Jean Baptiste Moreau: « La principale concurrence n’est pas au niveau du CETA mais principalement européenne {…} »

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INTERVIEW - À l’occasion du Salon de l’Agriculture 2020, le député de la Creuse s’est rendu une année de plus à la grand-messe française du monde agricole. Sur le plateau du Biogaz Café, l’homme politique spécialiste des questions agricoles a fait le point sur le bilan écologique et agricole de la présidence d’Emmanuel Macron, de son engagement pour son département rural, tout en répondant aux critiques qui l’accusent d’être un traître à la cause agricole.

 

 

« {…} Celui qui arrivait aux plus hautes fonctions n’était pas le meilleur ni le plus compétent mais celui qui léchait le mieux les bottes {…} »

 

Au Salon International de l’Agriculture, Jean-Baptiste Moreau est un peu comme à la maison. Ingénieur en agronomie de formation, le député a repris l’exploitation bovine familiale en 2006 et est un habitué de la plus grande ferme de France. La politique n’est arrivée que sur le tard dans sa vie, méprisant « la mécanique partisane de faire en sorte que celui qui arrivait aux plus hautes fonctions n’était pas le meilleur ni le plus compétent mais celui qui léchait le mieux les bottes aux bonnes personnes aux bons moments. ». Mais à partir de 2016, il commence à faire des proposition en rapport avec le monde agricole à La République En Marche, séduit par la personnalité d’Emmanuel Macron. En 2017, lorsqu’il déjeune avec lui alors qu’il est encore candidat, entre ces mêmes murs du parc des expositions de la Porte de Versailles, son engagement est scellé. Il devient député quelques semaines plus tard et intègre la commission des affaires économiques en assurant qu’il assumerai sont bilan aux prochaines élections mais qu’il ne dépasserait pas plus de deux mandats. 

 

« La principale concurrence n’est pas au niveau du CETA mais principalement européenne {…} »

 

Mais près de 3 ans plus tard, qu’en est-il de son engagement auprès du Président de la République et quel regard porte Jean-Baptiste Moreau sur le bilan du gouvernement à mi-mandat ? Au Salon de l’Agriculture, le moins que l’on puisse dire est que la majorité présidentielle ne jouit pas d’une popularité exceptionnelle. Jean-Baptiste Moreau en sait quelque chose puisqu’il est considéré comme un « traitre » par certains de ses anciens collègues, pour avoir soutenu des projets de loi controversés, comme le CETA facilitant les échanges entre l’Union Européenne et le Canada et accusé d’être néfaste pour l‘agriculture française. Face à cette étiquette que certains lui collent, il rétorque que « C’est le jeu syndical, mais ils savent venir me trouver quand ils ont besoin {…} ». Concernant le CETA, ce n’est pas le problème selon lui, « La principale concurrence n’est pas au niveau du CETA mais principalement européenne, les distorsions de concurrence, fiscale, sociale et environnementale sont davantage au niveau européenne et pas au niveau extra-européen. ». Pour le natif de Guéret, il n’y a pas de concurrence déloyale avec cet accord. Il a au contraire aidé à désengorger le marché européen du lait et selon lui, depuis sa mise en place, il n’y a pas eu d’envahissement des produits canadiens sur le marché français. Alors comment expliquer que le Marcheur ai décidé de ne pas soutenir l’accord du Mercosur, devant faciliter les échanges cette fois-ci avec 4 pays sud-américains (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay) ? Il justifie son choix par une différence fondamentale entre le Canada et les pays du Mercosur, même si les deux entités n’ont pas les mêmes normes de production que l’Union Européenne: la traçabilité et la sécurité sanitaire. En s’appuyant sur les travaux de l’ancien député européen Michel Dantin, il considère que les pays du Mercosur ne disposent pas d’un sytème de production assez fiable pour remplir les exigences du marché européen, à la différence du pays nord-américain. Malgré ces controverses, Jean-Baptiste Moreau estime que les agriculteurs ont conscience des efforts fournis par le gouvernement. 

 

« On ne résout pas des dizaines d’années de crise en l’espace de 5 minutes »

 

L’autre grand chantier de l’exécutif ces 3 dernières années a été la loi « Egalim ». Suite aux états généraux de l’Alimentation, un ensemble de texte visait à mieux rémunérer les producteurs tout en gardant du pouvoir d’achat pour les consommateurs. Selon le Creusois, le dispositif commence à porter ses fruits et il a permit d’enlever de la pression sur les prix, pour la production laitière par exemple mais il concède que dans d’autres domaines comme la production de viande, des progrès sont encore à faire. Côté pouvoir d’achat, il considère que « {…} sur le consommateur, il y a eu assez peu d’impact sur la loi Egalim. ». L’inflation a été de 0,7% à 1% pour les consommateurs d’après le député et l’effort doit venir d’une meilleure structuration des agriculteurs pour peser plus lourd dans la balance face aux poids lourds des centrales d’achats comme Lactalis ou Bigard. Alors lorsqu’on remet en question la compétence du ministre de l’Agriculture, le parlementaire rétorque que Didier Guillaume connait très bien les questions agricole, mais « on ne résout pas des dizaines d’années de crise en l’espace de 5 minutes ». Fidèle du Président et expert de ces questions, il assure cependant de pas avoir l’ambition d’accéder à ce poste en le remplaçant.

 

Cannabis : « J’y suis plutôt favorable a priori. »

 

En ce qui concerne les produits interdits ou autorisés sur le marché, Jean-Baptiste Moreau a un avis clair sur la question du glyphosate. Alors qu’Emmanuel Macron a annoncé à la fin du mois de janvier que la France ne pourrait pas tenir son engagement de faire disparaître le produit des étales des fournisseurs français d’ici 2021, le député apporte quelques préicisions: « On interdira la majorité des usages, mais on ne va pas laisser des filières dans l’impasse. ». Selon Jean-Baptise Moreau, le glyphosate n’a globalement pas fait preuve de son danger systématique et il risque d’être substitué par d’autres produits encore plus dangereux. Il conclut en expliquant qu’« Il faut être pragmatique et faire les choses dans un délai de temps qui et possible et qui est compatible avec notre économie. ». Pour un autre produit très controversé, il affiche un avis plus à contre-courant de la doxa dominante, c’est le cannabis. Et ce n’est pas étonnant puisque Jean-Baptiste Moreau est le rapporteur général d’une mission d’information parlementaire sur la réglementation et l’impact des différents usages du cannabis. Qui plus est, son département de la Creuse est un des territoires tests de production de cannabis thérapeutique, le député étant en première ligne sur ces questions. Il explique sa vision en précisant: « Mon avis importe peu, j’y suis plutôt favorable a priori ». Car selon lui, la politique de la France en matière de drogue douce est la plus répressive d’Europe, mais les chiffres le prouvent, elle ne fonctionne pas. 

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Photo: Yanis Darras / Fréquence ESJ

 

 

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