporter une hyper croissance et un risque de pollution et d’effondrement ? ». En 1992, « l’alerte mondiale » a lieu au Sommet de la Terre à Rio de Janeiro : « il fallait maintenant mettre les mains dans le cambouis et être en capacité de travailler de façon large et pas en étroitesse comme l’étaient les Verts à l’époque » explique François-Michel Lambert. Il rejoint donc le mouvement Génération écologie la même année. Aujourd’hui, après bientôt 30 ans d’engagement, il le dit avec regret : « un tiers de siècle et on n’avance pas assez vite ».

En 2017, quand Nicolas Hulot laisse entendre qu’il faut s’engager derrière Emmanuel Macron, François-Michel Lambert adhère à La République en Marche. « J’ai essayé de trouver des leviers, de faire bouger les lignes ». Sans succès. Il fonde alors, à l’automne 2018, après le départ de Nicolas Hulot du gouvernement, le parti Liberté, Ecologie, Fraternité. Il ne pouvait « rien obtenir de cette majorité sur l’urgence écologique ». Est-ce que François-Michel Lambert se verrait ministre de la Transition écologique ? Le député donne une condition centrale : « qu’Emmanuel Macron annonce qu’il ne se représente pas en 2022 ».

En écho à l’affaire Fillon et interrogé sur les assistants parlementaires puisque sa femme travaille avec lui, François-Michel Lambert confie qu’« il existe des collaborateurs qui ne travaillent pas dans le rôle, dans la fonction pour quoi ils sont payés. Ils sont au service d’autres intérêt, très souvent d’un parti ». Ce qui ne serait donc pas le cas pour lui et sa femme.

« Liberté, Ecologie et Fraternité est fait pour apporter la biodiversité de ce que doit être la pensée écologique dans notre société aujourd’hui »

Après avoir été membre de trois partis, François-Michel Lambert a donc choisi de fonder son propre parti : Liberté, Ecologie, Fraternité !. Le parti est encore peu connu du grand public. Le député l’affirme : « Le système médiatique, réduit à quelques phrases, font que les partis, parfois, réduisent même leurs échanges, leurs bouillonnements ». À la création de LEF, il avoue tout de même : « nous n’étions pas dans une dynamique de puissance ». Cependant, depuis quelque temps, « à coté du grand EELV, il y a une autre musique qui fait jour et qui apporte des réponses dans la biodiversité que doit être les formations politiques de l’écologie », selon le député. Il reste tout de même lucide sur la pérennité de LEF qui « n’est pas fait pour être un parti qui tiendra tout le siècle. Mais il est fait pour apporter la biodiversité de ce que doit être la pensée écologique dans notre société aujourd’hui ». Pour Francois-Michel Lambert, ce qui compte est le collectif et non pas la capacité à former un groupe parlementaire à l’Assemblée nationale. Il a pourtant créé son propre groupe, Liberté et Territoires, qui est pour lui « un groupe extraordinairement positif ! ». Malgré la crainte des nationalistes corses, « ce sont ceux qui portent fortement des initiatives de transformations écologiques dans leur territoire ». Grâce à l’hétérogénéité du groupe, le député a su s’adapter : « J’ai appris à modérer mon approche parfois en tenant compte de réalité budgétaire et économique ». Sur un rapprochement avec Europe Écologie Les Verts, il explique avoir déjà « fait part à Julien Bayou [secrétaire national du parti EELV] de son initiative d’Université de l’écologie de la gauche et des pactes solidaires ».

« on a une fiscalité qui pèse sur le travail mais qui ne pèse pas sur le gaspillage »

« J’ai été le tout premier à aborder l’économie circulaire. J’ai fondé l’Institut national d’économie circulaire en 2013, personne n’en parlait à l’époque. C’est la structure de référence en France » explique François-Michel Lambert. Il s’engage sur la baisse de la consommation de matières premières par habitant mais le débat est refusé. « La ministre a refusé de répondre à toutes mes interpellations, elle ne s’est focalisée que sur la pollution. Et aujourd'hui La République en marche n’est focalisée que sur la pollution visible ! ». Selon le député cette crise du coronavirus est une opportunité pour repenser notre économie et notre mode de consommation : « je porte une initiative, qui est soutenue par Jean-Dominique Senard, l’ancien patron de Michelin, et le nouveau patron de Renault, qui est de changer le modèle de comptabilité ». Il explique son expérimentation du modèle CARE (Comptabilité Adapté Renouvellement Environnement) dans le sud de la France. Il « permet de compter tout à la fois : la finance, le sociale et l’écologique qui sont rassemblés pour voir si les entreprises vont dans le bon sens ».

Le député propose de changer notre modèle de fiscalité : « on a une fiscalité qui pèse sur le travail mais qui ne pèse pas sur le gaspillage. On a une fiscalité qui ne sait pas tenir compte du carbone ! ». Il conseille donc de changer d’approche réglementaire : « On peut reflécher complètement les aides économiques vers les transformations ».

L’Etat a alloué 20 milliards d’euros à Airbus, Renault et Air France, les engageant à utiliser une économie décarbonnée. Pour François-Michel Lambert, il y a un problème français. « J’ai un sujet qui ne va pas et je change la technologie, je change le moteur. Je mets de l’électrique, de l’hydrogène ou je ne sais quoi. On ne se pose pas la question de : est ce qu’il n’y a pas une transformation même de ce qui amène à ce problème ? ». Par exemple, il faudrait repenser la façon de cultiver en agriculture et non parler en termes de molécules, pour François Michel Lambert.

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Photo : SIPA

 

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