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Frank Ocean, long fleuve tranquille

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CRITIQUE - Il s’est passé quelque chose. En 2012 sortait l’enivrant Channel Orange. Aujourd’hui, la pépite brille toujours. Quatre ans plus tard, un nouveau chapitre s’ouvre néanmoins sous le surplus de l’attente interminable d’oreilles affamées. Le retour de celui qui, muni de son groove, a ranimé les pyramides, Forrest Gump et John Mayer. Sous l’oeil bienveillant de l’inspiration. 

Tour rapide d’horizon ; après Endless, concept-album visuel (disponible en streaming) en guise d’amuse-bouche (même si ce n’est pas la densité qui lui manque), on présageait par la suite une oeuvre plus prononcée, plus aboutie. Le timide Blond s’est présenté à nous silencieusement. Jusqu’à devenir une fanfare ultra-sonore (merci Internet), une obsession, un nouvel étendard, ou la ligne directrice musicale de cette fin d’été… Voire du reste de l’année. Composé principalement de « poèmes » contemplatifs, l’album presse la détente et touche profond, là où il faut, sans aucune prétention. 17 morceaux. Entre couplets déchirants, la figure maternelle surgit puis forge l’instinct d’un homme qui nous conte sa prise de maturité, son rapport néfaste à la drogue, ses errances nocturnes… Blond est un album littéralement nu. Un condensé cru, honnête et sans concession, teinté mais torturé des pensées de Frank Ocean.

Tout est sous contrôle

« Don’t try to be like someone else, don’t try to act like someone else, be yourself, be secure with yourself », des paroles qui ont résonnées chez Ocean comme elles résonnent aujourd’hui chez nous. Frank, c’est celui qui ne dit rien. Il observe, apprend et démontre, ceci uniquement quand il est en paix avec lui-même. Un hiatus de quatre ans aura permis la naissance de nombreuses spéculations. Il n’en est rien des idées préconçues propulsées par les réseaux sociaux : « where the hell is Frank Ocean » ? Aujourd’hui, le principe qui fonctionne dans le milieu du marketing assemblé à l’art : c’est la surprise. Celle qui est totale. Celle qui survient à l’aube ou au beau milieu de la nuit.

Produire un album, garder secret son contenu (le leak est si rude à empêcher de nos jours), et en organiser sa campagne (Endless, le projet Boys Don’t Cry, les quelques photos postées sur Instagram…), un défi relevé haut la main par une petite poignée d’artistes (on pense à Beyoncé, ou encore Radiohead). Frank Ocean n’a pas besoin de prendre « exemple » sur ses confrères. Puisque tout est planifié. Blond verra le jour un dimanche, de quoi faire surchauffer la matrice. Une méthode assez culottée, quand on y pense. Peu commune mais sensée. Frank Ocean se rit des plannings, de toute cette nébuleuse autour de son « grand » retour. Il propose ici un album transcendant et si simple, qu’on en ressort décontenancés, mais rassurés.

Douces nuits… 

…en perspective. Blond est un bijou précieux, au grand coeur. Nikes et sa voix sur-modifiée tiennent un propos difficile ; celui des victimes de violences policières. Les premières paroles de Frank Ocean sont vertigineuses. C’est toujours étrange, après tant d’attente, d’entendre ce timbre là. Enthousiaste mais dérangé, quoi pour la suite ?

Ivy est boulimique de beauté. Pleine de finesse, elle déploie ses accords légers de guitare (qui rappellent de loin les riffs sous acide de Mac Demarco) et ouvre tranquillement les portants au reste. Pink + White (feat la soul de Beyoncé) et Solo gèrent leur minimalisme à la perfection. Force est de constater que la voix parfois éraillée d’Ocean prédomine en écho. Vient ensuite une partie plus expérimentale, toujours sur le fil conducteur de la simplicité. Skyline To (mention spéciale aux choeurs magnifiques relatant le levé du soleil) se complète au meilleur morceau de l’album, Nights. En deux parties distinctes, ce dernier fait de l’ombre à la concurrence et détient une production ultra-léchée, saccadée de riffs, de nouveaux d’assaut. Soudain, la voix se complète à l’instrumental. Chacun se répondent et se complètent. Jamais à l’abri d’une surprise, Pretty Sweet est le shoot d’adrénaline chorale dont Blond avait besoin. Vient le dernier tiers, beaucoup plus onirique, où Dieu s’immisce dans le cahier des charges des références. La jolie White Ferrari ronronne en douceur tandis que Siegfried officialise le plongeon pessimiste de l’oeuvre. Pas question de laisser place à la neurasthénie. Vient Futura Free, final lénitif de 9 minutes. On ressort réconforté de cette heure d’écoute.

Paradoxe 

Ce qui est extraordinaire avec Blond, c’est qu’en plus qu’être de bonne compagnie, il n’apparait pas à nos yeux comme le messie du genre. Au contraire, on en garderait bien, de manière égoïste, chaque morceau. Sans en faire trop, sans l’écouter en boucle, on voudrait qu’il reste ancré dans cet instant d’une heure. Ces élans d’économie, de sobriété et d’intimité que procure Blond définissent l’indescriptible. Blond est un disque parfait, sans pourtant être le meilleur album de tous les temps. Il reste net dans sa continuité, pur dans ses promesses et humble dans son contenu, il ne dépasse jamais ses limites et soulève un sentiment rare de magnificence. Alors à plus tard, Frank, ne change rien.

P.S : à quand une tournée ?

Frank Ocean - Blond (sortie le 20 août 2016 sur Apple Music)

Tracklist :

1- Nikes
2- Ivy
3- Pink + White
4- Be Yourself
5- Solo
6- Skyline To
7- Self Control
8- Good Guy
9- Nights
10- Solo (reprise)
11- Pretty Sweet
12- Facebook Story
13- Close To You
14- White Ferrari
15- Siegfried
16- Godspeed
17- Futura Free

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