• Slide FESJ 2015

Évangile selon Jean-Luc : « Ma personne est sacrée ! »

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TRIBUNE - Sacrément gonflé. Il importe peu de rappeler les circonstances de cette envolée messianique tournée, à tort, en dérision. Les sauvageries parlementaires, ça va bien un moment. Que l’on dénonce ardemment l’iniquité d’une décision judiciaire, c’est une chose. La rebuffade est tolérée, c’est un précepte démocratique, c’est le paraphe des Insoumis.

 

L’hémicycle de l’Assemblée nationale en est le théâtre quotidien ; jadis académie des joutes verbales, on n’y joue désormais plus que Les Fourberies de larbins. Encore qu’un larbin ne prétend pas incarner la République, il la sert. Monsieur Mélenchon, lui, se confère une toute-puissance à pleins poumons prompte à défier toute action judiciaire. Vous comprenez, il n’est pas « n’importe qui ». En réalité, du haut de sa chaire parlementaire, Jean-Luc Mélenchon prêche magistralement contre l’odieuse suprématie démocratique, ses juges, ses conspirateurs et autres élus illégitimes, en incarnant précisément la verticalité du pouvoir. La République, c’est lui. L’État de droit… on y reviendra.

Mais le voilà parti. Écharpe au corps, le cœur à vif, plus rouge encore que l’étendard du Komintern [titre russe de L'Internationale ], il s’élance, gravissant les barricades, baïonnette au canon, hurlant à pleine haleine au nez d’un policier : « Enfoncez-moi cette porte ! » Il cherche la bagarre en essuyant d’impassibles regards, furieux de ne pas s’être pris un coup pour le faîte, martyr manqué : du délire ! Sans doute un peu trop émotionnel la veille, le député de La France Insoumise se réveille le lendemain en estimant très sérieusement qu’il ne faut pas en faire tout un fromage. Bienvenue au zénith de l’absurde. Finalement, Marcel Campion a tout intérêt à réinvestir dans la foire, le marché est en plein boom.

L’État de droit est un principe fondamental qui ne distingue à priori aucun parti. Que l’on se nomme François Fillon (les juges ont mis un sérieux coup de frein, à propos), Marine Le Pen (dont on faisait taire les indignations), ou aujourd’hui, Jean-Luc Mélenchon, peu importe le degré de sacralité, on s’y plie. Par essence et par principe, aucun politique ne se laisse perquisitionner sans faire état d’offuscation. Mais par pure déontologie et par devoir, aucun politique ne peut s’octroyer le droit de s’en prendre verbalement et physiquement aux représentants de la loi (et de la République), surtout lorsqu’on se présente à la magistrature suprême… imagine-t-on le Général de Gaulle défoncer la porte de son cabinet à grands coups de « résistance ! résistance ! résistance ! » ? A vous de voir.

Photo : DR

 

Chaque semaine Fréquence ESJ ouvre ses colonnes à des auteurs invités. Leur point de vue n'engage pas la rédaction.

 

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