Jean-Yves Lafesse : « Germaine Ledoux je la vis comme personnage, mais elle m’apporte beaucoup »

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INTERVIEW/VIDEO - Actuellement sur scène au Théâtre Edgar à Paris pour son spectacle « Lafesse pour de vrai », Jean-Yves Lafesse était l’invité de Storytelling sur Fréquence ESJ.

Lafesse, un pseudo qui en dit long sur le personnage. Humoriste connu pour ses canulars téléphoniques et ses micros-trottoirs, Jean-Yves Lafesse n’a pas choisi ce pseudonyme au hasard. Au début de son spectacle, il l’explique par : « quand j’étais petit, j’avais la raie au milieu. » Le ton est donné. La vraie raison remonte à son enfance. Il s’est retrouvé dans un match de football, s’est lancé dans un corner apparemment « magnifique », le ballon a ricoché sur l’une de ses fesses et pourtant, il a quand même marqué le but. Cette histoire « [lui] a valu des sarcasmes pendant deux ans et [elle lui] est revenue douze ans plus tard, pendant une émission de radio. » Celui qui a toujours « brouillé les pistes » sur la chronologie de sa biographie, notamment sur Internet et Wikipédia en rajoutant lui-même une « tonne de conneries », est metteur en scène de formation. Jeune, il a beaucoup voyagé. « Je me suis retrouvé dans des sectes, dans des troupes de marines un peu spéciales à l’armée à Djibouti, je me suis retrouvé punk. J’ai enchaîné tout ça à une vitesse un peu folle, parce que je pense qu’une formation est intéressante quand elle est inscrite dans le temps, mais de façon contractée. Je crois qu’il faut prendre ce qu’il y a à prendre et passer tout de suite à la case d’après. » D’où l’arrêt de ses études de lettres pour des écoles spécialisées puisqu’il considère que la pratique vaut bien mieux que la théorie, « insuffisante ».

Et pourtant, ce qui l’amuse le plus, c’est bel et bien la connerie. « Je ne savais faire que ça, déconner. Je savais un peu mettre en scène et écrire, mais ce qui me procure le plus de plaisir, c’est la farce ». Ce qui l’a conduit à ses célèbres « 2000 et quelques » canulars téléphoniques et toutes ses autres impostures. Il ouvre d’ailleurs son spectacle en racontant : « On me demande souvent si j’ai des regrets. Oui, de ne pas être allé plus loin. » Mais il pense quand même être « allé vraiment très loin, surtout avant d’arriver au rire. » Et si c’était à refaire ? « J’ai dit plus souvent non que oui. Je ne regrette pas d’avoir dit non à des gens que je n’avais pas envie de côtoyer. Il y a des gens dans ce milieu avec qui il ne faut pas passer plus d’une soirée. »

Mais Jean-Yves Lafesse n’a pas atteint tout seul un tel renom dans ce milieu. Son succès, il le doit aussi entre autres à Germaine Ledoux, le personnage qu’il s’est créé. Germaine Ledoux a 89 ans, « née sous X mais n’a pourtant jamais fait un seul film porno ». Alors pourquoi avoir décidé de s’inventer un personnage ? « Quand j’ai commencé mes canulars, je me suis rendu compte que j’étais un peu limité. J’ai forcé sur mes cordes vocales pour sortir une autre voix, jusqu’à ce que la voix d’une dame âgée sorte. » Ses impostures derrière la voix de cette vieille femme associée à la sienne lui ont étendu le champ des possibles. Basculer de l’une à l’autre lui permettaient de « passer de la crédulité à la crédibilité. » Encore plus que ça, Germaine Ledoux lui permet de vivre son côté féminin. « Il y a du féminin chez les mecs, du masculin chez les nanas. J’aime vivre ma vie et me dire que j’en ai fait le tour. Germaine Ledoux, je la vis comme un personnage, mais elle m’apporte beaucoup. Elle me fait rire. » Ça tombe bien, nous aussi.


Storytelling - 16-03-16 - Jean-Yves Lafesse sur... par FrequenceESJ

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