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Françoise Laborde : "Je voyais mes camarades masculins évoluer plus vite que moi"

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INTERVIEW - Très sensible à la cause des femmes et de l’injustice dans la société, Françoise Laborde est depuis plus d’un an membre du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes. La journaliste se confie sur ses nouveaux projets et son investissement dans l’association La Transition.

Vous avez été nommée le 3 février 2015 au Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes. Durant votre carrière, avez-vous déjà ressenti une quelconque discrimination ?

Pas une discrimination mais une différence de traitement. Ne serait-ce que dans la progression de la carrière et dans les salaires. Aujourd’hui, même dans le service public, une femme journaliste est moins rémunérée qu’un homme à compétence et à travail égal. Je l’ai expérimenté moi-même. Je voyais mes camarades masculins évoluer plus vite que moi.

Je remarque en revanche qu’il y a une régression aujourd’hui. Quand je suis arrivée à la télévision, il y avait davantage de femmes aux postes de pouvoir. Les hommes ont tendance à reprendre tout le pouvoir et à le garder pour eux.

L’année dernière, Libération publiait une tribune dans laquelle une trentaine de femmes journalistes politique dénonçaient le sexisme des journalistes hommes ainsi que des politiques. Était-ce une bonne initiative ? Faut-il la reconduire ou faire quelque chose de plus fort ?

Toutes les initiatives sont les bienvenues. Je ne dis pas que je serais d’accord avec tous les mouvements féministes. Mais toutes celles qui militent pour faire progresser la place des femmes, en France et dans le monde, font une action extrêmement importante. La place des femmes aujourd’hui est un critère de développement d’un pays. Et l’on voit bien que les femmes sont de plus en plus maltraitées. Elles deviennent des proies de guerres terribles, où le viol systématique devient une arme. C’est très important de se battre pour toutes ces femmes. La France se doit d’être un pays exemplaire.

Vous êtes créatrice et présidente de l’association « Pour les femmes dans les médias ». Vous proposez une aide aux jeunes journalistes pour qu’elles puissent prendre confiance en elle. Comment parvenez-vous à les aider ?

L’idée a été de créer une association de femmes dirigeantes des médias. Il n’y en avait pas jusqu’à présent. Elles n’osaient pas se réunir entre elles, se soutenir parce que « ça ne se fait pas », ce n’est pas une bonne idée ou pas. Ce groupe, là, est en train de travailler, de se réunir régulièrement avec beaucoup de plaisir. On avance, on se constitue, on essaye de militer, d’influencer, de gagner des positions. L’idée est d’encourager les jeunes avec des parrainages, des remises de prix…

Vous êtes également membre du Club des amis du Refuge, association qui aide les jeunes homosexuels et transsexuels chassés de chez eux. Pourquoi est-il si important pour vous de défendre toutes ces causes ? 

Quand on est citoyen d’un pays, c‘est bien naturel de s’impliquer dans des causes que l’on juge importantes. Moi je suis très sensible à la cause des femmes et à l’injustice. Le Refuge est une association qui aide les jeunes chassés de chez eux à cause de leur homosexualité. Je trouve que c’est une injustice invraisemblable. Il est important de dire qu’on ne peut pas accepter en 2016 qu’un jeune soit discriminé en raison de ses orientations sexuelles. C’est très compliqué d’être rejeté par sa famille, par son milieu. Le Refuge leur permet de reprendre pied. Parfois, ils n’ont plus rien. Ils sont vraiment jetés à la rue du jour au lendemain. Nous leur proposons de les aider à se reconstruire, trouver du boulot, finir leurs études et reprendre pied dans la vie tout simplement.

Vous avez été membre du CSA de 2009 à 2015, notamment en charge de la protection de l’enfance. Même si le CSA ne se préoccupe pas du cinéma, quel est votre avis sur les différents positionnements de l’association Promouvoir, après l’annulation des visas d’exploitation des films Antichrist et La Vie d’Adèle pour des scènes qu’elle jugeait heurtante à la vue du jeune public ?

Je trouve que l’on est un peu trop libéraux là-dessus. Sous couvert de protéger la création, on a tendance à considérer que la violence et la sexualité n’ont pas d’importance. En télévision, on a des critères plus sévères que ceux du cinéma. Même si La Vie d’Adèle n’était pas interdit au moins de 16 ans dans les salles, il l’aurait été sur le petit écran. On a assisté, ces dernières années,  à une montée de la violence et de la sexualité au cinéma, voire à une banalisation de cette violence. Cela peut poser problème à la société. Après c’est aux familles de réfléchir. Pour la télévision, je pense que ce doit être un outil accessible à tout le monde, qui ne peut pas être réservé ou interdit à certaines heures sous prétexte que c’est trop violent.

Vous avez rejoint l’association La Transition, mouvement citoyen créé pour modifier le paysage politique actuel. Pourquoi avez-vous décidé de vous lancer dans un mouvement issue de la société civile ?

Je fais partie de tous ces gens qui trouvent que ça ne va pas bien en France. Au fond, on a une société civile qui est devenue plus intelligente que notre classe politique. Elle est plus ouverte, plus tolérante, plus ambitieuse. Nos dirigeants actuels ne sont pas à la hauteur de la situation. Ils ont tendance à répéter les mêmes schémas, à considérer que l’on est élu à vie. La classe politique n’est pas prête à affronter l’évolution de la société. Il est temps de secouer un peu tout ça et de dire aux citoyens : vous ne devez pas vous laisser maltraiter pas votre classe politique ! Il est très important d’apprendre à partager le pouvoir, partager les richesses et partager la démocratie. Il n’est pas normal que quelqu’un entre en politique à 20 ans, soit encore élu à 60 ans et passe toute sa vie en dehors de la vie réelle. C’est insupportable !

La Transition souhaite prendre le pouvoir, ou simplement faire réagir les politiques actuels ?

L’idée est de dire qu’en 2017 on puisse voter pour quelqu’un qui ne soit pas un professionnel de la politique. Qu’il ne soit ni Nicolas Sarkozy, ni François Hollande et encore moins Marine Le Pen. On a envie de se reposer sur les compétences des gens qui savent ce que c’est que de travailler, de se donner du mal, de se lever le matin.

Par exemple, aujourd’hui nous voyons bien qu’il y a un soucis avec l’école. On ne peut pas se satisfaire du nombre d’enfants qui sortent de l’école sans savoir ni lire ni écrire. Au lieu de se préoccuper de ça, qu’est ce qu’on fait ? Encore une fois, on amuse la galerie avec une réforme de l’orthographe qui n’a aucune importance. Je crois que l’opinion est fatiguée de tout cela. Le vrai problème en France c’est l’emploi. Créer de l’emploi est important. Tout le reste, c’est de l’agitation politicienne qui commence vraiment à nous fatiguer.

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