• Slide FESJ 2015

Carnet de voyage : Étape n°1, Katmandu

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VOYAGE - Namasté à toi, belle inconnue. D’après les guides et les nombreux prospectus distribués à l’aéroport, ton nom est Katmandu. Ou Katmandou, tout dépend de celui qui s’adresse à toi. Quoiqu’il en soit, ils s’accordent sur une même chose : tu n’es pas facile d’accès.

Loin d’être timide, bien au contraire, ton rayonnement impressionne. Située à 1 350 mètres d’altitude, les cars peinent à t’apprivoiser. Tes rues encombrées de moines ou de simples étrangers rendent notre rencontre difficile. D’après ce que je vois, il faut mériter la moindre discussion, la moindre familiarité.

Me pensant plus maligne, je décide de te rencontrer via les voies aériennes. En route, j’essaie de t’appréhender à travers maintes lectures. Bouddha serait né dans ton pays me dit-on. Bouddha n’est pour moi qu’un visage souriant à la peau dorée. Les hippies t’ont élu terre sainte me rappelle-t-on. Les hippies ne sont pour moi qu’une légende lointaine. Tu seras la terre d’accueil d’un sacre me chuchote-on. Voyons si ces dires sont fantasques ou réels. En descendant de l’avion et en foulant pour la première fois ton sol, je prends conscience de la gravité de la situation : notre rencontre est imminente et risque d’être exceptionnelle. Du moins, elle sera unique.

Il m’a été difficile de t’admirer. Toute la pollution que tes innombrables bus, voitures ou tuk-tuk dégagent m’ont empêché d’ouvrir les yeux pendant les premières minutes. Mais la beauté nécessite certains sacrifices. J’ai commencé par voir l’Inde. Le capharnaüm dès sept heures du matin, les odeurs enivrantes, l’atmosphère familière. Mais les regards ne trompent pas. Rapidement, je constate que les femmes sont différentes, que les hommes ne prient pas de la même façon et que les enfants jouent dans une autre langue. Les statues de Shiva, Ganesh ou Krishna ont également laissé place à une statue unique et majestueuse : Bouddha. Les stupas - temples bouddhistes - blancs égaient tes rues et le coeur de tes disciples. Ils aiment me rappeler que ton pays est la terre de naissance du bouddhisme. Qui peut prétendre être à l’origine d’une telle philosophie ? Il suffit d’aller à la Bodnath pour ressentir cette chaleur spirituelle. Ce lieu de prière du XIV ème siècle domine l’horizon mais reste avant tout l’un des plus grands temples bouddhistes au monde. Des millions de personnes y viennent chaque jour et tournent, tournent, tournent tels les rouleaux de prières. Tourner autour du bâtiment est un gage de respect et surtout un moyen d’énumérer des centaines de mantras.

Assise sur un banc, j’admire ton patrimoine inscrit dans le celui de l’Humanité. Les moines aux toges rouges défilent tandis que des personnes âgées tournent cinq, dix fois autour du temple. À cet endroit précis, tu me livres l’un de tes mystères. Face à un rouleau de prières, un homme d’apparence étrangère, habillé traditionnellement parait familié à ce rite oriental. D’un coup, je me rappelle l’une de mes lectures aériennes. Il y a des dizaines d’années, des compères de cet homme sont venus te rencontrer afin de te questionner sur le sort du monde et sur le sort de leurs propres vies. Opium, musique "trans", alcool, rave party ont été leur quotidien. Tes rues semblent rester nostalgiques de cette époque. Les livres et les albums photos foisonnent dans les libraires du quartier de Thamel. Cet étranger n’est probablement qu’un touriste de passage. Cet étranger peut également être le contemporain d’un hippie sauvé grâce à toi. La légende est lointaine, personne ne nous le dira.

Malgré ce nouveau choc culturel, la France me préoccupe. Notre sacre est proche. Nous ne pouvons subir un énième coup d’état et perdre. Nous devons devenir champion du monde, nous en avons besoin. Portée par ton peuple, j’y crois. Chacune de tes rues arborent les drapeaux des participants de la Coupe du Monde. Après un peu plus de quatre-vingt-dix minutes, et alors que je n’espérais plus, je t’ai enfin rencontré. Toi, la belle Katmandou au peuple aimant et à l’ambiance feutrée. Tandis que notre sacre avait sonné, ton peuple a décidé de me sacrer, moi, Française. Tandis que les Népalais se tentaient au chant de « la Marseillaise », je savais que j’allais chanter tes louanges au reste du monde. Nous y voilà.

Photo : Digvijay Singh Ranawat et Ilham Mraizika

 

 

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