Christophe Prudhomme, médecin urgentiste, sur l’épidémie de coronavirus : « Il ne faut pas banaliser cet événement. »

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INTERVIEW - Lors de notre édition spéciale de « 20h l’invité » consacrée à l’épidémie de coronavirus le mardi 3 mars, notre rédaction a interrogé Christophe Prudhomme, médecin urgentiste au SMUR 93 à l’hôpital Avicenne et porte-parole de l’AMUF (Association des Médecins Urgentistes de France). Si le nombre de décès liés au coronavirus est très faible, Christophe Prudhomme assure qu’il faut rester prudent avec ce virus qui peut potentiellement être très agressif.

 

L’épidémie de Covid-19, dont les premiers cas ont été recensés fin décembre 2019 continue sa propagation aux quatre coins du monde. Les mesures de confinement mises en place au point de départ de l’épidémie, dans la ville de Wuhan en Chine, n’ont malheureusement pas pu endiguer l’avancée du virus. Rien d’étonnant pour Christophe Prudhomme : « C’est un virus qui vient d’un réservoir animal, donc ce sont des virus qui potentiellement sont très dangereux parce qu’ils peuvent muter et être très agressifs et entraîner une forte mortalité ». L’épidémie de SRAS (Syndrome Respiratoire Aigu Sévère) survenue en 2002 et 2003 et provoquée aussi par un virus de la famille des coronavirus a enregistré un taux de mortalité frôlant les 10%, mais dans le cas du Covid-19, le taux de mortalité actuel (au 3 mars 2020) est d’un peu plus de 3%. Et encore, ce chiffre est à revoir selon Christophe Prudhomme : « On est plutôt aujourd’hui autour de 1%, un petit peu au-dessus de 1%. Plus on teste de gens, plus on se rend compte qu’il y a des gens qui sont infectés qui ont des formes tout à fait bénignes de la maladie ». Les profils les plus susceptibles de mourir du coronavirus restent les personnes âgées, fatiguées ou ayant des maladies préexistantes, les quatre victimes françaises recensées au moment de notre émission avaient entre 60 et 92 ans. Mais pour le médecin urgentiste, il faut tout de même rester raisonnablement inquiet : « Il ne faut pas banaliser cet événement. […] Si une épidémie touche plusieurs millions de personnes, il faut bien comprendre que 1% ou 0.5% de mortalité, c’est un nombre de morts très important ». 

« On prendra en charge avec les moyens existants, mais dans des conditions pas totalement satisfaisantes » 

Sur la situation au sein des hôpitaux, Christophe Prudhomme se veut rassurant : « Il n’y a pas de panique du tout, d’ailleurs il n’y a pas de panique non plus dans la population », mais il accuse tout de même une inquiétude chez le personnel soignant qui peut être contaminé quand des patients malades sont pris en charge, des procédures plus exigeantes et chronophages doivent donc être suivies. Une situation compliquée alors qu’en parallèle, les hôpitaux publics manquent de moyens, ce qui ne les empêchera pas de prendre en charge les patients : « On manque de moyens depuis très longtemps dans les hôpitaux, ce qui veut dire qu’il faudra faire avec les moyens existants, mais on va le faire dans des conditions pas totalement satisfaisantes, ni pour les patients, ni pour le personnel qui est déjà fatigué ». En cas de stade 3 de l’épidémie, les hôpitaux seront organisés différemment, par exemple, les lits seront réservés aux cas les plus graves qui seront plus nombreux nous explique le porte-parole de l’AMUF. Christophe Prudhomme conclut en nous rappellant les bons réflexes à avoir durant cette épidémie : « Si on a de la fièvre et qu’on tousse, on reste à la maison et on a le minimum de contacts avec des personnes extérieures. Et si dans sa famille on a des personnes particulièrement fragiles, quand on est en contact avec eux, on porte un masque et on essaye de rester à distance et on aère régulièrement son appartement ».

 Crédit Photo: Cécile Champagnat 

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