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Laurent Mauduit : « Nous vivons une grave régression démocratique »

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INTERVIEW/RENTREE LITTERAIRE – En librairies dès demain, Main basse sur l’information (Don Quichotte) dénonce le rachat en masse des médias nationaux et son impact sur leur indépendance. Son auteur, Laurent Mauduit, cofondateur de Médiapart, met en garde sur ces nouvelles pratiques.

Tout commence avec une « intuition ». Lorsque Laurent Mauduit quitte Le Monde en 2006, il s’intéresse au rachat de ce titre de presse par Matthieu Pigasse. En enquêtant « au hasard » sur la Caisse d’Épargne, il découvre que les fonds proviennent d’une filiale : La Banque Palatine. « Comme dans toute enquête, il y a une part d’intuition et une part de chance » nous dit-il. S’ensuit alors une volonté de développer le sujet afin de dénoncer les magnats de la presse qui ne sont que « des acteurs extérieurs » de ce monde. Entre octobre 2015 et mai 2016, Laurent Mauduit enquête et écrit. Pour faire son travail, il souhaite rencontrer les différents néo-propriétaires des médias. « Les acteurs de la presse ont tous refusé de me recevoir. Tous sauf un. Je trouve ça absolument stupéfiant. J’ai insisté plusieurs fois, parfois je n’avais pas de réponse, parfois simplement des refus. » Dans son livre, l’auteur révèle même la surprenante réponse de Louis Dreyfus, directeur du Monde, qui lui a répondu par sms « WTF ?! Non merci, cordialement ». Un véritable embargo qui ne l’a toutefois pas empêché d’exercer son travail en interrogeant l’un des actionnaires du Monde et certains confrères dont les noms ne sont pas divulgués.

« Il faut une immense refondation Démocratique en France »

On mesure souvent la qualité d’une démocratie grâce à la liberté de sa presse. Laurent Mauduit fait un état des lieux alarmant sur ce point en France en comparant à l’étranger. « On aime ou pas les magnats de la presse d’autres pays, mais ce sont de vrais acteurs de la presse et des médias. » Il s’en prend alors à Patrick Drahi qui se sert de Libération ou encore de L’Express comme « un accélérateur de business ». Pour palier à cela, il faut « une immense refondation démocratique » selon lui, « dont la liberté de la presse ». « Après la guerre, le CNR voulait que la presse soit libre des grandes puissances financières » et cet enjeu est « capital pour pratiquer ce métier de manière indépendante ». Le gouvernement n’a pourtant pas agi et laissé ces rachats s’effectuer, créant alors une « vague de concentration » des médias. Laurent Mauduit va même jusqu’à dire que « le gouvernement a une immense part de responsabilité dans le déclin de la presse ». Et cela se ressent jusqu’au service public dont « l’indépendance n’est pas assurée aujourd’hui ». Dans les premières pages du livre, l’auteur parle du « 20 heures » de France 2, « militant, partisan, avec en bout de course une information biaisée ou incomplète qui ne permet pas aux citoyens de comprendre comment évoluent notre monde et notre pays. » Le constat ne pouvait pas être plus clair.

Main basse sur l’information, aux éditions Don Quichotte. En librairies le 8 septembre. 19,90€.

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