Les secrets de la campagne En Marche dévoilés par Yasmina Salmandjee, l’ancienne prof de yoga

(Reading time: 4 - 8 minutes)
c_1100_500_16777215_00_images_articles_Yasmina-Salmandjee_LREM-2.jpg

INTERVIEW - « J’ai eu le sentiment qu’il y avait un égrégore autour d'Emmanuel Macron et je l'ai vu s’entourer des meilleurs », exulte Yasmina Salmandjee, l'ancienne professeure de yoga du parti En Marche.

 

Badge militant « Your rights, our fight » cocardé sur le sein droit, la yogini revient sur son expérience de bénévole : « J’ai vécu une campagne de l’intérieur menée avec brio où j’ai vu des choses incroyables. » Comme ce soir du premier tour [23 avril 2017] où les MacronLeaks fuitent après un piratage informatique : « Tout avait été prévu en amont, la moitié des données volées n'étaient que des fakes », relate Yasmina qui salue « le travail remarquable de Mounir Mahjoubi. » Une équipe En Marche rôdée et surtout soutenue par le service communication qui était en charge de la campagne de Barack Obama : « C’était brillant, je ne suis pas étonnée que l’on ait gagné », jubile t-elle. Militante, Yasmina a mis toute son énergie à hisser le candidat Emmanuel Macron sur le trône. Une campagne qui lui coûtera la perte de « pas mal d’amis ainsi que d’un amoureux », se remémore t-elle, amère. Reconnue pour son activisme à En Marche, elle est la cible de militants insoumis qui lui adressent plusieurs menaces de mort. C’est sous haute escorte qu’elle défile, en tenue de Wonder Woman, à la Marche des fiertés, le 24 juin 2017, avec le groupe LGBT En Marche. Aujourd’hui, Yasmina ne regrette rien de cet « univers politique, certes impitoyable, mais passionnant. » Et pour cause, elle fait la fierté de ses parents. A quatorze ans, elle range les rayons du vidéo-club familial à Antony, dans les Hauts-de-Seine : « Mon grand-père avait le premier cinéma de Madagascar, j’ai grandi dans ce milieu. » Seulement, ses parents ne peuvent lui offrir une école dédiée au 7e art. Qu’à cela ne tienne ! Yasmina rembobine ses films et décroche un diplôme en ingénierie informatique à la faculté d'Orsay (Essonne) puis publie de nombreux livres dont La culture high-tech pour les nuls. Une revanche pour ce couteau suisse qui enchaînera les collaborations. Notamment à France Info où Yasmina devient, en 2015, chroniqueuse : « La radio, c’est un exercice que j’aime bien. Sans montage, ni trucage. » A l’image de son tempérament direct et nature.

« La génération 77, c’est celle qui va retourner le monde »

Entre Emmanuel Macron et Yasmina Salmandjee, c’est une histoire de chakras. Tout débute le 5 janvier 2016 à l’ancien QG, rue de l’Abbé-Groult dans le 15ème arrondissement de Paris. Sous l’effet d’une blague, celle qui n’a que deux jours d’écart avec le candidat En Marche, lui propose des séances de yoga. « J’en aurais bien besoin », lui rétorque le futur président avant que celle-ci ne le challenge : « Et bien appelez-moi ! ». Action, réaction. « Il y avait une telle énergie, nous étions en campagne, tout le monde était heureux d’être là » Et c’est ainsi que Yasmina devient la professeure de yoga attitrée du mouvement En Marche et prend la suite de Pacôme Rupin (NDLR : l’actuel député de la 7e circonscription de Paris) qui prodiguait, jusque-là, des séances de méditation. Les mardis et les jeudis, les permanents, les bénévoles mais aussi le service d’ordre venaient s’étirer au cours de kavya yoga, une méthode personnelle qui allie vinyasa, kundalini et sonothérapie. Seulement à En Marche, la polyvalence est de mise. Au-delà du bien-être, Yasmina a composé avec « le front », qui consistait à répondre par mail et par téléphone aux sollicitations des élus locaux, des adhérents et des sympathisants : « C’était, chaque jour, des milliers de mails à traiter. » Puis, « back ground check » ou la vérification de l’identité des inscrits avant chaque meeting : « Un jour, un individu suspect s’est présenté, il a fallu le blacklister. » Mais l’équipe que la bénévole a appréciée rejoindre est la cuisine : « J’aimais bien cuisiner des plats, en particulier des plats indiens, pour tout le monde », sourit-elle. L’ancien QG était niché dans le quartier de Vaugirard (15e) : « Nous n’avions pas de
tickets restaurants, ni pour les bénévoles, ni pour les salariés. Donc, on se cotisait pour préparer un bon repas. » Meneuse et débonnaire, Yasmina se verra même propulsée, du haut de ses 1,57m, chef du service d’ordre, le temps d’un grand meeting à la porte de la Villette. Quand la yogini évoque Emmanuel Macron, c’est toujours avec une grande admiration : « La génération 77, c’est celle qui va retourner le monde », s’esclaffe-t-elle, en mélangeant un cocktail vitaminé. Une ambiance cordiale et festive régnait au QG : « Il y avait une telle énergie, nous étions en campagne, tout le monde était heureux d’être là », lance t-elle avec nostalgie, comme si c’était hier. Ça a duré jusqu’en mai.

