Ugo Bernalicis : « Si vous me demandez si je souhaite décrédibiliser le Gouvernement, oui, je suis l’opposition, c’est même ma tâche première et principale ».

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Ugo Bernalicis, député La France Insoumise (LFI) de la 2e circonscription du Nord, était l’invité politique de Fréquence ESJ mardi 18 février. L’élu d’extrême-gauche s’est livré sur les élections municipales qui se dérouleront le 15 et le 22 mars prochain, la réforme des retraites à laquelle son parti est vivement opposé, et le discours d’Emmanuel Macron sur la lutte contre le séparatisme islamiste.

 

 

La France Insoumise et les municipales, une campagne en demi-teinte.

 

Les élections municipales se dérouleront dans moins d’un mois mais la campagne électorale de La France Insoumise reste inaperçue, de quoi laisser pantois les militants. Pour Ugo Bernalicis, l’objectif du parti d’extrême-gauche reste pourtant clair : « Gagner ». Mais dans cette bataille, attaquer de front n’est pas la stratégie privilégiée, les cicatrices de la débâcle des dernières élections européennes restent encore vives. La France Insoumise privilégie donc une autre approche : « On a proposé quelque chose qui s’appelle la fédération populaire, on ne va pas juste faire des listes France Insoumise, on va essayer de trouver des leaders associatifs, syndicaux, des gens qui d’habitude sont dans la bataille politique ». Le but est de créer un mouvement d’opposition à la majorité auquel La France Insoumise apporterait son soutien. « On aurait pu les étiqueter France Insoumise si on avait fait 28% aux élections européennes par exemple » explique modestement Ugo Bernalicis, « L’objectif reste d’avoir un maillage territorial et de s’implanter ». Pour certains Insoumis comme Adrien Quatennens et Paul Vannier, le réel objectif de leur parti reste les élections présidentielles de 2022, ce qu’approuve le député du Nord sans pour autant se détourner des municipales : « C’est un moyen de s’ancrer localement, ça fera pour les prochaines élections présidentielles tout un tas de conseillers municipaux d’opposition ou de conseillers municipaux de la majorité, ou de maires qui seront des points d’appui pour expérimenter notre programme « L’Avenir en Commun » à l’échelle locale ». Mais Ugo Bernalicis ne manque pas de pointer du doigt la faible marge de manœuvre des maires pour expérimenter le programme de Jean-Luc Mélenchon au niveau d’une commune, ces initiatives dépendront des ministères ou d’autres services publics. Si les alliances entre La France Insoumise et les différents partis de gauche dans certaines communes peuvent susciter un manque de clarté idéologique chez les Insoumis, Ugo Bernalicis se montre pragmatique. Ces alliances sont indispensables pour que des militants de différents mouvements de gauche puissent constituer des listes selon les appréciations locales.

 

« S’ils utilisent le 49.3, ils sont morts politiquement »

 

Le projet de loi de la réforme des retraites a entamé cette semaine sa deuxième phase de discussion à l’Assemblée Nationale, 41 000 amendements ont été déposés dont 23 000 provenant des députés de La France Insoumise. Ugo Bernalicis assume cette méthode de blocage : « C’est bloquer mais pas pour ne rien faire avancer. On veut bloquer le texte, on veut faire en sorte qu’il ne s’applique pas donc on va utiliser tous les moyens possibles et inimaginables. On est d’ailleurs en train de déposer avec les communistes des sous-amendements à tous les amendements des autres collègues de l’Assemblée. » Ces sous-amendements sont des modifications apportées au texte d’un amendement, les prochaines séances à l’Assemblée Nationale risquent donc d’être interminables pour les députés qui ont jusqu’au 3 mars pour se mettre d’accord sur le texte de loi. « On fait des sous-amendements aux collègues communistes, donc c’est même pas 40 000, on doit être arrivé à 70 000, 80 000, 90 000, ça va être insupportable pour la majorité » renchérit Ugo Bernalicis. Ce blocage n’est pas pour autant anti-démocratique selon l’élu car un amendement, c’est du temps de parole que les députés de La France Insoumise comptent bien utiliser pour ralentir les travaux parlementaires, et repousser l’échéance du 3 mars le plus longtemps possible. « Sauf s’ils utilisent le fameux 49.3 », ce fameux article de la Constitution qui permet au Gouvernement d’adopter une loi sans passer par le vote du Parlement n’avait plus fait parler de lui depuis l’adoption de la Loi Travail en 2016. Pour Ugo Bernalicis, le Gouvernement Philippe signe son arrêt de mort politique s’il a recours au 49.3 : « S’ils utilisent le 49.3, ils sont finis politiquement, oui le texte passera, oui ils le voteront car il y a l’armée de godillots qui est là, mais politiquement ils sont morts dans le pays ». Ce que souhaite évidemment les députés de La France Insoumise, l’utilisation du 49.3 étant considéré comme un aveu d’échec de l’exécutif : « Si vous me demandez si je souhaite décrédibiliser le Gouvernement, oui, je suis l’opposition, c’est même ma tâche première et principale ». Sur l’échec du vote de la motion référendaire pour l’organisation d’un référendum sur la réforme des retraites, Ugo Bernalicis regrette l’absence des Républicains durant le vote et livre son analyse sur la perte de pouvoir des députés : « On a l’impression d’être inutile dans le travail législatif. Quand vous êtes méprisé comme ça depuis deux ans et demi, quand tous les textes passent en procédure accélérée, quand à chaque fois on vous met la pression pour passer à l’amendement suivant, etc… Alors oui la démocratie est bafouée depuis déjà bien longtemps, et c’est le problème de la Ve République ».

 

« Les musulmans sont regardés de travers dans ce pays, et ça c’est un facteur de radicalisation »

 

Lors d’un déplacement dans un quartier sensible de Mulhouse, Emmanuel Macron a tenu un discours où il a dévoilé son plan de lutte contre le séparatisme islamiste. « Quand les services publics reculent, quand la République recule sur les droits fondamentaux qu’elle est en capacité de donner, les gens se replient sur leur communauté » analyse Ugo Bernalicis. Renforcer les associations, les collectivités territoriales et les services publics semble être la seule réponse rationnelle face au séparatisme islamiste pour l’Insoumis qui se dit insatisfait des annonces du chef de l’État. Annonces qui poursuivent deux objectifs principaux selon Ugo Bernalicis : dissimuler les débats sur la réforme des retraites actuellement en cours à l’Assemblée Nationale et attirer les voix de la droite traditionnelle pour les prochaines élections. Le député du Nord accuse notamment le discours d’Emmanuel Macron de créer « des amalgames, de faire n’importe quoi et de faire du séparatisme dans le pays, c’est-à-dire créer une situation de guerre civile. Le chef de l’État doit proposer une porte de sortie pour dire que tous les citoyens et citoyennes français sont des compatriotes, quelle que soit leur religion ». Pour Ugo Bernalicis, il est aussi hors de question d’encadrer l’Islam tout comme il est hors de question d’encadrer le catholicisme ou le judaïsme. La seule solution pour lutter contre ces dérives, c’est « faire respecter la loi », et la justice en a déjà les moyens selon l’Insoumis. « Tout ça c’est du grand n’importe quoi politicien, ça va encore diviser les gens et créer des amalgames pourris dans le pays qui vont encore faire en sorte que les musulmans vont être regardés de travers dans ce pays, et ça c’est un facteur de radicalisation » conclut Ugo Bernalicis.

Photo: Manon Blangis / Fréquence ESJ

 

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