En Syrie, un expatrié français raconte la situation difficile des réfugiés intérieurs

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jean-pierre duthion 2INTERVIEW - Jean-Pierre Duthion est un Français qui vit à Damas, en Syrie. Sur son compte Twitter il raconte régulièrement sa vie quotidienne dans ce pays en guerre. Il répond aux questions de Fréquence ESJ. Jean-Pierre Duthion assure qu'il y a, à Damas, de plus en plus de réfugiés intérieurs venus des autres villes de Syrie. Une situation inquiétante à quelques semaines de l'hiver, particulièrement rude dans la capitale. 

Fréquence ESJ - Vous avez remarqué la présence de nombreux réfugiés intérieurs. Il a un afflux de sans abris à Damas ?  

Jean-Pierre Duthion - Le problème qui se pose aujourd’hui c’est celui des loyers car il y a beaucoup de réfugiés intérieurs. Il y a beaucoup de zones périphériques de Damas qui sont aujourd’hui victimes de combats acharnés entre l’armée régulière et les rebelles. La plupart des civils ont quitté leurs habitations. Certains ont perdu leurs maisons, d’autres ont eu leurs habitations pillées car quand l’armée arrive dans une ville elle cherche les rebelles qui se cachent souvent chez les civils. Ensuite il y a tout une catégorie de personnes qui sont des profiteurs de guerre. Ce sont des voyous. Ils viennent profiter du chaos et vident les appartements, ou les détruisent. Ce sont des gens qui sont apolitiques, ils ne sont ni d’un côté ni de l’autre. Les civils se mettent à chercher des appartements dans le centre ville de Damas. Mais aujourd’hui, trouver un appartement dans le centre ville c’est extrêmement difficile puisque tout le monde veut se loger dans cette partie de la capitale qui est un peu sanctuarisé. C’est pour cela que les prix des loyers ont explosés. Il n’y a pas de solidarité entre Syriens.   

Jean-pierre duthionQuelles sont leurs conditions de vie ?  

Comme les prix des loyers ont été augmenté, il y a des personnes qui n’ont pas trouvé de quoi se loger. On arrive dans des situations où on trouve parfois quatre à cinq familles dans 50 ou 70 mètres carrés. Imaginez la vie de quinze à vingt personnes dans des espaces extrêmement réduits. Il y a certaines personnes qui n’ont pas ce luxe. Aujourd’hui les jardins publics de Damas comptent énormément de réfugiés. On en trouve aux bords des routes. Pour le moment c’est l’été. En Syrie c’est 22/23 degrés la nuit. Ils peuvent ensuite aller se laver à la mosquée, ils peuvent trouver de la nourriture et acheter du pain. Mais l’hiver va arriver à Damas. Il faut savoir qu’à Damas, il neige. Ce n’est pas du tout une ville comme Marrakech avec un climat favorable en hiver. C’est une ville où il fait extrêmement froid. C’est un climat très rude. C’est ça la vraie inquiétude aujourd’hui du gouvernement, des ONG des Syriens en général. Qu’est-ce que va être l’avenir de ces réfugiés de l’intérieur qui bénéficient d’une aide très succinte. Avant ils dormaient dans les écoles mais maintenant la rentrée est arrivée.  

Cette situation risque de poser des problèmes sanitaires...  

J’ai entendu certains de mes amis, qui sont médecins, qu’il y a l’apparition de maladies qui étaient pourtant disparues de Syrie depuis très longtemps. Ces maladies reviennent à cause des conditions sanitaires dégradées. Pourtant on est encore en été. Avec l’hiver ça sera une autre histoire.   

Quel est le climat sécuritaire à Damas ?  

Il y a eu dernièrement une double attaque au ministère de la Défense. Il y a eu des combats violents pendant trois à quatre heures. Il y a eu des échanges de coups de feu très importants. C’est étonnant dans cette partie de la ville car il faut savoir que c’est un peu comme la Green Zone (espacé sécurisé à Bagdad), c’est l’équivalent de Time Square ou des Champs Elysées. On est dans une zone très protégée, une zone pour laquelle on accède à travers des checks points. Certaines routes qui y mènent ont été bloquées pour empêcher des attaques suicides. Ce qui était totalement inédit il y a deux jours, c’est le fait qu’il y a eu des combats à l’arme lourde dans cette zone. Mais assez paradoxalement, il n’y a pas une sécurité renforcée. Par contre il y a un accès à Damas qui est encore plus compliqué. Il y a plus de checks points pour accéder de la périphérie au centre ville. Il y a certaines villes périphériques qui sont bouclées pour éviter de réitérer le scénario de ce qu’on a pu appeler dans les médias «la bataille de Damas», pour empêcher un afflux de rebelles qui promettent de marcher sur la capitale. Mais dans le centre ville même il n’y a pas de renforcement extrême de la sécurité, il n’y a pas de chars qui sont déployés. Il n’y a pas de forces militaires qui sont déployées, ça reste la sécurité normale qui s’occupe des checks points.  

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