Liban: plusieurs émeutes à Beyrouth

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beyrouth an naharPROCHE-ORIENT - Le Liban doit faire face au débordement de la crise syrienne sur son territoire. La mort dimanche d'un religieux sunnite favorable à la révolution syrienne, cheikh Ahmad Abdel Wahed, a fait monter la tension. Plusieurs autoroutes du pays ont été bloquées. Dimanche soir des émeutes sont survenues à Beyrouth, la capitale libanaise. Il y aurait 2 morts et 18 blessés.

La capitale libanaise, Beyrouth connaît de sérieux troubles ce dimanche soir. La corniche et l'université américaine sont au coeur d'émeutes. Des incendies bloquent les routes. Des barricades sont dressées. Des coups de feu retentissent selon plusieurs témoins. Selon le journal an-Nahar, il y a eu une "une forte explosion". La chaîne de télévision MTV a indiqué qu'une roquette a été tirée. Il y aurait 2 morts et 18 blessés selon l'AFP. Les heurts opposent des sunnites anti-syriens et un parti politique proche de Damas, rapporte les télévisions locales. Des chars de l'armée se sont déployés ce soir dans la capitale. Il n'y avait pas eu de troubles à Beyrouth depuis l'été 2008. 

Il y aurait des combats à l'arme automatique selon un Français sur place qui suit les émeutes depuis la télévision libanaise:

beyrouth twitter 2Ces émeutes font suite à la mort de Cheikh Ahmad Abdel Wahed, tué aujourd'hui à un point de contrôle routier de l'armée libanaise, dans des conditions qui restent encore obscures. Le religieux sunnite soutenait ouvertement la révolution qui frappe actuellement la Syrie. Il a été tué dans le Nord du pays, près de Tripoli, ville qui a été le théâtre cette semaine de violents affrontements armés entre pro et anti régime syrien. Ce dimanche l'autoroute de Tripoli- Beyrouth a été coupé par des manifestants qui la bloquait avec des pneu pour protester contre la mort du cheikh.Tripoli (deuxième plus grande ville) compte une importante minorité alaouite, la même communauté à laquelle appartient Bachar el-Assad. Les alaouites s'en prennent régulièrement aux sunnites et aux réfugiés syriens qui fuient les troubles de leur pays. 

beyrouth twitterLa mort de Cheikh Ahmad Abdel Wahed intervient sur fond de rivalités entre les différents services de sécurité libanais. Un pro-syriens, soutient le gouvernement en place dominé par le Hezbollah. Un autre service anti-syriens, est plus proche de l'ancien Premier ministre Saad Hariri. "Si les tirs avaient visé les pneus, nous pourrions dire que c'était une erreur", a déclaré le député Khaled Daher (anti-Syriens) à Reuters. "Mais nous considérons que l'armée a directement pris pour cible" Cheikh Abdel Ahmad Wahed, a dit le député. "Franchement, nous ne voulons pas voir l'armée ici, car elle est au service du régime syrien" a-t-il ajouté.

Un rassemblement pour la paix prévu lundi

L'ancien Premier ministre Saad Hariri, anti syriens, a appelé les habitants du Nord du Liban "à faire preuve de retenue pour éviter le chaos dans la région". Walid Joumblatt, leader druze et opposant au régime el-Assad, a demandé aux Libanais de "ne pas tomber dans le piège du régime syrien".

"La révolte en Syrie exacerbe les tensions au Liban, qui a connu 30 ans d'hégémonie syrienne et reste divisé entre adversaires et partisans du régime du président Bachar el-Assad. Dans les milieux sunnites, des voix se sont élevées pour accuser l'armée libanaise de faire le jeu du régime syrien" explique l'Orient-Le-Jour, le journal pro-occidental du pays. 

Ces troubles font redouter une destabilisation du Liban. Le pays rassemble toutes les communautés de la région dans un équilibre précaire depuis la fin de la guerre civile. Une destabilisation aurait des conséquences désastreuses sur la situation au Proche-Orient. Des responsables politiques estiment que la Syrie tente de semer la discorde au Liban pour contrer la révolution qui s'y déroule. "Ne pas voir comment et combien le régime syrien profite des tensions ancestrales entre Tripolitains sunnites et alaouites et se joue de la frustration des salafistes et des islamistes de la capitale nordiste serait d’une immense naïveté" note l'Orient-Le-Jour. "Vous avez des tensions régionales qui remontent à des années, mais elles ont été exacerbées par la situation en Syrie", estime Rami Khouri, un commentateur politique de Beyrouth. "La Syrie n'est pas le principal facteur, mais elle est liée" insiste-t-il.

Un rassemblement est prévu demain soir sur la place des Martyrs. "Non à la guerre, nous voulons la paix au Liban" titre l'événement facebook crée ce soir. 

Certains pays estiment déjà que la situation sécuritaire du Liban est dangereuse. Ainsi le Qatar et les Emirats Arabes Unis appellent leurs ressortissants à quitter le Liban.

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