Jean Massiet, le youtuber qui veut réconcilier les jeunes avec la politique

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INTERVIEW/AUDIO - Depuis huit mois, Jean Massiet, jeune youtuber de 27 ans, commente en streaming live les questions au gouvernement. Sa devise ? Réconcilier les jeunes avec la politique et surtout, la rendre plus amusante.

Lorsqu’on entre dans son studio parisien, on sent tout de suite que Jean Massiet est un homme occupé. Au milieu de ce joyeux bazar de livres, et autres tasses de café se dresse Accropolis. Fond vert, projecteurs, écrans d’ordinateurs connectés les uns aux autres, l’important dispositif de streaming occupe quasiment la moitié du studio, et sûrement une bonne partie des pensées de son créateur. Jean Massiet, 27 ans, lunettes rondes et barbe mal rasée n’est ni journaliste, ni écrivain. C’est un collaborateur de cabinet en pleine crise citoyenne depuis les attentats de Charlie Hebdo. Son souhait ? Rendre la politique aux jeunes, ou plutôt réconcilier les jeunes avec la politique.

Contrairement à bon nombre d’hommes politiques, ce n’est pas le cercle familial mais le mouvement contre le CPE en 2006 et son activité associative qui l’ont poussé à prendre cette voie. Son engagement dans les associations Animafac ou Jets d’encre l’ont inconsciemment fait rentrer dans la sphère politique. « À force de négocier des subventions, tu rencontres des membres de cabinet », et là c’est la révélation : « Banco, je veux faire ça ».

Du monde politique à YouTube 

Ses études, linéaires et brillantes, reflètent bien la détermination de Jean Massiet. Licence de droit à Nanterre, Master 1 à Normal sup’ en recherche de droit puis Master 2 d’affaires publiques en administrations du politiques, une voix qui forme exclusivement des collaborateurs de cabinet politique.

Aussitôt dit, aussitôt fait, Jean devient une des petites mains des hommes politiques, ou plutôt des femmes. Il travaille successivement au cabinet de la maire du 20e, au cabinet du président du conseil général de Seine-Saint-Denis avant de devenir la plume de Marisol Touraine pendant un an. Mais petit à petit, les doutes apparaissent : « C’est un boulot que j’aime beaucoup, et en même temps je ne me sens pas tout à fait à ma place » nous explique celui qui ne veut ni devenir élu, ni travailler dans le privé. Alors comme souvent, Jean Massiet retrouve ses potes dans les bars où ils discutent de politique, de jeunesse, des médias. Ensemble, ils créent de petits projets éphémères « En général, ça s’arrête à des idées lancées dans un bar. » Et puis un jour, au détour d’un énième débat, Jean lance : « Faudrait vraiment que quelqu’un commente en direct les questions aux gouvernement, comme si c’était un match de tennis ! ». Déclic. 

S’inspirer des streamers de jeux vidéos

L’idée de commenter les questions aux gouvernements de France 3 en direct fleurit doucement dans l’esprit de Jean Massiet. Lui qui se considère comme un geek, admire les streamers de jeux vidéos qui totalisent des millions d’abonnés sur YouTube. Squezzie (5,6 millions d’abonnés), Zerator (400 000 abonnés) : ces noms ne vous disent peut-être rien, mais ils ont créé une véritable communauté d’amateurs de jeux vidéos dans le monde entier. « Je trouve extraordinaire la relation entre le streamer et le chat ». Le « chat » cette espèce de bulle où interviennent tous ceux qui regardent la vidéo, et que Jean Massiet veut absolument incorporer dans son projet. À l’été 2015, avec un peu de temps devant lui, il lance sa chaîne : « J’ai adoré monter ce projet car j’ai appris plein de trucs ». Lui qui passe habituellement ses journées à rédiger des notes pour les hommes politiques, se retrouve à passer ses nuits sur YouTube à regarder des tutoriels pour tenter de régler ses bugs informatiques.

Rapidement son projet prend le dessus sur lui. D’autant plus que Jean Massiet est seul pour le développer. Sans aide, il lui arrive de se perdre, comme lorsqu’il tente de créer sa propre entreprise, avant d’abandonner.

Rentre la politique plus fun 

Le 4 septembre, après un été passé entre les boutiques d’informatique et les tutos YouTube, tout est enfin prêt. Problème : « Le jeu vidéo n’a rien à voir avec la politique ».

