Plongée dans Rocinha, plus grande favela du Brésil

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REPORTAGE - Au sud de Rio de Janeiro, telle une ville dans la ville, se trouve Rocinha. Contrastée et pleine de vie, cette favela donne une toute autre image de ces lieux victimes de clichés encore nombreux.

Plus grande favela du Brésil avec pas moins de 250 000 habitants, Rocinha incarne la pacification lancée par le gouvernement afin d’accueillir la vague touristique de la Coupe du monde de football de l’an dernier. 20% des cariocas, les personnes vivant à Rio, ont trouvé refuge dans une favela, ce qui indique l’importance de celles-ci. Moderne, abritant de nombreux habitants de la classe moyenne, Rocinha n’a rien des stéréotypes de la pauvreté rattachés aux favelas brésiliennes. Un exemple qui n’est toutefois pas une généralité puisque la majorité de ces mini-villes, parmi le millier existant, se trouve au nord de la ville, là où la pacification n’a pas eu lieu.

Une pacification qui transfère le problème

Le 14 novembre 2011, après avoir prévenu la population par voie de presse pour ne pas créer l’affolement général, le gouvernement lance la pacification de Rocinha. Chars, millitaires et hélicoptères entrent dans la « ville » dans le but d’arrêter tous les trafiquants d’armes et de drogue, et de sécuriser les lieux. Comme nous le décrit une Française ayant vécu ici durant 4 ans, « on se serait cru en guerre ». Mais elle poursuit en précisant que « tous les trafiquants avaient déjà quitté la ville bien avant l’arrivée des chars ». Comme de nombreuses personnes, la jeune femme a opté pour Rocinha par soucis économique. Ancienne habitante de Marseille, elle a fini par tomber amoureuse de Rio et de ses reliefs. Aujourd’hui bien installée professionnellement, elle a pu déménager aux abords de la plage d’Ipanema, un luxe que tous les cariocas ne peuvent s’offrir.Certains quartiers autrefois calmes ont désormais hérité du problème des armes et de la drogue, ce qui n’anéantit pas ce business mais ne fait que le déplacer. La police reste aujourd’hui omniprésente dans les rues de Rocinha, garantissant une certaine sécurité malgré la corruption encore très active des forces de l’ordre. « Avant, il y avait des tables dans la rue sur lesquelles on trouvait de la cocaïne et de la marijuana. Aujourd’hui, ça se fait dans les petites ruelles » raconte la jeune Française.

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Le PAC, programme miracle de la rénovation des favelas

Après la pacification de Rocinha, le gouvernement met en place le PAC. Ce Programme d’Accélération de la Croissance a alors pour but de rendre « meilleure » la vie sur place. Des terrains de sport, des bibliothèques, des cinémas ou encore des centres de soins gratuits ont été installés dans la favela. Au cœur de cette fourmilière humaine, il n’est pas rare de trouver des fast-food ou des grandes marques de vêtements. Un restaurant Subway se situe même entre deux petites maisons dont on ne soupçonnerait pas ses habitants de mettre les pieds dans la célèbre enseigne… La jeune femme pense même « voir très bientôt un McDonald’s ou un Starbucks » qui ne seraient que la continuité de l’évolution des lieux.

Une population très mélangée

Tout le monde vit à Rocinha. Bourgeois, classe moyenne ou pauvres, les quartiers de cette favela accueillent toutes les catégories sociales. Dans la favela, à quelques centaines de mètres des petits baraquements les plus modestes se trouve le quartier de Sao Conrado abritant la classe la plus fortunée. Chaque enfant y a sa propre nounou, son propre chauffeur etc. Un mode de vie faisant contraste avec les habitants les plus reculés de la route, loin de la vie et des activités sociales, n’y accédant qu’en cas de besoin. Un jeune motard nous conduit dans les hauteurs de la favela où nous découvrons la vue extraordinaire que nous offre les quartiers plus modestes. Francisco, un brésilien habitant ici depuis des décennies a lui-même bâti sa maison. Il nous propose de venir sur son toit pour nous offrir ce panorama impressionnant à 360° de la ville. À défaut d’argent, cet habitant possède un bien des plus inestimables.

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Une atmosphère joyeuse et bon enfant

Au fil des ruelles privées de soleil et des voies sur lesquelles le code de la route n’est qu’un détail, une population incomparable à notre civilisation occidentale se montre à nous. Sans préjugés face aux touristes, les enfants nous saluent en rentrant de l’école et les plus âgés nous invitent à rejoindre leur propriété, dans le but de présenter certaines de leurs créations artisanales. Descendant une artère étroite, une fresque orne un mur. Le nom de tous les joueurs ayant remporté la Coupe du monde avec la Seleçaò sont affichés avec fierté. Ici, le football est religion et ses héros en sont les prophètes. Tous les soirs, le repos est banni pour laisser place à la fête. Musique et samba investissent les rues dans une atmosphère conviviale loin des scènes de violence. 

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L’éducation, la catastrophe des favelas

Avoir son premier enfant avant de savoir écrire, là est le problème des favelas. Sans contraception ni éducation, la population s’agrandit tout en se faisant manipuler par son gouvernement. « Une population non éduquée est plus facilement manipulable » raconte notre guide, « je ne laisserai jamais ma fille aller à l’école publique ici, elle ne saurait pas lire à 15 ans ». Mais les récentes manifestations à travers tout le pays, montrent un réveil de cette classe modeste qui ne tolère plus l’austérité et la répression. Une population qui ne cherche qu’à s’intégrer dans l’émergence de son pays et qui un jour « pourra voter sans être manipulée intellectuellement » espère la Française.

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Photos Fréquence ESJ/Baptiste Denis

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