Mediapro : Récit d’un fiasco prévisible

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FOOTBALL - Arrivé en France en 2018, le groupe Médiapro aura en l’espace de deux ans fait vivre au football français sa période la plus sombre. Cette désillusion oblige les clubs de ligue 1 et ligue 2 à revoir entièrement leur modèle économique.

« À force de gonfler un ballon, il explose ». Cette expression, parue dans Le Monde, résume à elle seule les deux années du groupe sino-espagnol en France. Mediapro, qui raflait en 2018, à la surprise générale, les droits télévisuels des championnats de football de Ligue 1 et Ligue 2, repart aujourd’hui aussi vite qu’il est arrivé. Pourtant, les 830 millions d’euros par an qu’il promettait pour la période 2020-2024 faisait de lui un partenaire à long terme. « Mediapro promettait beaucoup. Trop. » expliquait Le Monde. Bilan : le 7 octobre, le journal L’Équipe révèle que « Mediapro a demandé un délai à la Ligue de football professionnel (LFP) pour verser la deuxième échéance des droits audiovisuels de la Ligue 1 et de la Ligue 2. La Ligue, déjà payée en retard en août, a refusé ». Finalement, seule une échéance a été payée, la première (172 millions). Deux versements non effectués plus tard, L’Équipe annonce que le tribunal de commerce de Nanterre a sifflé, le 22 décembre, la fin de partie, validant « un accord de retrait entre le diffuseur principal et la Ligue ». Cet accord met fin à une histoire qui n’aurait jamais du commencer. Téléfoot, chaine créée par Mediapro pour diffuser les championnats français, fermera en début d’année 2021, laissant 150 salariés au chômage.

Un partenaire solide ?

"À ce prix-là, c'était complètement déraisonnable. C'était impossible pour nous de miser de telles sommes et je pense que c'était impossible pour un quelconque acteur de le faire...". Les mots du président de Canal +, relégué au second plan lors de l’arrivée de Mediapro, prennent aujourd’hui tout leurs sens. Pourtant, des garanties de la part du groupe auraient pu minimiser les quelques craintes apparues lors de l’attribution des droits TV en 2018. Il n’en a rien été. Une enquête de Mediapart révèle en effet « qu’aucune garantie bancaire n’a été demandé » à Médiapro. C’est le « cabinet d’avocat Clifford Chance », spécialisé dans les affaires sportives, qui l’a suggéré « comme cela s’est toujours fait dans le passé » explique le site d’information indépendant. Résultat : tous les acteurs du football français ont applaudi l’arrivée du groupe Médiapro, qui leur promettait une telle levée d’argent. Mais le magazine So Foot avait averti en révélant en octobre la « saga médiapro » chez nos voisins italiens. En février 2018, Mediapro avait récupéré les droits télévisuels de la Série A (cycle 2018-2021) contre une offre de 1,05 milliard d’euros par saison. Les diffuseurs historiques, qui avaient saisi le tribunal de Milan, ont sans doute permis d’éviter la crise que vit actuellement le football français. La Ligue italienne de football avait alors stoppé les négociations avec Mediapro après le refus du groupe d’avancer la garantie bancaire.

Quel avenir pour le football français ?

« Le football pro en péril ». La une du Midi Libre le 12 décembre pose le véritable problème du moment pour les clubs français. Comme le révélait Les Échos à l’annonce du départ de Mediapro, les recettes issues des droits TV représentent 50 % à 75 % des revenus pour les clubs de Ligue 1 et Ligue 2. Le groupe dirigé par Jaume Roures réalise donc le « Casse du Siècle » comme titrait L’Équipe le 22 décembre. Mais les 100 millions d’euros qu’il devra verser à la LFP pour éviter des poursuites, bien loin des 830 millions d’euros initialement prévus, ne pourront éviter la faillite de certains clubs. Aujourd’hui, la LFP compte sur Canal + pour racheter les droits télévisuels, mais le diffuseur propose 590 millions, bien moins que son prédécesseur. Un manque à gagner pour les clubs de football français, qui devront trouver des solutions alternatives, comme une baisse du salaire des joueurs. Le ministre de la Jeunesse et des Sports à d’ores et déjà prévenu sur RMC. Jean-Michel Blanquer s’est dit « prêt à aider les clubs », mais a souligné que l’État n’avait « pas vocation à compenser des problèmes qui ont été finalement générés par une sorte de cupidité et d’irréalisme ». Un reproche aux clubs français et à la Ligue de Football, responsables d’un échec programmé, inscrit dans l'économie d'un contrat trop beau pour être vrai.

Photo : Aurelien Meunier

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