Antoinette Perlat: « Le fait que nous démissionnons tous, c’est un geste politique très fort. »

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INTERVIEW - Antoinette Perlat, responsable d’une unité fonctionnelle du service de médecine interne au centre hospitalier universitaire de Rennes, fait partie des 1200 médecins ayant décidé de démissionner de leurs fonctions administratives il y a deux jours. Elle est revenue avec nous sur les raisons de cette décision, les conditions de travail désastreuses du personnel hospitalier et sur le devoir du gouvernement dans cette crise.
 
1200 médecins ont rendu public, mardi matin, une lettre de démission collective de leur fonction administrative. « Le fait que nous démissionnons tous. C’est un geste politique très fort que nous faisons avec tristesse. Mais nous n’avons plus le choix. »  a déclaré Antoinette Perlat, résignée. A Rennes, 44 médecins dont 7 chefs de service ont démissionné de leur fonction administrative. Pour le reste, ils continuent d’effectuer leur travail. « Nous continueront à soigner nos patients. Ils n’ont pas à subir davantage de désagréments. » Ce geste symbolique dénonce le mécontentement du personnel hospitalier. « Nous sommes confrontés à l’augmentation des charges de travail sans aucun moyens financiers pour les effectuer. Nous manquons de personnel. Par exemple, Le personnel paramédical n’est jamais remplacé. » 
 

« En 10 ans, l’activité a augmenté de 15 % alors que le personnel n’a augmenté que de 2%. Ce n’est plus possible »

 
Le personnel hospitalier manifeste dans les rues depuis mi-novembre. Le gouvernement a débloqué un plan d’urgence de 1,5 milliard d’euros pour 3 ans. Selon Antoinette Perlat, cette somme n’est pas suffisante. « Il nous faut déjà 800 millions d’euros en 2020 pour pouvoir assurer nos missions de soins. 1,5 milliard en trois ans, c’est impossible. » 
 
La médecin explique qu’il n’y a plus de restriction budgétaire possible. « Le gouvernement nous a demandé de faire des économies. Chaque année, on nous demande de faire des restrictions. Nous avons restructuré les services, rationalisé les soins et restructuré les équipes. Nous avons fait tout ce qui était possible. »
 

« Nous avons alerté plusieurs fois la ministre de la Santé. Elle n’a pas pris de mesures. »

 
Les médecins démissionnaires, dont Antoinette Perlat fait partie, réclament 600 millions d’euros. « C’est notre priorité. Il nous faut davantage de lits. Il faut embaucher du personnel. Si on nous donne cet argent, je pense qu’on est tous prêts, à l’hôpital, à faire un effort pour que ça fonctionne. » Cette responsable d’unité fonctionnelle du service de médecine du CHU de Rennes reste confiante vis à vis de la ministre de la Santé. « Agnès Buzyn connait nos problèmes, elle a travaillé longtemps à l’hôpital. Nous l’avons alertée plusieurs fois. Elle n’a pas pris de mesures. Je pense qu’elle n’a pas la marge de manoeuvre budgétaire nécessaire pour répondre à nos attentes. Maintenant, c’est à elle de négocier pour obtenir ces marges de manoeuvre. »
 
« Il faut une hausse des salaires pour les paramédicaux. » a déclaré Antoinette Perlat au micro de la rédaction de 20h L’ invité. Les médecins démissionnaires ne réclament pas une hausse des salaires pour eux, seulement pour certains secteurs de l’hôpital.  « Les infirmières et les aides soignantes doivent être augmentées de 300 euros par mois. Il faut qu’elles aient un salaire moyen, équivalent aux salaires des infirmières des Pays de l’Organisation de Coopération et de Développement Economique. »
 
Photo: DR

 

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