Devant sa petite caméra, Jean Massiet est mort de trouille. Le live commence. Fort de sa connaissance du monde politique, le Youtuber d’Accropolis commente, explique les déclarations des députés, blague sur les engueulades à l’Assemblée et répond aux questions de ses internautes, en direct. Finalement Jean Massiet prend goût au direct : « Je suis plus à l’aise en live qu’en podcast. Il y a un côté à l’arrache que j’assume parfaitement. ». Son origine politique, Jean l’assume aussi devant ses internautes qui se demandent qui est ce mystérieux Youtuber.

Très vite, le projet accélère. Il s’entend si bien avec ses internautes qu’il en recrute deux pour en faire les modérateurs du chat : Fanny et Amy, qu’il n’a encore jamais rencontrées. Mais il reste encore le phénomène des trolls qui pourraient mettre à mal son initiative : « Internet est une grande cour de récré. Quand tu parles de politique, tu multiplies par dix le phénomène ». Fausse frayeur. Au lieu de ça, les gens se prennent quasiment tous au jeu.  Les détracteurs du monde politique se déportent peu à peu sur le fond des dossiers. Et puis les blagues sont bienvenues sur Accropolis : « Je tiens au côté bonne ambiance, on fait des blagues. On peut aussi être sérieux et se marrer sur la couleur de la cravate de tel député parce que c’est marrant ! ».

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« Je mets un point d’honneur à garder ma chaîne neutre »

S’il assume parfaitement venir du monde politique et être de sensibilité de gauche, Jean Massiet se défend d’instrumentaliser sa chaîne : « Mon projet n’est pas un projet de gauche. Je reste dans le commentaire ». Pourtant, il admet « la neutralité est une connerie, et la politique a besoin d’affirmation ! Mais je n’ai pas d’avis sur tout et heureusement ». Même si sa connaissance de certains dossiers politiques est évidente, le Youtuber concède « être un citoyen un peu pommé parfois ».

Seules quelques questions peuvent troubler sa décontraction apparente. Le cumul des mandats par exemple, qu’il considère comme « une prison pour la démocratie ». « J’ai bientôt 30 ans et le ministre des finances était déjà ministre le jour de ma naissance ! Et je peux vous en citer pleins d’autres dans le même cas. » Sur ses sujets, on retrouve vite le collaborateur de cabinet qu’il continuera d’incarner pendant encore quelques semaines. Il lui arrive même de se trouer involontairement « À gauche, on… » avant de se reprendre gêné, comme si la politique était désormais derrière lui. Mais cette question est une exception, et Jean assume : le problème du cumul des mandats, « c’est un combat personnel ».

Ambitieux, mais terre-à-terre.

Jean Massiet voit les choses en grand pour l’avenir d’Accropolis. Il souhaite en effet développer une chaîne communautaire avec une grille des programmes et des streamers de lundi à dimanche. Il évalue à 250 000 euros de budget ses besoins pour réaliser « la chaîne de ses rêves », constituée d’un journaliste, un communicant, un régisseur et un développeur. Rendre la chaîne plus professionnelle et la personnaliser pour différentes cibles, voilà ce que vise Jean à long terme. Il réfléchit aussi à créer une antenne libre sur la chaîne pour laisser les gens s’exprimer. Il souhaite même faire venir des personnalités influentes sans lien avec la politique, pour qu’ils s’expriment sur ces sujets. « Le Youtuber Norman serait un bon exemple ».

De grandes ambitions donc mais peu de temps pour le jeune homme qui souhaite absolument être prêt pour les élections présidentielles de 2017. D’ailleurs, dès la fin de son contrat avec la mairie de Paris, d’ici quelques semaines, Jean se mettra au chômage. « J’ai besoin de vacances pour être à 100% dans mon projet » explique-t-il. Se fixer de nouveaux objectifs pour avancer, voilà ce dont Jean a besoin. « D’ailleurs, s’exclame-t-il, ce soir, je pense que je vais tout mettre à l’écrit ». Pas sûr que les vacances soient de tout repos…

Retrouvez également le reportage de Léon Sanchez, diffusé dans Storytelling le 23 mars 2016 : 

Photos Fréquence ESJ/Baptiste DENIS

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