François-Michel Lambert : Il faut « un impôt de la solidarité écologique sur la fortune »

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INTERVIEW / VIDEO - François-Michel Lambert, député Liberté Ecologie Fraternité de la 10e circonscription des Bouches-du-Rhône a insisté sur le besoin de régulariser les sans-papiers, mardi 2 juin, dans « 20h, l’Invité ». Il s’est également exprimé sur la phase 2 du déconfinement et les violences policières.

 

La phase 2 du déconfinement progressif a débuté mardi 2 juin avec la très attendue réouverture des bars et restaurants. Ce déconfinement, après la crise du Covid-19, est une opportunité pour repenser la notion d’« urbanisme tactique » pour le député Francois-Michel Lambert. « Le sens de la vie en ville, ce n’est pas de parquer des voitures » déclare-t-il, « il faut que nous gardions une grande partie de ce que nous avons conquis sur le foncier, dans ce cadre de la place que prennent les terrasses en ville ». Entre 10 m² occupés par une tonne de métal immobile ou quelques tables avec des « gens qui sont heureux », le député fait son choix. Mais pas n’importe quelles tables. Le secteur de la restauration bénéficie d’un fond de solidarité pour surmonter la crise économique liée au confinement. Il doit être maintenu jusqu’à la fin de l’année. François-Michel Lambert s’interroge sur cette mesure : « Est ce qu’il n’est pas plus judicieux de soutenir le dernier bar, le dernier restaurant d’une commune plutôt que le dix-huitième d’une rue qui les enchaine les uns après les autres ? ».

« Emmanuel Macron, depuis qu’il est au pouvoir, a une approche très bonapartiste de la Corse »

Côté transports, le gouvernement a décidé de ne pas rouvrir les lignes aériennes vers la Corse avant le 23 juin. Le député Liberté Ecologie Fraternité est « abasourdi de la décision du gouvernement ». La Corse étant plus facile à contrôler, il ne comprend pas cet arbitrage de l’exécutif. Selon François-Michel Lambert : « Emmanuel Macron, depuis qu’il est au pouvoir, a une approche très bonapartiste de la Corse et ne considère pas la Corse par rapport à sa spécificité ». La solution d’un passeport sanitaire, proposée par les élus insulaires, n’a pas été soumise au débat selon lui. Il fustige la politique de LREM où le débat est manifestement absent : « C’est mortel pour la démocratie, c’est mortel pour notre pays qui a besoin de ce débat ! ».

« Il y a une partie d’entre eux qui occupe des emplois : on a des sans-papiers travailleurs »

Samedi 30 mai, une manifestation a eu lieu dans Paris pour la régularisation des sans-papiers. Pour François-Michel Lambert, il est « contre intuitif de ne pas voir qu’ils sont là. 300 000, 400 000 personnes sur notre territoire en pleine pandémie ». Le député paraphrase Martin Luther King : « c’est le langage de celui qui n’est pas entendu » en parlant des manifestations. Il dénonce la difficulté de leur situation : « ils n’ont pas un accès si simple que ça aux soins, ils sont dans l’inquiétude du fait que leurs papiers ne soient plus à jour ! ». Parmi eux, des livreurs, des préparateurs, des gardiens d’immeubles abandonnés. Selon le député, ils sont les premières victimes du coronavirus. « Ils vivent très souvent dans des promiscuités qui favorisent la diffusion et, en plus, étant dans des situations irrégulières, ils s’angoissent de se faire soigner et ils arrivent trop tard ».

Pour lutter contre cette précarité, François-Michel Lambert propose « un impôt de la solidarité écologique sur la fortune, parce qu’aujourd’hui, c’est plutôt de ce côté-là qu’il faut aller regarder, plutôt que de montrer du doigt 300 000 personnes qui sont dans des situations terribles ». Aux inquiétudes de ceux qui verraient en la naturalisation des sans-papiers de potentiels candidats à l’embauche et donc une hausse du chômage, le député répond : « Il y a une partie d’entre eux qui occupe des emplois : on a des sans-papiers travailleurs ». Il donne comme exemple l’appel à la main d’œuvre dans le monde agricole qui propose de nombreux emplois.

Le député interroge : « Qui est à la plonge ? Qui est en cuisine ? » et répond : « ce sont très souvent des gens sans papiers ou peut être des personnes avec des papiers fragiles ». François-Michel Lambert fait partie des 125 députés et sénateurs à avoir écrit au Premier ministre à ce sujet. « Je dialogue avec le gouvernement qui cherche une démarche, qui n’est peut-être pas aussi ambitieuse, pas aussi ample que nous souhaitons ».

« C’est la faute du politique, c’est lui qui donne le sens de la société que nous construisons ! »

Depuis plus d’une semaine, le monde entier prend part au débat sur les violences policières. La mort de George Floyd, afro-américain tué par un policier aux Etats-Unis lors de son interpellation, a déclenché une série de manifestations et d’émeutes pour lutter contre le racisme. Le 26 mai dernier, le député Les Républicains Éric Ciotti a fait une proposition de loi visant à empêcher de diffuser et de filmer les forces de l’ordre. Face à cette proposition, Francois-Michel Lambert explique : « si aux États-Unis les passants n’avaient pas filmé […] on peut s’inquiéter de ce que la vérité éclate ! ». Pour lui, Éric Ciotti : « cherche encore à monter une partie du pays contre l’autre. Il se range dans un camp ». Selon le député Liberté Ecologie Fraternité, la démarche du député LR divise et stigmatise les Français. La sienne se voudrait reconnaissante de la diversité. François-Michel Lambert dit avoir compris « que la France était différente. Je ne détenais aucune vérité si ce n’est celle d’appartenir à un peuple, le peuple français, et à l’humanité ». Selon lui, « c’est le pouvoir politique qui donne le tempo dans son propre pays ! ». Pour exemple, François-Michel Lambert cite la Hongrie et la Turquie. Le député condamne le déplacement de la responsabilité vers d’autres acteurs, comme les entreprises. « C’est la faute du politique, c’est lui qui donne le sens de la société que nous construisons ! ». Pour François-Michel Lambert, Emmanuel Macron et son gouvernement sont vecteurs de certaines tensions « en ne cherchant pas à rassembler et en laissant des situations se pourrir ! Ça a commencé par les gilets jaunes et c’est bien sous Emmanuel Macron que nous l’avons connu ».

Une manifestation pour Adama Traoré, décédé après son interpellation, s’est tenue mardi 2 juin en fin de journée à Paris.  Le député insiste : « Tant qu’on est sur des manifestations qui respectent les uns et les autres, je les soutiens parce qu’elles sont l’expression d’un mal-être. Les premiers samedis des gilets jaunes étaient ceci ».

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Photo : Maxppp / Christophe Morin 

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