Joanna Bérenger : “Mon engagement pour l’écologie est pour moi une évidence”

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INTERVIEW - Femme et mère de famille, la députée du Mouvement Militant Mauricien (MMM) se dévoue pour la cause humaine et l’écologie. Joanna Bérenger en a fait son cheval de bataille. Pour Fréquence ESJ, celle qui veut se spécialiser dans le droit de l’environnement nous parle du désastre écologique auquel l’île Maurice a fait face il y a plusieurs mois et les enjeux environnementaux.

Fréquence ESJ : Depuis votre entrée en politique, vous démontrez une constance pour l’écologie par vos actions. Pourquoi ?  

Joanna Bérenger : Ma génération est la dernière à pouvoir agir pour l’environnement et faire changer les choses avant qu’il ne soit trop tard. L’état dit ‘normal’ des choses qui avant la crise sanitaire était déjà suicidaire. Nous étions déjà en train de détruire notre capital de départ et nous vivons désormais à crédit sur cette Terre.  Nous devons donc impérativement réinventer notre modèle de développement autour du respect de notre environnement, de l’humain et nous recentrer sur ce qui nous lie. Prendre conscience que nos destins sont liés. Qu’il s’agisse de crise sanitaire ou écologique, nous ne nous sauverons pas les uns sans les autres. Mais le problème ici est qu’on choisit d’écouter les médecins pour sortir d’une crise sanitaire à court terme, alors qu’on ne veut pas entendre les climatologues et biologistes qui tire la sonnette d’alarme quant à la crise écologique et à l’anéantissement biologique global qui est déjà en cours. C’est pour essayer d’apporter mon humble contribution au changement que je me suis engagée. 

Joanna Bérenger, que représente le drame du Wakashio, le navire qui s’est échoué à l’île Maurice en juillet 2020 et a provoqué une marée noire, à vos yeux ?  

C’est l’illustration de l’incompétence de ce gouvernement. Douze jours sont passés sans que le gouvernement ne fasse le nécessaire pour éviter le drame alors que la société civile et les ONG tiraient la sonnette d’alarme. Nous sommes intimement connectés à notre mer, à notre lagon et la population n’a pas hésité une seconde à se serrer les coudes pour essayer de sauver ce qui était encore possible. Les citoyens et citoyennes ont fait le don d’eux-mêmes en sacrifiant leurs cheveux pour tenter de faire face à cette crise environnementale.

J’ai été tellement fière de faire partie de cette nation mauricienne solidaire qui a fait preuve d’une résilience extraordinaire mais qui ensuite, après avoir réparé du mieux que possible les erreurs de ce gouvernement, a décidé de dire stop ! Stop à l’incompétence, aux abus, à l’opacité, au népotisme et à l’injustice, entre autres. Le Wakashio, c’est donc aussi et surtout le début du soulèvement d’un peuple qui veut reprendre son destin en main.  

Quel bilan dressez-vous dans le sillage de ce désastre écologique ?  

Les dommages sur l’écosystème marin seront difficiles à surmonter malgré ce que le gouvernement veut faire croire en essayant de jeter de la poudre aux yeux des Mauriciens avec des photos du lagon bleu. Pourtant les résultats des tests de l’eau ne sont toujours pas publics et il n’y a toujours pas de plan de réhabilitation clair. Comme à son habitude, le gouvernement procède par ‘trial and error’. Beaucoup de plaisanciers attendent toujours leur compensation et ce sont des familles entières qui retombent dans le cercle vicieux de la pauvreté. Quel plan d’encadrement pour ces familles qui étaient déjà affectées par la crise ? Quel suivi pour tous ces habitants des environs dont la santé est en péril, qui souffrent de maux de têtes et des conséquences de leur exposition à ces substances nocives ?

Fréquence ESJ : La fuite de fioul du Wakashio a causé énormément de dégâts à l’écosystème mais aussi à l’économie du pays. Que faudrait-il faire pour y remédier ?  

Joanna Bérenger : Un plan de réhabilitation clair pour l’écosystème et les familles affectées (ce sont les ONG qui se sont chargées de lister ces familles), l’investissement nécessaire dans la logistique et les équipements qui nous permettront et protéger notre territoire maritime et l’économie bleue, plus de transparence et des personnes qualifiées aux postes concernés. Beaucoup de personnes souffrent du chômage aujourd’hui, que ce soit à cause de la crise sanitaire ou du Wakashio. Que le gouvernement saisisse cette occasion, cette ‘libération’ d’une masse importante pour la réorienter vers d’autres objectifs productifs et économiques, vers de nouveaux secteurs d’activités qui doivent émerger.

Le ‘transitional unemployment benefit’ (un plan qui s’adresse aux travailleurs ayant perdu leur emploi pour une période d’un à 12 mois) devrait être accompagné de formations aux métiers de demain dont la finalité  et les compétences requises doivent contribuer à prévenir, maîtriser et corriger les impacts négatifs et les dommages à l’environnement. Ces métiers verts peuvent être ceux des spécialistes dans la construction d’éco-quartiers, des électriciens spécialisés dans les panneaux photovoltaïques, des agriculteurs spécialisés en permaculture etc… Les formations de l’université de Maurice sont en déphasage avec les besoins du marché et il faudrait redynamiser l’école polytechnique en vue d’une vraie formation vocationnelle.

Votre père a combattu pour Maurice et vous, vous vous battez pour l’écologie. Est-ce une vague à surfer pour la politicienne que vous êtes ?  

Nous avons chacun vécu des époques différentes. Nous avons chacun notre personnalité. Si j’ai intégré le MMM (Le Mouvement militant mauricien est un parti politique mauricien fondé en 1969 par Paul Bérenger, entre autres), c’est parce que je me retrouve dans les valeurs que prônent le parti et l’écologie en fait partie. La conscience écologique conduit naturellement à penser qu’il faut changer la civilisation, à l’améliorer comme le dit Edgar Morin et comme vous le savez la situation est urgente. Donc mon engagement pour l’écologie est pour moi une évidence. La jeunesse, qui a conscience de l’urgence climatique, compte sur nous pour leur donner un avenir non seulement ‘durable’ mais ‘désirable’. 

Dernière question, est-ce facile d’être une mère en politique ?   

Non. Ce n’est pas facile de concilier vie familiale et politique et de préserver ses enfants des attaques de bas étages de certains adversaires. Mais je souhaiterai que tous les enfants puissent grandir dans un environnement plus sain donc je ne perds de vue la raison de mon engagement. Et heureusement, j’ai un conjoint formidable, qui me permet de m’engager pleinement parce qu’il a conscience de l’importance de la participation active des femmes dans les instances de prises de décisions.

 

Propos recueillis par : Rachelle Veerasamy

Photo : Kevin Memraj Mahadoo

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