Jean-Paul Dubois : « Le Goncourt ne changera pas ma vie »

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PORTRAIT - Le Prix Goncourt a récompensé, lundi 4 novembre, Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon de Jean-Paul Dubois. L' écrivain aborde l’échec, l’art de gâcher sa vie et la manière dont les morts nous accompagnent. Jean-Paul Dubois, un homme humble, franc et honnête assure que le Goncourt ne le changera pas.

 

Cent ans après Marcel Proust, Jean-Paul Dubois remporte le prix Goncourt avec son livre Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon (L’ Olivier). Enfant, ce n’est pourtant pas l’écriture qui le passionne. C’est de sport dont il rêve : « Je voulais être un grand joueur du Stade Toulousain, un immense joueur de tennis et un skieur de premier plan ». A 18 ans, passionné de bricolage, il se lance comme photographe de meubles puis devient journaliste à Sud-Ouest. La couverture du sport et de la culture locale lui laisse du temps pour lui. 

20 ans plus tard, l’inspiration commence. Il devient grand reporter au Nouvel Observateur et recueille des histoires invraisemblables aux Etats-Unis pour en faire des nouvelles. « J’ai fait toutes sortes de métiers avant. L’écriture, c’est venu après, par élimination. Je voulais un métier qui me laisse le temps de vivre ma vie à côté : de jouer de la guitare avec mes potes, de me baigner dans l’océan : de vivre tout simplement ». 

Son premier roman sort en 1986. Celui-ci passe inaperçu. Gaucher contrarié et bègue, il s’inspire de son histoire et écrit Eloge d’un gaucher dans un monde de manchot. L’essai est remarqué par Bernard Pivot. Jean-Paul Dubois signe son premier succès. 

Une renommé non désirée

Auteur de  Kennedy et moi adapté au cinéma et primé par le prix France Télévisions en 1996, Jean-Paul Dubois goûte au succès, sans s’y intéresser. Pourtant en 2004, la renommée le rappelle. Son livre Une vie française remporte le prix Femina. Puis en 2016, Succession suscite de nouveau l’attention du public. Trois ans plus tard, le Goncourt frappe à sa porte. Sa renommée littéraire est à son paroxysme.

La célébrité n’intéresse pas l’auteur toulousain de 69 ans. « Le prix ne va rien changer dans ma vie » : ce sont ses premiers mots lors de la conférence de presse au restaurant le Drouant (Paris II). Dans une décontraction élégante, Jean-Paul Dubois déclare que le prix Goncourt est « un cadeau de Noël ». Mais un cadeau éphémère « aujourd’hui c’est moi, l’an prochain ce sera quelqu’un d’autre ». 

Très peu ému par cette récompense, l’écrivain aux cheveux et à la barbes blanchis remercie simplement sa famille pour l’avoir soutenu. Il a également une pensée pour son père. Auteur lui aussi, son père décède lorsqu’il a huit ans : « il aurait aimé que j’aie ce prix ». 

Une nouvelle façon d’aborder l’écriture.

A l’inverse du Goncourt, Jean-Paul Dubois ne sacralise pas l’écriture. « Ce n’est pas plus important qu’un match de rugby ». Le métier d’écrivain lui convient car il lui laisse du temps pour ne rien faire. Mais quand il écrit, il se livre. « C’est naturel, comme un cours d’eau. Il n’y a pas de génie derrière, pas d’artifice, pas d’inspiration. C’est simplement le cours de la vie qui coule dans mes livres. »

Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon, Jean-Paul Dubois, Editions de L’ Olivier, 19€

 

Photo : Mélodie Sforza / Fréquence ESJ

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