Edward Hopper au Grand Palais

Écrit par Charlotte LESPRIT.


altEXPO - Témoignage d'un "Soir d'été" 1947. Un ciel noir englobant, un couple pensif, deux visages défigurés par les ombres, une lumière blanche…L'œuvre d’Edward Hopper, s’admire telle la prise d’un film sans histoire.

Si le tableau n’était pas signé, on y reconnaîtrait  sans nul doute la trace de l’artiste.  Un style lisse et sobre à l’image de l’Amérique peinte par Edward Hopper.  Nous sommes en 1947, durant la troisième période de la peinture de Hopper. Il saisit les paysages urbains et redonne du caractère aux individus.  "Soir d’été" met en scène un homme et une femme éclairés par la lumière blanche du porche d’entrée d’une maison, ils sont posés contre le muret et semblent se retrouver après une chaude journée. La femme est en tenue légère, l’homme en manches courtes.

Le spectateur reste libre de toute interprétation. Peindre des scènes banales du quotidien, des individus dépourvus de toute importance,  souvent songeurs et tristes… Une trame artistique qui tend finalement vers le philosophique.  La taille de la toile, relativement moyenne, et sa géométrie assez stricte pourraient laisser le public dans l’évasion la plus minime. Toutefois, la densité de la peinture de Hopper permet de dépasser la banalité de la scène.  Le spectateur jouit même d’une grande liberté d’interprétation. Et si cet homme et cette femme étaient saisis par un drame passé ou l’inquiétude d’un événement futur ? " Soir d’été ", comme de nombreuses œuvres de l’artiste, donne une grande importance à la lumière.  Dans une atmosphère  sombre et lugubre, elle éclaire les personnages et accentue leurs songes. La lumière détermine également les contrastes de la nuit sombre, les détails physiques, les plis des vêtements, les visages altérés et obscurs.  Cet éclat semble être la touche finale, primordiale, qui donne à l’œuvre tout son sens.

Loin d’une scène urbaine et d’un lieu public comme dans " Nightawks ", Hopper offre une scène privée et intimiste. Le protagoniste tourne le dos au public et se trouve légèrement tourné vers la femme qui pourrait être sa compagne. Elle, légèrement vêtie, plonge son regard dans le vide et fixe le sol. La maison semble isolée, seul un bout de terre à droite du tableau n’est pas masqué par l’obscurité.  Le public est happé par cette peinture très moderne de Hopper mais il l’est aussi par le secret de ce rendez-vous ou de cette conversation nocturne. L’artiste ne dit rien, il dévoile silencieusement l’Amérique de son époque grâce aux scènes quotidiennes de quelconques personnages. " Soir d’été " est une preuve que loin de l’agitation, le discret est aussi digne de représentation. 

Exposition “Edward Hopper” : Grand Palais, Galeries nationales, à Paris du 10 octobre 2012 au 28 janvier 2013.

Charlotte LESPRITJournaliste - Culture
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