TEPCO, la dangereuse compagnie nucléaire mère au Japon

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Sigle de Tepco (wikipedia)

Il y a tout juste un an, un séisme suivi d’un tsunami a déclenché l’arrêt de plusieurs réacteurs dans la région nord du Japon. Ces centrales nucléaires étaient sous la responsabilité de la compagnie Tokyo Electric Power Company – TEPCO qui n'était pas considérée comme totalement sûre. La multinationale japonaise avait déjà été contrainte à des vérifications de sécurité en 2002.

La Tokyo Electric Power Company a été fondée en 1951 sur les cendres de la Tokyo Electric Light Company, datant de 1883. TEPCO est le plus grand producteur privé mondial d’électricité et comptait 190 installations en mars 2010 : 160 centrales hydro-électriques, 25 centrales thermiques, 3 installations nucléaires – 17 réacteurs sur tout le territoire - et 2 installations utilisant les nouvelles énergies, dont une centrale géothermique. Au total, 29 millions d’utilisateurs, à Tokyo et sa région, utilisent les 64,5 gigawatts produits par la multinationale.

Suite à la catastrophe de Fukushima, le cours en bourse de la société a chuté de 83 % entre le 11 mars et le 5 avril 2011. Les agissements illégaux de TEPCO et la sécurité insuffisante des installations se sont retrouvés sous le feu des projecteurs.

Un an après l’accident nucléaire de Fukushima

Image satellite de Fukushima après la catastrophe wikipediaLe 11 mars 2011 un séisme du Tohoku, de magnitude 9 sur l'échelle de Richter, provoquant un tsunami ont ravagé le nord du Japon. Une explosion d’hydrogène a détruit le bâtiment protégeant le réacteur n°1 de la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi le 12 mars. Le séisme a entraîné l’arrêt automatique des réacteurs ainsi qu’une fuite de xénon - particule radioactive. Cette fuite radioactive a prouvé que la structure même des réacteurs a été atteinte, après la destruction d'une partie des protections de la centrale. Les groupes électrogènes de secours et les systèmes de refroidissement de secours ont été endommagés. Les cœurs de trois réacteurs nucléaires sont entrés en fusion partielle à la suite de ces défaillances. L’erreur humaine est possible mais n’est pas prouvée. Plus de 20 000 personnes ont trouvé la mort lors de cette triple catastrophe.

L’accident nucléaire est classé au niveau 7 sur l’échelle INES. Les nombreux rejets de césium 137 et d’iode 131 dans l'atmosphère sont estimés à 42 % de ceux de la catastrophe de Tchernobyl en 1986. TEPCO a vite réagi et s'est employée au rétablissement de l'alimentation électrique du 12 au 26 mars dernier pendant qu'ils essayaient de refroitdir les réacteurs du 12 au 30 mars.

image satellite de la catastyrophe de Fukushima wikipedia

Le gouvernement japonais a créé le 7 juin 2011 le Comité d’enquête sur l’accident des centrales nucléaires de Fukushima de la Tokyo Electric Power Company. Le professeur Yotaro Hatamura de l’Université de Tokyo, spécialiste en analyse des défaillances, a été nommé à la tête de ce comité. Il fait figure d’autorité pour interroger les cadres dirigeants de TEPCO ainsi que les membres du gouvernement. La commission doit rendre son rapport définitif à l’été 2012. Un rapport de mi-parcours  a été publié le 26 décembre 2011. Celui-ci critique le manque de préparation de TEPCO, la mauvaise gestion de la crise par le gouvernement Kan, et les défaillances de l’Agence japonaise de sûreté nucléaire (qui avait immédiatement évacué tout son personnel sur place au lieu de les utiliser comme agents de liaison).

Les falsifications de TEPCO sous le feu des projecteurs

A la suite de la publication de ce rapport, le Parlement japonais a décidé l’ouverture d’une Commission d’enquête parlementaire, dirigée par le Docteur Kiyoshi Kurokawa, médecin et universitaire spécialiste en santé publique.

La multinationale avait été mise en cause en 2002 par le gouvernement japonais pour falsification d'une trentaine de rapports concernant des fissures apparues dans treize de ses réacteurs nucléaires. Ces fissures étaient présentes dès les années 1970, lors de la construction des premières centrales nucléaires sur le territoire japonais. La découverte de ces documents fasilfiés a également permis de mettre en lumière la dissimulation d’accidents nucléaires, comme celui qui avait provoqué une réaction en chaîne incontrôlée dans le réacteur n° 3 de la centrale de Fukushima en 1978.Le gouvernement avait ordonné en avril 2003 la fermeture de tous les réacteurs de l’entreprise pour procéder à un contrôle de sécurité.

Les témoignages des employés ont été cinglants. TEPCO est accusée d’avoir « fait passer la rentabilité à court terme avant l’impératif de sécurité à long terme » et de faire appel à des « sous-traitants souvent inexpérimentés ». L’exploitant se serait également plus soucié de l’aspect matériel qu’humain. Le PDG de TEPCO Masataka Shimizu s’est ensuite enfermé deux jours dans son bureau avant de prendre un congé maladie jusqu'au 13 avril.

Le séisme de Chuetsu-oki de magnitude 6,8 avait endommagé, le 16 juillet 2007, plusieurs installations nucléaires dans la région de Niigata. De nombreuses anomalies, dont des fuites radioactives avaient été relevées. Selon un sismologue japonais interrogé à l’époque, le séisme de Chuetsu-oki aurait été au moins trois fois plus puissant que ce que les ingénieurs japonais avaient prévu. Fin janvier 2012, seuls 5 réacteurs étaient toujours en marche sur les 54 présents sur le sol japonais. Ils seront mis à l'arrêt dès le mois de juin.

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