Jean-Luc Roméro : « Le gouvernement rendra les conclusions du Grand Débat le 15 Avril, et il a vraiment intérêt à avoir des mesures concrètes… »

(Reading time: 3 - 6 minutes)
c_1100_500_16777215_00_images_articles_jean-luc_romero_-_20h_linvité_-_26_03_2019.jpg

INTERVIEW/VIDEO - Le maire-adjoint du 12e arrondissement de Paris Jean-Luc Roméro était dans les studios de Fréquence ESJ pour l’émission « 20h l’Invité » mardi 26 Mars. Il est revenu sur le mouvement des gilets jaunes et le Grand Débat qui en découle, ainsi que sur ses combats de toujours : la lutte pour les droits des LGBT et pour la fin de vie.

 

Alors que la mobilisation des gilets jaunes perturbe le pays chaque samedi depuis maintenant quatre mois, le gouvernement sollicite désormais l’armée pour assurer la sécurité autour des lieux de pouvoir et des gares. Là-dessus, Jean Luc Roméro ne commente pas la « nécessité » de ce choix mais plutôt le « symbole ». Un symbole qu’il juge « dur et négatif » à l’heure où le « mouvement citoyen » des gilets jaunes demande davantage de d’« écoute de la part des pouvoirs publics ». Pour autant le maire-adjoint du 12e arrondissement de Paris estime qu’il faut absolument « régler le problème de la casse en manifestation ». Pour lui, « on peut porter des revendications », mais « on ne peut pas se réjouir de voir les Champs-Élysées détruits » par de « faux gilets jaunes », qui ont parfois, ajoute-t-il, « le soutient de certains manifestants ». Jean-Luc Roméro va même plus loin et parle d’une véritable « haine anti-élus » qui s’est ancrée dans le mouvement jaune fluo : « on les fait passer pour des nantis et des privilégiés alors qu’en France il y a plus de 500 000 élus et que 80% d’entre eux ne touchent pas un centime d’indemnités ». C’est d’ailleurs cette exaspération des tensions sociales qui a poussée Jean-Luc Roméro à s’éloigner du mouvement qu’« il soutenait pourtant à l’origine ». Aujourd’hui il l’affirme : « le mouvement doit fonctionner autrement, par la voix politique par exemple ».

« Les gilets jaunes témoignent au départ d’une vraie souffrance »

Cependant le maire-adjoint du 12e arrondissement de Paris comprend la colère des gilets jaunes. D’après lui « le mouvement témoigne au départ d’une vraie souffrance » à laquelle sont confrontés beaucoup de Français. En tant que conseiller régional d’Île-de-France, il prend comme exemple le cas d’« une mère dans le Nord, qui a une toute petite retraite, et doit faire ses comptes afin d’assurer ses fins de mois ». Jean-Luc Roméro regrette que « les retraités matraqués depuis des années par les politiques économiques », soient « les grands oubliés » des préoccupations du gouvernement, alors qu’ils étaient « les premiers à se mobiliser sur les rond points ». Cet ancien gaulliste, aujourd’hui apparenté PS, se montre assez septique sur le Grand Débat organisé par l’exécutif. Selon lui l’initiative est bonne « car les gens ont besoin d’exprimer leur malaise » mais cela fait « peut-être trop la promotion du Président de la République ». Jean-Luc Roméro est « inquiet » vis-à-vis des propositions qui seront faites : « le gouvernement a dit d’attendre les conclusions le 15 Avril prochain, mais ce jour là, il aura vraiment intérêt à avoir des mesures concrètes ». Mais ce qui préoccupe encore plus le maire adjoint du 12e arrondissement de Paris, c’est que « le bilan de ce Grand Débat » se fera « en pleine campagne pour les européennes », ce qui pourrait « réduire considérablement l’intérêt pour ces élections », où le taux d’abstention « est déjà très élevé ».

« La position du gouvernement concernant les droits des LGBT est hypocrite »

Pourtant Jean-Luc Roméro a joué le jeu du Grand Débat, il en a même « organisé plusieurs dans [sa] mairie » et les citoyens du 12e arrondissement de Paris ont « apporté beaucoup de contributions dans les cahiers de doléances ». Néanmoins il note que les enjeux du « pouvoir d’achat et de la démocratisation » ont pris le dessus sur les questions autour « du droit des LGBT ». Jean-Luc Roméro s’indigne que la Procréation Médicalement Assistée (PMA) n’ait pas été retenu dans les sujets du Grand Débat : « C’est une promesse de campagne non tenue car le gouvernement devait lancer un projet de loi sur l’élargissement de la PMA aux couples homosexuels, et malgré l’avis favorable du Conseil National d’Éthique, le projet est repoussé au mois de Juin. » Selon lui, le problème vient du fait qu’Emmanuel Macron « ménage les autorités religieuses et notamment catholiques », qui soutiennent le mouvement de la « Manif Pour Tous », « alors qu’elles feraient mieux de régler leurs problèmes internes ». Pour Jean-Luc Roméro repousser le débat sur la PMA c’est « commettre la même erreur que pour le mariage pour tous » où les débats « se sont étalés », ce qui a favorisé « la montée de la haine envers les homosexuels sur les réseaux sociaux ». Le maire-adjoint du 12e arrondissement de Paris renchérit et évoque la « position hypocrite du gouvernement » sur les droits des LGBT : « on ne peut pas affirmer qu’on est favorable à la PMA quand on laisse dans sa majorité une députée comme Agnès Thill dire les pires atrocités à ce sujet ».

Enfin Jean-Luc Roméro est revenu sur un autre sujet dont il déplore l’absence au sein du Grand Débat : celui de la fin de vie. En qualité de président de l’Association du Droit à Mourir Dignement, il a « organisé plusieurs réunions autour de ce sujet » qui ne faisait « pourtant pas partie des thèmes » proposés par l’Élysée, « alors qu’il concerne 100% des gens ». Presque dépité, Jean-Luc Roméro prétend même que « le pouvoir politique n’est pas suffisant » pour faire passer une réforme sur la fin de vie. Il confie qu’il est « prêt à arrêter la politique » pour continuer son combat « par d’autres moyens ».

REGARDEZ L'ÉMISSION EN VIDÉO

Photo : Lucas Pierre/Fréquence ESJ

 

 

Derniers articles