Pourquoi Moscou protège le régime de Damas

(Reading time: 3 - 5 minutes)

Bachar al Assad photo Tristan Quinault Maupoil

La résolution présentée au Conseil de sécurité de l’ONU, samedi 4 février, a été bloquée par les vetos russe et chinois. Cette résolution avait repris les grandes lignes du plan de sortie de crise de la Ligue arabe, réclamant le départ de Bachar el-Assad. Les pays occidentaux et les états membres de la Ligue arabe ont vivement protesté contre ces blocages russe et chinois, les accusant de vouloir protéger un régime coupable de crimes contre l’humanité. Quelles sont les motivations de Moscou dans cette affaire ? 

Les forces armées s’invitent à Alep, les opposants à Damas

Après Homs et Hama, Alep est secoué par les bombardements des forces loyalistes. Vendredi 10 février, la répression a causé 28 morts et 235 blessés. Selon le chef de l’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme (OSDH), Rami Abdel Rahmane, « dans les quartiers d’Alep qui connaissent une forte mobilisation, il y a un important déploiement des forces de sécurité après les attentats de vendredi ». La capitale est aussi touchée. Un général de l’armée a été abbatu devant sa porte à Damas par « un groupe terroriste de trois hommes » selon l’Agence officielle SANA. Le général de brigade et médecin Issa al-Khawli est le premier haut-gradé du régime à être assassiné.

Homs vit toujours au rythme des obus

Douze morts et des dizaines de blessés. L’armée syrienne avait semé le chaos à Homs lundi 6 février au matin, l’un des lieux symboliques de la contestation contre Bachar el-Assad. Samedi 4 février, Homs a été sujet à de nombreux tirs de mortiers. Plus de 230 victimes, c’est le bilan qui est ressorti de ce massacre. La répression a continué de maintenir son carcan sur ce bastion de la contestation durant la semaine suivante.

Bachar el-Assad semble bénéficier aujourd’hui d’un « permis de tuer » aux yeux de la communauté internationale, après l’échec de la résolution samedi au Conseil de sécurité de l’ONU. La répression aurait fait plus de 6 000 morts selon l’opposition. Le Conseil National Syrien en appelle plus que jamais à la communauté internationale, pour éviter un nouveau massacre comme celui de samedi 4 février. Damas continue de nier son implication dans ces tueries, imputant ces derniers à des forces armées rebelles.

Les vetos russes et chinois

Vivre aujourd’hui en Syrie est devenu intenable, entre la menace répressive, celle des bombardements constants, et une impression d’abandon par la communauté internationale après les vetos russes et chinois à New York. La décision de ces deux grandes puissances n’est pas motivée par un soutien inconditionnel au régime en place, mais par des facteurs bien plus complexes de géopolitique internationale.

Les ambassadeurs américains, arabes et européens désertent le sol syrien. La Russie est la seule à essayer de discuter avec Bachar el-Assad. Mercredi 8 février, le Ministre russe des affaires étrangères s’est rendu à Damas afin de trouver une issue rapide à cette crise.

Moscou craint un changement de régime 

Syrie en 2009 photo Tristan Quinault MaupoilDans l’ancienne capitale de l’URSS, la révolte gronde. Vladimir Poutine, le candidat contesté aux élections présidentielles de mars 2012, parle d’un « renouveau de la démocratie » afin de calmer les esprits. Des dizaines de milliers de russes ont défilé samedi 4 février, critiquant ou soutenant la candidature de l’actuel Premier ministre. C’est dans ce contexte tendu que le non de la Russie au Conseil de sécurité de l’ONU a jeté bas un nouveau projet de résolution.

Moscou refuse de reconnaître que les massacres sont aussi bien le fait du gouvernement que des rebelles. Vendredi 10 février, l’ancien Premier ministre russe, Evgueni Primakov, a écrit dans les pages du journal Rousskaïa Gazeta que : « La Syrie est victime de son alliance avec l'Iran. Le renversement du régime syrien s'inscrit dans un plan plus large visant à isoler l'Iran ». Il ajoute que « Les États-Unis et leurs alliés veulent tirer profit du printemps arabe de 2011 pour se débarrasser des régimes arabes qui ne leur plaisent pas ». En cette période pré-électorale, Poutine ne veut pas apparaître comme un homme faible devant ses partisans. Céder devant l’occident serait une erreur politique fondamentale pour ce dernier.

Damas en 2009 photo Tristan Quinault Maupoil

Il faut aussi tenir compte de l’alliance régionale entre le régime de Bachar el-Assad et Moscou. C’est le dernier allié commercial et idéologique de la Russie au Moyen-Orient. Les nombreuses ventes d’armes du régime de Poutine à Bachar el-Assad ne sont pas en reste dans cette décision. La grande puissance craint également un renforcement des influences occidentales et américaines au Moyen-Orient, à la suite d’un changement de régime à Damas. 

La Russie s’est engagée dans des pourparlers bilatéraux avec la Syrie mercredi dernier. C’est peut-être la dernière chance pour stopper les massacres. Le blocage semble total. C’est donc sur Moscou que se braquent les regards de la communauté internationale, désemparée et dégoûtée par le dossier syrien.     

Derniers articles