Le chanteur Christophe est mort à 74 ans

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PORTRAIT - Le chanteur Christophe est décédé jeudi 16 avril, dans la soirée. Hospitalisé à Paris depuis le 26 mars, il a été transféré à Brest pour y finir ses jours. Auteur des Mots Bleus et d’Aline, portrait d’un homme qui marqua à jamais l’histoire de la musique française.

 

La légende raconte qu’il était le dernier des Bevilacqua. A 74 ans, Christophe, de son vrai nom Daniel Bevilacqua, est décédé d’une infection pulmonaire. Laissant au placard sa veste de soie rose des Paradis Perdus et son smoking blanc cassé de La Dolce Vita, Christophe a marqué le 4e art français par sa voix, sa délicatesse italienne et son rock primitif.

Christophe voit le jour à la fin de la guerre, en octobre 1945, en banlieue parisienne à Juvisy-sur-Orge. D’origine italienne, ce fils d’un chauffagiste et d’une couturière se met à rêver de l’American Way of Life. Façonné par les westerns, les cigarettes blondes, la drague et le chewing-gum, Christophe devient un véritable enfant rock’n roll. Vêtu de cuir et de santiags, il s’éraille sur les chansons de Little Richard et Gene Vincent.

L’ascension du hit-parade

Le rock’n roll souffle sur les années 60, l’occasion rêvée pour se lancer. Dans le flot des ambitieux, Christophe est là. Une tête blonde, un sourire coquin sur le visage et 1m64 de nervosité romantique, il ne tarde pas à taper dans l’œil des grands labels de musique. En 1964, Christophe sort son premier single. Reviens Sophie, un son de blues électrique, passe inaperçu. Le public français yé-yé s’éprend d’un autre prénom féminin, sorti l’année suivante.

Aline est le slow de l’année 65. Sa traînée de violon, ses chœurs en intro et son refrain déchirant mettent en émoi toutes les jeunes filles de l’époque. Une chanson qui lui collera à la peau toute sa vie, mais, qui n’a jamais dérangé le chanteur. « C’est toujours ma chanson préférée car je lui dois tout le reste ».  La fin des sixties n’est pas flamboyante pour Christophe. Il interprète Les Marionnettes et signe son deuxième succès mais se fait écraser par d’autres grandes vedettes de l’époque : Johnny Hallyday et Eddy Mitchell.

Si sa carrière professionnelle stagne, sa vie privée file à grande vitesse. Christophe vit une passion intense et très courte avec Michèle Torr, qu’il abandonne enceinte de leur fils, Romain. Il se fait choper à 200 km /h sur les Champs-Elysées en Lamborghini et, malgré la suspension de permis, il projette de devenir pilote automobile professionnel. A la place, il intègre le cirque Alexis Grüss en 1968. Le chanteur finit la décennie en glissant sur des toboggans, sans aucun autre projet. Francis Dreyfus, directeur du label Disques Motors, le rattrape à l’arrivée. Une rencontre qui va changer sa trajectoire.

De nouveaux horizons

Dans ce nouveau label, Christophe signe la bande originale de La Route de Salina (1970) un film de Georges Lautner. Puis, ses ambitions musicales reprennent le dessus et il enregistre des 45 tours. Son association avec Jean-Michel Jarre, le claviste Dominique Perrier et ses mélodies, composées de harpe, cordes et cuivres, créent son succès. Il devient le maitre français de la romance à l’italienne. Naissent ainsi ses plus beaux morceaux : Ainsi des Jours rien ne va (1973) puis Les Paradis Perdus, suivi par Les Mots Bleus (1974). Christophe triomphe à l’automne 1974 lors de deux soirées à l’Olympia parisien, immortalisées par son premier album live.

Les années 80 sont difficiles. Pas vu, pas pris est un bon disque rock dans lequel on retrouve des petits airs de Bashung. Pourtant, c’est la réédition d’Aline en 45 tours qui cartonne en radio cette année-là. Fâché avec Dreyfus, enfermé dans son propre labyrinthe obsessionnel, Christophe créée puis efface les millions de pistes qu’il a enregistrées la veille. Il atterrit chez Sony et ne signe aucun succès avant l’arrivée de Comm’si la terre penchait en 2001.

Christophe finit sa carrière musicale chez Universal où il enregistre tout un panel de titres en duo. Au programme : Pascal Obispo, Eddy Mitchell, Etienne Daho, Julien Doré et bien d’autres. Son ultime grande œuvre, Christophe la signe en 2016. De nouveau au bras de Jean-Michel Jarre, les deux artistes créent les Vestiges du chaos, en écho aux attentats du 13 novembre 2015. Depuis, le chanteur ne se produisait sur scène qu’en version intime : synthés, piano et sa voix. Il devait reprendre ses concerts privés au mois de septembre, en raison du coronavirus. Ces concerts auront finalement lieu au paradis. 

 

Photo : DR

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