Blakkayo : « Je suis un chanteur engagé »

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INTERVIEW – Blakkayo, ou Jean Clario Gâteaux de son vrai nom, aura marqué la musique mauricienne. Du ragga au seggae, il façonne ses chansons pour en faire des œuvres inscrites dans le répertoire contemporain. Ses textes sont souvent le reflet de la société.  Il évoque les choses sérieuses qui ont jalonné son parcours.

Fréquence ESJ : Vous êtes l’un des pionniers du ragga à Maurice. Comment avez-vous contribué à la musique mauricienne ?

Blakkayo : Tout commence à l’adolescence. J’habitais dans un faubourg du nord de l’île Maurice. Puis, avec ma famille, on a déménagé pour aller habiter dans le centre-ouest. J’avais entendu dire qu’il y avait une formation de ragga dans la région. J’adorais le ragga muffin. J’étais très fan de Shaggy et Shabba Ranks, entre autres. 

Je ne savais pas chanter. Je voulais faire comme les autres et je me suis mis à l’écriture. Ce n’était pas terrible (rires). Je me souviens d’ailleurs de ma première chanson,  c’était en 1995. Ensuite Bruno Raya (artiste mauricien) me demande d’intégrer son groupe. On a passé énormément de temps à écrire des chansons et à chanter. C’est là qu’on a sorti avec notre groupe OSB, Otentik Street Brothers, l’album Expression Libéré. Il m’a montré beaucoup de choses.

Ce n’est que plus tard que j’ai sorti mon premier album solo, Tcheck to life (2000), vient ensuite Xterminator (2003), Love n Respect (2009) et mon dernier album Soz Seryer (2021).

Qu’est-ce qui fait que votre musique est toujours pertinente après 26 ans de carrière ?

On aime ma musique car tout ce que j’ai pu dire dans mes chansons, depuis, rien n’a changé… À l’époque avec Tcheck to life, je chantais que je ne regrettais rien de ce que j’avais fait. Personne ne savait qui se cachait derrière Blakkayo. On croyait que c’était un mec baraqué (rires). Or, ce n’était pas le cas. 

Pour la petite histoire, c’est Bruno Raya qui m’a donné ce surnom, Blakkayo, en raison de la cicatrice que j’ai sur le front en forme de ‘Y’ et d’un des personnages du film New Jack City. On n’a fait un mélange, c’est devenu Blakkayo !

Vos chansons résonnent dans le cœur des Mauriciens, dans l’océan Indien et même en France. Comment parvenez-vous à capter les émotions du public ?

En parlant de France, j’y étais à plusieurs reprises… Je ne dirai pas que je capte les émotions de mon public mais à contrario, je ressens beaucoup d’émotions en chantant mes chansons. Quand j’écris mes chansons, je les écris avec mon cœur et mon âme. C’est ce que le public ressent dans mes chansons.  

Fréquence ESJ : Contre quoi s’articule votre combat ?

Blakkayo : Mes chansons renvoient à un évènement passé. J’écris souvent pour dire les choses qui m’ont marqué. Puis, je le fais de manière générale. La raison pour laquelle on m’appelle Zénéral Blakkayo. 

Tout petit, feu mon père me faisait écouter des chansons engagées. Je dois vous dire qu’à l’époque avoir une mini compo était quelque chose d’extraordinaire. Donc, mon combat s’articule autour de l’injustice et d’autres maux de la société. Je suis un chanteur engagé.

À travers vos paroles, vous militez pour les laissés-pour-compte. Pensez-vous avoir atteint votre objectif ?

Non ! Je ne pense pas avoir atteint mon objectif. Puis, si je l’avais réussi, Jah (Terme désignant Dieu) m’aurait pris à ses côtés ! Je crois qu’il existe un être supérieur. Voilà pourquoi j’ai écrit Oh Lord (L’un des titres de l’album Soz Seryer). 

Vous avez à votre actif quatre albums dont le dernier, Soz Seryer (Chose sérieuse), qui vient de sortir. Quelles sont ces choses sérieuses dont vous faites état ?

Je parle plus à la jeune génération. C’est elle l’avenir de demain. Il y a deux morceaux qui sont, selon moi, très importants : Valer Fami et Pé bizin dire twa… Le premier évoque l’importance d’avoir une famille. C’est la première que j’ai écrite sur l’album. Le second parle de la jeunesse irresponsable qui se perd.

 

Photo : Sk'eyes

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