Alain Coulombel : « On doit changer notre mix énergétique en France »

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INTERVIEW – Alain Coulombel, porte-parole du parti Europe Ecologie les Verts (EELV), a dénoncé, samedi 29 février, les incohérences du gouvernement entre sa politique de libéralisme économique et ses objectifs pour l’écologie, dans notre émission « Social Café ».

 

Alain Coulombel fait partie des verts depuis les années 1990. « Ça fait presque trente ans que je milite au sein de l’écologie politique ». Trente ans qu’il défend ses idées et qu’il voit l’opinion publique se sensibiliser petit à petit. « Les positions, les analyses et les propositions qu’on fait depuis une trentaine d’années sont rentrées très largement dans la sphère publique ». Tous les partis politiques ont désormais un programme en matière d’écologie. Que reste-t-il alors à Europe Ecologie les Verts ? Pour son porte-parole, il s’agit d’aller plus loin. La politique de libéralisme économique du gouvernement ? Il faut l’abandonner. « Ce que nous réclamons, c’est une transformation importante, du modèle de production et de consommation qui est le nôtre aujourd’hui ». En première ligne se trouve donc les traités ou les « accords bilatéraux ou multilatéraux avec les pays, par exemple, du Mercosur ». Le CETA, traité de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada, est également cité. L’accord supprime notamment les droits de douanes sur 98% des produits échangés et est, pour les écologistes, une absurdité. Pourtant, pour Alain Coulombel, « il ne s’agit pas de refuser le libre-échange. Il s’agit d’indiquer un certain nombre de contraintes fortes sur les traités ». Des contraintes notamment sur les transports. « Ce que l’on doit limiter, c’est un ensemble d’échange que nous considérons comme contre-productifs ». Aller chercher les marchandises moins loin et surtout « s’orienter vers une forme d’auto-suffisance. Je ne dirai pas de la France mais au moins de l’Europe » : ce sont les objectifs que défend le porte-parole d’EELV.

« Le tourisme tel qu’il s’est développé ces dernières années est contreproductif »

Le transport aérien est souvent montré du doigt, loin d’être un bon élève en matière d’écologie. Europe Ecologie les Verts milite donc en faveur d’une « taxe importante sur la consommation de kérozène qui pourrait aller, ensuite, à la transition écologique de l’économie ». Le transport de marchandise n’est pas le seul problème pour Alain Coulombel. Les déplacements humains sont aussi de la partie. « Le tourisme tel qu’il s’est développé ces dernières années est aujourd’hui contreproductif par rapport aux enjeux écologiques » explique-t-il. Mais comment ralentir les émissions de gaz à effet de serre sans pénaliser certaines personnes ? Des personnes qui n’ont pas d’autre choix que de prendre la voiture ou qui ne peuvent pas voir les billets d’avion augmenter. « Il faut trouver à concilier à la fois la justice environnementale, climatique et la justice sociale. Dans le cas que vous indiquez, il est important que l’on ait des compensations vers les ménages les plus en difficulté. Ceux qui sont les plus dépendants de leur voiture pour aller par exemple à leur travail. Il faut arriver à trouver des compensations » assure Alain Coulombel. Reste à trouver lesquelles.

« On doit pouvoir réduire progressivement notre dépendance au nucléaire »

La France s’est engagée dans une transition énergétique avec l’Union européenne. L’un des objectifs doit être atteint cette année : porter la part des énergies renouvelables à 20% dans la consommation d’énergie. Pour Alain Coulombel, il faut être plus radical. « On doit changer notre mix énergétique en France ». « Le nucléaire, aujourd’hui, représente en gros 70% de la consommation d’électricité en France. On doit pouvoir réduire progressivement notre dépendance au nucléaire ». Pourtant, le nucléaire ne polluerait pas ou, du moins, la part de CO2 rejetée dans l’atmosphère par les centrales est comparable à celle des éoliennes. Le problème ne se situe pas là pour le porte-parole d’Europe Ecologie les Verts. « C’est une énergie dangereuse » explique Alain Coulombel, en pensant notamment aux catastrophes comme Tchernobyl ou Fukushima. Plus encore, « on produit chaque année des tonnes de déchets nucléaires qui sont stockés subsurface, à la surface, mais dont on ne sait absolument rien de leur traitement ». Pour changer cela, « travailler au sein de l’institution européenne pour faire bifurquer les politiques européennes » semble être la solution d'Alain Coulombel.

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Photo : Lucas Pierre / Fréquence ESJ

 

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