L’écrivain chilien, Luis Sepulveda, a succombé au coronavirus

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PORTRAIT - Luis Sepulveda est mort ce matin, en Espagne, à l’âge de 70 ans. Ecrivain politique et engagé, il est le premier grand auteur à décéder du coronavirus. Portrait d’un homme qui n’a jamais cessé de croire en ses opinions.

 

Le visage rond et les yeux bruns, Luis Sepulveda, l’auteur du Vieux qui lisait des romans d’amour, est décédé à Oviedo, en Espagne. Annoncée dans un communiqué de presse de sa maison d’édition Tusquets, sa mort est une grande perte pour la littérature latine. L'auteur de 70 ans avait ressenti les premiers symptômes le 25 février alors qu'il revenait d'un déplacement au Portugal et rentrait aux Asturies où il habitait avec son épouse.

Une jeunesse engagée

Luis Sepulveda nait en 1949, dans la ville fleurie d’Ovalle, au Chili. Adolescent, il s’intéresse à la politique et s’engage dans les jeunesses communistes. Cet engagement lui vaut de se faire arrêter par le régime du général Augusto Pinochet en 1973. La prison, il y croupit deux ans et demi, puis voit sa peine commuée en exil. Il quitte le Chili en 1977 et n’y mettra plus jamais les pieds. L’auteur rejoint sa femme aux longs cheveux noirs, Carmen, dans les Asturies, elle aussi marquée par la torture du régime chilien. Cette partie de sa vie marquera toutes ses œuvres et son existence.

Exilé, il traverse une bonne partie de l'Amérique du Sud et débarque à Nicaragua, en Amérique centrale, au moment de la révolution contre la dictature de la famille Samoza. Il en profite pour écrire et reçoit plusieurs prix littéraires dont la Casa de las Américas, à La Havane. Le prix récompense son premier recueil de nouvelles, Crónica de Pedro Nadie. L’auteur s’installe ensuite à Hambourg, où il vit quatorze ans. Il se lance dans le journalisme et accumule les grands reportages pour le journal Spiegel et le Hamburger Rundschau tantôt en Angola, tantôt au Mozambique.

Un succès fulgurant

Le premier roman de Luis Sepulveda, Le Vieux qui lisait des romans d’amour, est un véritable succès. Un succès qui se poursuit aujourd’hui. Lorsqu’il est publié en 1989, le livre ne sort qu’en dix exemplaires. Inspiré de l’expérience de son auteur, le roman tombe entre les mains de l’éditrice Anne-Marie Métailié. Elle en tombe amoureuse et décide sur-le-champ de le faire traduire, tout en demandant à l'auteur chilien de tailler dans le texte plus d'une centaine de pages à retrancher. Elle le publie en 1992. Le succès est foudroyant et le roman fait l'événement à la Foire du livre de Francfort.

Marquée par l'engagement politique et écologiste ainsi que par la répression des dictatures des années 1970, l’œuvre de Luis Sepulveda mêle le goût du voyage et son intérêt pour les peuples premiers. Bien que bercé par son amour de la littérature, de Ernest Hemingway à Romain Gary en passant par Lazema Lima, Luis Sepulveda était également scénariste et réalisateur. Doté de mille cordes à son harpe, il tient plus de l’homme-orchestre que du romancier. 


Photo : Sophie Bassouls / Getty Images

 

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