« Ce n’était plus Manu mais monsieur le Président » « L’entre-deux tours a été ultra intense, l’ambiance était tendue », se rappelle Yasmina dont le visage se ferme soudainement. Le soir de  a victoire (7 mai 2017) au Carrousel du Louvre, « on a tous pleuré car on savait que c’était la fin d’un truc. » Juste le temps d’essuyer quelques larmes et les choses ont commencé à changer.

A cet instant, la prof de yoga du parti n’est pas conviée à monter sur l’estrade. La raison ? « Une personne a relevé les noms des trente bénévoles présents un soir au QG. » Yasmina, elle, gardait ses enfants. C’est ainsi, que seule une poignée de bénévoles s’est retrouvée aux côtés d’Emmanuel Macron : « Ce fut une grande frustration pour beaucoup », regrette t-elle. Face à la grogne des exclus, le parti décide de leur ouvrir un étage où ils y seront confinés. « Tout le monde voulait le toucher, comme une rock star, alors qu’on le voyait tout le temps », explique Yasmina qui évoque un mouvement de foule qui desservira les militants. Et pour cause, le nouveau Président n’ira pas à leur rencontre. C’est finalement entre émotion et liesse qu’ils formeront une haie d’honneur au départ du convoi présidentiel : « Ce n’était plus Manu mais monsieur le Président », se souvient t-elle. « Certains bénévoles et permanents ont été remerciés par mails ». Dès le lendemain, les militants étaient à la tâche au QG. Le cap était mis sur les législatives. « On était débordé, il y avait un mois entre la présidentielle et les législatives. Certains ont quitté le mouvement, d’autres ont gagné des postes au gouvernement. » Une fin de campagne chagrine où du jour au lendemain « certains bénévoles et permanents ont été remerciés par mails »

Des épisodes humiliants qui ont marqué les cœurs meurtris de nombreux militants. Yasmina, la première. La professeure de yoga n’a pas son entrée au nouveau QG. Pis, elle apprendra par un message Telegram qu’elle a été remplacée par un autre professeur de yoga. Malgré cela, elle dit ne garder aucune rancœur : « Je suis arrivée avec une grande humilité, je suis professeure de yoga. J’ai continué à être active et enthousiaste car j’ai lié des amitiés, comme avec Vincent Chauvet, maire d’Autun. » Son seul regret avec le parti ? N’avoir pu dispenser des cours de yoga dans les écoles publiques. Un projet ambitieux dont le dossier n’a cessé de faire la navette entre Laura Flessel, l’ancienne ministre des Sports et Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale. A ce jour, Yasmina a quitté le parti LREM « par solidarité avec Vincent Crase. » Depuis, elle renaît grâce à son premier amour, le cinéma et souhaite produire son film REALITEs « Un long-métrage de six épisodes, monté comme un film à sketch italien, avec un casting de folie ! », dit-elle déjà enjouée. Aujourd’hui encore, Yasmina en est convaincue : « Emmanuel Macron est un grand président qui va marquer l’histoire. » En attendant, l’ingénieure informatique apporte son soutien à Cédric Villani, député LREM de l’Essonne et candidat à la mairie de Paris pour 2020, car après tout elle reste « une matheuse au fond. »

 

Derniers articles